Lotus de la bonne loi/Chapitre 2

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Lotus de la bonne loi
Version du soutra du lotus traduite directement à partir de l’original indien en sanscrit.
Traduction par Eugène Burnouf .
Librairie orientale et americaine (pp. 19-38).
CHAPITRE II.


L’HABILETÉ DANS L’EMPLOI DES MOYENS.


Ensuite Bhagavat qui était doué de mémoire et de sagesse, sortit de sa méditation ; et quand il en fut sorti, il s’adressa en ces termes au respectable Çâriputtra. Elle est profonde, ô Çâriputtra, difficile à voir, difficile à juger la science des Buddhas, cette science qui est l’objet des méditations des Tathâgatas vénérables, etc. ; tous les Çrâvakas et les Pratyêkabuddhas réunis auraient de la peine à la comprendre. Pourquoi cela ? C’est, ô Çâriputtra, que les Tathâgatas vénérables, etc. ont honoré plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas ; qu’ils ont, sous plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas, observé les règles de conduite qui appartiennent à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; qu’ils ont suivi ces Buddhas bien longtemps ; qu’ils ont déployé toute leur énergie ; qu’ils sont en possession de lois étonnantes et merveilleuses, en possession de lois difficiles à comprendre ; qu’ils ont connu les lois difficiles à comprendre.

Il est difficile à comprendre, ô Çâriputtra, le langage énigmatique des Tathâgatas vénérables, etc. Pourquoi cela ? C’est que les lois qui sont à elles-mêmes leur propre cause, ils les expliquent par l’habile emploi de moyens variés, par la vue de la science, par les raisons, par les motifs, par les arguments faits pour convaincre, par les interprétations, par les éclaircissements. C’est pour délivrer, par l’habile emploi de tels et tels moyens, les créatures enchaînées à tel et tel objet, que les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, ont acquis la perfection suprême de la grande habileté dans l’emploi des moyens et de la vue de la science. C’est pour cela, ô Çâriputtra, que les Tathâgatas vénérables, etc., qui sont en possession des lois merveilleuses, telles que la vue d’une science absolue et irrésistible, l’énergie, l’intrépidité, l’homogénéité, la perfection des sens, les forces, les éléments constitutifs de l’état de Bôdhi, les contemplations, les affranchissements, les méditations, l’acquisition de l’indifférence, c’est pour cela, dis-je, qu’ils expliquent les diverses lois. Ils ont acquis une grande merveille et une chose bien surprenante, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc. C’en est assez, ô Çâriputtra, et ce discours doit suffire ; oui, les Tathâgatas vénérables, etc., ont acquis une merveille singulièrement surprenante. C’est le Tathâgata, ô Çâriputtra, qui seul peut enseigner au Tathâgata les lois que le Tathâgata connaît. Le Tathâgata seul, ô Çâriputtra, enseigne toutes les lois, car le Tathâgata seul les connaît toutes. Ce que sont ces lois, comment sont-elles, quelles sont-elles, de quoi sont-elles le caractère, quelle nature propre ont-elles ? tels sont les divers aspects sous lesquels le Tathâgata les voit face à face et présentes devant lui.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :


1. Ils sont incommensurables les grands héros, dans le monde formé de la réunion des Maruts et des hommes ; les Guides [du monde] ne peuvent être connus complétement par la totalité des créatures.

2. Personne ne peut connaître quelles sont leurs forces et leurs [moyens d’]affranchissement, quelle est leur intrépidité, quelles sont enfin les lois des Buddhas.

3. Jadis j’ai observé, en présence de plusieurs kôtis de Buddhas, les règles de la conduite religieuse, qui sont profondes, subtiles, difficiles à connaître et à voir.

4. Après en avoir rempli les devoirs pendant un nombre inconcevable de kôtis de Kalpas, j’en ai vu le résultat que je devais recueillir dans la pure essence de l’état de Bôdhi.

5. Aussi connais-je ce que sont les autres Guides du monde ; je sais ce que c’est que cette science, comment elle est, quelle elle est, et quels en sont les caractères.

6. Il est impossible de la démontrer, et il n’en existe pas d’explication ; il n’y a pas non plus de créature dans ce monde

7. Qui soit capable d’enseigner cette loi, ou de la comprendre si elle lui était enseignée, à l’exception des Bôdhisattvas ; en effet, les Bôdhisattvas sont remplis de confiance.

8. Et les Çrâvakas mêmes de l’Être qui connaît le monde, ces hommes qui ont accompli leur mission et entendu leur éloge de la bouche des Sugatas, qui sont exempts de toute faute, et qui sont arrivés à leur dernière existence corporelle, non, la science des Djinas n’est pas l’objet de ces hommes eux-mêmes.

9. Supposons que cet univers tout entier fût complétement rempli de Çrâvakas semblables à Çârisuta, et que, se réunissant tous ensemble, ces Çrâvakas se missent à réfléchir, il leur serait impossible de connaître la science du Sugata.

10. Quand bien même les dix points de l’espace seraient complétement remplis de savants semblables à toi ; quand même ils seraient pleins de personnages tels que ces Çrâvakas mes auditeurs ;

11. Et quand même, se réunissant tous ensemble, ces sages se mettraient à réfléchir sur la science du Sugata, non, même ainsi réunis, ils ne pourraient connaître la science incommensurable des Buddhas, qui m’appartient.

12. Quand même la totalité des dix points de l’espace serait remplie de Pratyêkabuddhas, exempts de toute faute, doués de sens pénétrants, arrivés à leur dernière existence corporelle ; quand ces Pratyêkabuddhas seraient aussi nombreux que les cannes et que les bambous des forêts ;

13. Et quand même, se réunissant tous ensemble, ils se mettraient à réfléchir ne fût-ce que sur une partie de mes lois suprêmes, pendant des myriades infinies de kôtis de Kalpas, ils n’en pourraient connaître le véritable sens.

14. Que les dix points de l’espace soient remplis de Bôdhisattvas, entrés dans un nouveau véhicule, ayant accompli leur mission sous beaucoup de kôtis de Buddhas, connaissant d’une manière positive le sens [de la doctrine], et ayant interprété un grand nombre de lois ;

15. Que tous les mondes en soient continuellement remplis, sans qu’il y reste plus d’intervalle qu’entre les cannes et les bambous des forêts, et que, se réunissant tous ensemble, ces Bôdhisattvas viennent à réfléchir sur la loi qui a été vue face à face par le Sugata ;

16. Après avoir, pendant plusieurs kôtis de Kalpas, pendant des Kalpas aussi innombrables que les sables du Gange, réfléchi exclusivement sur cette science, profondément absorbés par sa subtilité, ils ne parviendraient pas encore à en faire leur objet propre.

17. Quand même des Bôdhisattvas en nombre égal à celui des sables du Gange, devenus incapables de se détourner, se mettraient à y réfléchir avec une attention exclusive, ils ne pourraient eux-mêmes en faire leur objet propre.

18. Les Buddhas sont tous des êtres dont les lois sont profondes, subtiles, insaisissables au raisonnement, exemptes d’imperfections ; moi je connais quels sont les Buddhas, ainsi que les Djinas qui existent dans les dix points de l’univers.

19. Plein de confiance, ô Çâriputtra, tu as recherché le sens de ce que dit le Sugata ; il ne dit pas de mensonge le Djina, le grand Richi, qui expose pendant longtemps la vérité excellente.

20. Je m’adresse à tous ces Çrâvakas, aux hommes qui sont parvenus à l’état de Pratyêkabuddha, à ceux qui ont été établis par moi dans le Nirvâna, à ceux qui sont entièrement délivrés de la succession incessante des douleurs.

21. C’est là ma suprême habileté dans l’emploi des moyens [dont je dispose], habileté à l’aide de laquelle j’expose amplement la loi dans le monde ; je délivre les êtres enchaînés à tel et tel objet, et j’enseigne trois véhicules [distincts].


Ensuite les grands Çrâvakas qui étaient réunis là dans cette assemblée, sous la conduite d’Âdjñâtakâundinya, tous Arhats, exempts de toute faute, parvenus à la puissance, au nombre de douze cents, les autres Religieux et fidèles des deux sexes qui se servaient du véhicule des Çrâvakas, et ceux qui étaient entrés dans celui des Pratyêkabuddhas, firent tous cette réflexion : Quelle est la cause, quel est le motif pour lequel Bhagavat célèbre si exclusivement l’habileté dans l’emploi des moyens dont disposent les Tathâgatas ? Pourquoi la décrit-il par ces mots : « elle est profonde la loi par laquelle je suis devenu Buddha parfaitement accompli ; » et par ceux-ci : « elle est difficile à comprendre pour la totalité des Çrâvakas et des Pratyêkabuddhas ? » Cependant, puisque Bhagavat n’a parlé que d’un seul affranchissement, et nous aussi nous sommes devenus possesseurs des lois de Buddha, nous avons atteint le Nirvâna. Aussi ne comprenons-nous pas le sens du discours que vient de tenir Bhagavat.

Alors le respectable Çâriputtra connaissant les questions auxquelles donnaient lieu les doutes de ces quatre assemblées, et comprenant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans les esprits, ayant lui-même conçu des doutes sur la loi, dit en ce moment ces paroles à Bhagavat : Quelle est la cause, quel est le motif pour lequel Bhagavat célèbre si exclusivement, à plusieurs reprises, les Tathâgatas comme enseignant les lois de la science et de l’habile emploi des moyens ? Pourquoi répète-t-il à plusieurs reprises : « elle est profonde la loi par laquelle je suis devenu Buddha parfaitement accompli ; il est difficile à comprendre le langage énigmatique des Tathâgatas. » En effet, je n’ai jamais entendu jusqu’ici une pareille exposition de la loi de la bouche de Bhagavat. Et ces quatre assemblées, ô Bhagavat, sont agitées par le doute et par l’incertitude. Que Bhagavat montre donc bien dans quelle intention le Tathâgata célèbre à plusieurs reprises la loi du Tathâgata comme profonde.

Ensuite le respectable Çâriputtra prononça. dans cette circonstance les stances suivantes :


22. Aujourd’hui le Soleil des hommes répète à plusieurs reprises ce discours : « Des forces, des affranchissements et des contemplations infinies ont été touchées par moi. »

23. Tu parles de la pure essence de l’état de Bôdhi, et il n’y a personne qui t’interroge ; tu parles aussi de langage énigmatique [employé par les Tathâgatas], et personne ne t’adresse de question.

24. Tu converses sans être interrogé et tu célèbres ta propre conduite ; tu décris l’acquisition de la science, et tu parles un langage profond.

25. Aujourd’hui il me survient un doute : Qu’est-ce, me dis-je, que le langage qu’adresse le Djina à ces hommes parvenus à la puissance et arrivés au Nirvâna ?

26. Les Religieux et les Religieuses sollicitent l’état de Pratyêkabuddha ; les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Mahôragas, s’interrogeant les uns les autres, regardent le Meilleur des hommes ;

27. Et le doute s’est emparé de leur esprit ! Annonce donc, ô grand Solitaire, leurs destinées futures à tout ce qu’il y a ici de Çrâvakas du Sugata, sans en excepter un seul.

28. J’ai atteint ici les perfections ; j’ai été instruit par le Richi suprême. Il me vient cependant un doute à ce sujet, quand je vois le Meilleur des hommes assis sur son siége : Quel était donc pour moi, me dis-je, l’objet du Nirvâna, si l’on m’enseigne encore le moyen d’y parvenir ?

29. Fais entendre ta voix ; fais résonner l’excellente timbale ; expose la loi unique telle qu’elle est. Ces fils légitimes du Djina ici présents, et qui regardent le Djina, les mains réunies en signe de respect ;

30. Et les Dêvas, les Nâgas, avec les Yakchas et les Râkchasas, qui sont réunis par milliers de kôtis, semblables aux sables du Gange ; et ceux qui sollicitent l’excellent état de Bôdhi, rassemblés ici [et] formant un millier de kôtis ;

31. Et les Radjas, les maîtres de la terre, les souverains Tchakravartins, qui sont accourus quittant des milliers de kôtis de pays, tous rassemblés ici les mains réunies en signe de respect, et pleins de révérence, [tous se disent : ] Comment accomplirons-nous les devoirs de la conduite religieuse ?


Cela dit, Bhagavat parla ainsi au respectable Çâriputtra : Assez, ô Çâriputtra ; à quoi bon exposer ce sujet ? Pourquoi cela ? C’est que ce monde avec les Dêvas s’effrayerait, ô Çâriputtra, si le sens en était expliqué.

Cependant le respectable Çâriputtra s’adressa pour la seconde fois à Bhagavat : Dis, ô Bhagavat, dis, ô Sugata, le sens de ce discours. Pourquoi cela ? C’est qu’il y a dans cette assemblée, ô Bhagavat, plusieurs centaines, plusieurs milliers, plusieurs centaines de mille, plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants qui ont vu les anciens Buddhas, qui ont de la sagesse et qui auront foi, qui s’en rapporteront aux paroles de Bhagavat, qui les comprendront.

Alors le respectable Çâriputtra adressa la stance suivante Il Bhagavat :

32. Parle clairement, ô le meilleur des Djinas : il y a ici, dans cette assemblée, des milliers d’êtres vivants, pleins de satisfaction, de confiance et de respect pour le Sugata, qui comprendront la loi que tu leur exposeras.

Alors Bhagavat dit pour la seconde fois au respectable Çâriputtra : Assez, ô Çâriputtra ; à quoi bon exposer ce sujet ? Ce monde avec les Dêvas s’effrayerait, si le sens en était expliqué ; et les Religieux remplis d’orgueil tomberaient dans le grand précipice.

Alors Bhagavat prononça en ce moment la stance suivante :

33. Cette loi a été suffisamment exposée ici : cette science est subtile et elle échappe au raisonnement. Il y a beaucoup d’insensés qui sont pleins d’orgueil. Les ignorants, si cette loi était enseignée, la mépriseraient.

Pour la troisième fois, le respectable Çâriputtra s’adressa ainsi à Bhagavat : Expose, ô Bhagavat, expose, ô Sugata, ce sujet aux nombreuses centaines d’êtres semblables à moi, qui sont réunis ici dans l’assemblée. Beaucoup d’autres êtres vivants, réunis par centaines, par milliers, par centaines de mille, par centaines de mille de myriades de kôtis, qui ont été mûris par Bhagavat dans des existences antérieures, auront foi, s’en rapporteront aux paroles de Bhagavat, ils les comprendront. Cela sera pour eux un avantage, un profit, un bien qui durera longtemps.

Alors le respectable Çâriputtra prononça dans cette circonstance les stances suivantes :

34. Expose la loi, ô le Meilleur des hommes ; moi qui suis ton fils aîné, je te le demande ; il y a ici des milliers de kôtis d’êtres vivants qui croiront à la bonne loi exposée [par toi].

35. Et les êtres qui, dans des existences antérieures, ont été continuellement mûris par toi pendant un long temps, ces êtres qui sont tous ici, les mains réunies en signe de respect, eux aussi croiront de même à la loi.

36. Ces douze cents êtres semblables à moi, qui sont également parvenus à l’état suprême de Bôdhi, que le Sugata, les regardant, leur parle, et qu’il fasse naître en eux une joie extrême.

Alors Bhagavat, entendant pour la troisième fois la prière que lui adressait le respectable Çâriputtra, lui dit ces paroles : Puisque maintenant, ô Çâriputtra, tu sollicites jusqu’à trois fois le Tathâgata, que puis-je répondre à la prière que tu m’adresses ainsi ? Écoute donc, ô Çâriputtra, et grave bien et complétement dans ton esprit ce que je vais dire ; je te parlerai. Et aussitôt Bhagavat prononça le discours qui va suivre.

En ce moment cinq mille Religieux et fidèles des deux sexes de l’assemblée, qui étaient remplis d’orgueil, s’étant levés de leurs siéges, et ayant salué de la tête les pieds de Bhagavat, sortirent de l’assemblée. C’est que, par suite du principe de mérite qui est [même] dans l’orgueil, ils s’imaginaient avoir acquis ce qu’ils n’avaient pas acquis, et, compris ce qu’ils n’avaient pas compris. C’est pourquoi, se reconnaissant en faute, ils sortirent de l’assemblée. Cependant Bhagavat continuait à garder le silence.

Ensuite Bhagavat s’adressa ainsi au respectable Çâriputtra : L’assemblée qui m’entourait, ô Çâriputtra, est diminuée de nombre ; elle est débarrassée de ce qu’elle renfermait de peu substantiel ; elle est restée ferme dans l’essence de la foi ; c’est une bonne chose, ô Çâriputtra, que le départ de ces auditeurs orgueilleux. C’est pourquoi, ô Çâriputtra, je t’exposerai l’objet que tu me demandes. Bien, ô Bhagavat, répondit le respectable Çâriputtra, et il se mit à écouter. Bhagavat dit alors :

Ils sont rares, ô Çâriputtra, les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. De même, ô Çâriputtra, que la fleur du figuier Udumbara ne paraît qu’en de certains temps et en de certains lieux, de même ils sont rares les temps et les lieux où le Tathâgata fait une semblable exposition de la loi. Ayez foi en moi, ô Çâriputtra ; je dis ce qui est, je dis la vérité, je ne dis pas le contraire de la vérité. C’est une chose difficile à rencontrer, ô Çâriputtra, que la fleur de l’Udumbara ; ce n’est qu’en de certains temps et en de certains lieux qu’on la rencontre. De même, ô Çâriputtra, le sens du langage énigmatique du Tathâgata est difficile à saisir. Pourquoi cela ? C’est que j’élucide la loi, ô Çâriputtra, en employant les cent mille moyens variés [dont je dispose], tels que les interprétations, les instructions, les allocutions, les comparaisons de diverses espèces. La bonne loi, ô Çâriputtra, échappe au raisonnement, elle n’est pas du domaine du raisonnement ; aussi doit-elle être connue par le moyen du Tathâgata. Pourquoi cela ? Parce que c’est pour un objet unique, ô Çâriputtra, pour un unique but, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde, pour un grand objet, en effet, et pour un grand but. Et quel est, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but du Tathâgata, ce grand objet, ce grand but pour lequel le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde ? C’est pour communiquer aux créatures la vue de la science des Tathâgatas, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde ; c’est pour leur en faire l’exposition complète, pour la leur faire pénétrer, pour la leur faire comprendre, pour leur en faire prendre la voie, que le Tathâgata vénérable, etc., paraît dans le monde. C’est là, ô Çâriputtra, cet objet unique, cet unique but, ce grand objet et ce grand but, en effet, des Tathâgatas ; c’est là l’unique destination de son apparition dans le monde. Voilà, ô Çâriputtra, l’objet unique, l’unique but, et ils sont grands en effet cet objet et ce but qu’accomplit le Tathâgata. Pourquoi cela ? C’est que moi aussi, ô Çâriputtra, je suis celui qui communique la vue de la science du Tathâgata, celui qui en fait l’exposition complète, celui qui la fait pénétrer, celui qui la fait comprendre, celui qui en fait prendre la voie. De même aussi, ô Çâriputtra, commençant par un moyen de transport unique, j’enseigne la loi aux créatures. Ce moyen de transport, c’est le véhicule des Buddhas. Il n’y a pas, ô Çâriputtra, un second ni un troisième véhicule. C’est là, ô Çâriputtra, une loi universelle pour le monde entier, en y comprenant les dix points de l’espace. Pourquoi cela ? C’est que, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc., qui, au temps passé, ont existé dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, et qui ont enseigné la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, par compassion pour le monde, pour l’avantage, l’utilité et le bonheur du grand corps des êtres, hommes et Dêvas, après avoir reconnu les dispositions des créatures, qui ont des inclinations variées, dont les éléments comme les idées sont diverses, qui l’ont enseignée, dis-je, par l’habile emploi des moyens [dont ils disposent], tels que les démonstrations et les instructions de diverses espèces, les raisons, les motifs, les comparaisons, les arguments faits pour convaincre, les interprétations variées, tous ces Tathâgatas, dis-je, ô Çâriputtra, qui taient des Buddhas bienheureux, ont enseigné la loi aux créatures, en commençant par un moyen de transport unique, lequel est le véhicule des Buddhas qui aboutit à l’omniscience, c’est-à-dire à la communication qui est faite aux créatures de la vue de la science des Tathâgatas, à l’exposition complète, à la transmission, à l’explication, à l’enseignement de la voie de la science des Tathâgatas ; c’est là la loi qu’ils ont enseignée aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui ont entendu la loi de la bouche de ces anciens Tathâgatas vénérables, etc., ces êtres sont tous entrés en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, qui, dans l’avenir, existeront dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, et qui enseigneront la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus, f. 25 a,] après avoir reconnu les dispositions des créatures, [etc., comme ci-dessus,] tous ces Tathâgatas, ô Çâriputtra, qui seront des Buddhas bienheureux, enseigneront la loi aux créatures en commençant par un moyen de transport unique, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi qu’ils enseigneront aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui entendront la loi de la bouche de ces futurs Tathâgatas vénérables, etc., ces êtres entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et les Tathâgatas vénérables, etc., ô Çâriputtra, qui maintenant, dans le temps présent, se trouvent, vivent, existent et enseignent la loi dans les dix points de l’espace, dans des univers incommensurables et innombrables, pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus,] tous ces Tathâgatas, ô Çâriputtra, qui sont des Buddhas bienheureux, enseignent la loi aux créatures en commençant par un moyen de transport unique, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi qu’ils enseignent aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui entendent la loi de la bouche de ces Tathâgatas actuels, vénérables, etc., ces êtres entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli.

Et moi aussi, ô Çâriputtra, qui suis maintenant le Tathâgata vénérable, etc., j’enseigne la loi pour l’utilité et le bonheur de beaucoup d’êtres, [etc., comme ci-dessus,] après avoir reconnu les dispositions des créatures, [etc., comme ci-dessus.] Et moi aussi, ô Çâriputtra, j’enseigne la loi aux créatures, en commençant par un moyen de transport unique, qui est le véhicule des Buddhas, [etc., comme ci-dessus ; ] c’est là la loi que j’enseigne aux créatures. Et les êtres eux-mêmes, ô Çâriputtra, qui maintenant entendent la loi de ma bouche, entreront tous en possession de l’état suprême de Buddha parfaitement accompli. Voilà de quelle manière tu dois comprendre, ô Çâriputtra, que nulle part au monde, ni dans les quatre points de l’espace, il n’existe un second véhicule, ni à plus forte raison un troisième.

Cependant d’un autre côte, ô Çâriputtra, quand les Tathâgatas vénérables, etc., naissent à l’époque où dégénère un Kalpa, à l’époque où dégénèrent les êtres, les doctrines, la vie, et au milieu de la corruption du mal ; quand ils naissent au milieu des maux de cette espèce qui affligent un Kalpa ; quand les êtres sont pleins de souillures, qu’ils sont en proie à la concupiscence, qu’ils n’ont que peu de racines de vertu, alors, ô Çâriputtra, les Tathâgatas vénérables, etc., savent, par l’habile emploi des moyens [dont ils disposent], désigner sous la dénomination de triple véhicule, ce seul et unique véhicule des Buddhas. Alors, ô Çâriputtra, les Çrâvakas, les Arhats ou les Pratyêkabuddhas, qui n’écoutent pas cette œuvre du Tathâgata, laquelle est la communication du véhicule des Buddhas, qui ne la pénètrent pas, qui ne la comprennent pas, ces êtres, dis-je, ô Çâriputtra, ne doivent pas être reconnus comme Çrâvakas du Tathâgata ; ils ne doivent pas être reconnus comme Arhats, ni comme Pratyêkabuddhas.

D’un autre côte, ô Çâriputtra, le Religieux quel qu’il soit, le fidèle quel qu’il soit, à quelque sexe qu’il appartienne, qui prendrait la résolution d’arriver à l’état d’Arhat sans avoir fait la demande nécessaire pour atteindre à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; qui dirait : « Je suis exclu du véhicule des Buddhas, je n’éprouve aucune intention, aucun désir de le posséder, » et qui cependant se dirait : « Me voici arrivé au Nirvâna complet, dernier terme de mon existence ; » cet homme, ô Çâriputtra, sache que c’est un orgueilleux. Pourquoi cela ? C’est qu’il n’est pas convenable, ô Çâriputtra, c’est qu’il n’est pas à propos qu’un religieux, qu’un Arhat exempt de toute faute, entendant cette loi de la bouche du Tathâgata présent devant lui, n’ait pas foi en elle ; car je ne parle pas du [temps où le] Tathâgata [est] entré dans le Nirvâna complet. Pourquoi cela ? C’est qu’au temps et à l’époque où le Tathâgata sera entré dans le Nirvâna complet, les Çrâvakas ne posséderont ni n’exposeront des Sûtras comme celui-ci ; c’est, ô Çâriputtra, sous d’autres Tathâgatas vénérables, etc., qu’ils renonceront à tous leurs doutes touchant ces lois de Buddha. Ayez foi en moi, ô Çâriputtra, ayez confiance en moi, livrez-vous à la réflexion ; car il n’y a pas de parole des Tathâgatas qui soit mensongère. Il n’y a qu’un seul véhicule, ô Çâriputtra, qui est le véhicule des Buddhas.

Ensuite Bhagavat, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :


37. Alors les Religieux et les Religieuses, qui étaient pleins d’orgueil, ainsi que les fidèles des deux sexes privés de foi, au nombre de cinq mille, sans un de moins,

38. Reconnaissant la faute [dont ils étaient coupables], doués comme ils l’étaient d’une instruction imparfaite, se retirèrent pour cacher leurs blessures, parce que leur intelligence était ignorante.

39. Ayant reconnu que ce qu’il y avait de mauvais dans l’assemblée, en avait disparu, le Chef du monde s’écria. Ils n’ont pas la vertu suffisante pour entendre ces lois.

40. Et toutes les âmes ayant de la foi sont restées dans mon assemblée ; toute la partie vaine en est partie ; cette assemblée est formée maintenant de ce qu’il y a de substantiel.

41. Apprends de moi, ô Çârisuta, comment cette loi a été pénétrée entièrement par les Meilleurs des hommes, et comment les Buddhas, Guides [du monde l’]exposent par plusieurs centaines de moyens convenables.

42. Connaissant les dispositions, la conduite et les nombreuses inclinations de tant de kôtis d’êtres vivants en ce monde ; connaissant leurs actions variées et ce qu’ils ont fait autrefois de bonnes œuvres,

43. Je sais, par des interprétations et des motifs de diverses espèces, faire obtenir la loi à ces êtres ; par des raisons [convenables] et par des centaines d’exemples, moi qui suis le Tathâgata, je réjouis toutes les créatures.

44. Je dis des Sûtras et aussi des Stances, des Histoires, des Djâtakas et des Adbhutas ; des sujets de discours avec des centaines de belles similitudes ; je dis des vers faits pour être chantés, et aussi des instructions.

45. Les ignorants passionnés pour des objets misérables, qui n’ont pas appris les règles de la conduite religieuse sous plusieurs kôtis de Buddhas, qui sont enchaînés au monde et qui sont très-malheureux, à ceux-là j’enseigne le Nirvâna.

46. Voilà le moyen qu’emploie l’Être qui existe par lui-même afin de faire comprendre la science des Buddhas ; jamais cependant il ne dirait à ces êtres : « Vous-mêmes, vous deviendrez des Buddhas. »

47. Pour quel motif le Protecteur, après avoir considéré l’époque et reconnu le moment convenable, dit-il ensuite : Voici le moment favorable, moment si rare à rencontrer, pour que j’expose ici la démonstration certaine de ce qui est ?

48. Cette loi formée de neuf parties, qui est la mienne, n’a été expliquée que par la force et l’énergie des êtres ; c’est là le moyen que j’enseigne pour faire entrer [les hommes] dans la science de celui qui est généreux.

49. Et à ceux qui, en ce monde, sont toujours purs, candides, chastes, saints, fils de Buddha, et qui ont rempli leur mission sous plusieurs kôtis de Buddhas, à ceux-là, je dis des Sûtras aux grands développements.

50. Ces Héros sont purs de cœur et de corps ; ils sont doués de compassion. Je leur dis : Vous serez, dans l’avenir, des Buddhas bons et compatissants.

51. Et [m’]ayant entendu, tous s’épanouissent de joie ; nous serons, [disent-ils,] des Buddhas, Chefs du monde. Et moi, connaissant leur conduite, j’explique de nouveau des Sûtras aux grands développements.

52. Et ceux-là sont les Çrâvakas du Chef, qui ont entendu cet enseignement suprême qui est le mien ; une seule stance entendue ou comprise suffit sans aucun doute pour les conduire tous à l’état de Buddha.

53. Il n’y a qu’un véhicule, il n’en existe pas un second ; il n’y en a pas non plus un troisième, quelque part que ce soit dans le monde, sauf le cas où, employant les moyens [dont ils disposent], les Meilleurs des hommes enseignent qu’il y a plusieurs véhicules.

54. C’est pour expliquer la science des Buddhas que le Chef du monde naît dans le monde ; les Buddhas n’ont, en effet, qu’un seul but, et n’en ont pas un second ; ils ne transportent pas [les hommes] dans un véhicule misérable.

55. Là où est établi l’Être existant par lui-même, et ceux qui sont Buddhas, quels qu’ils soient et de quelque manière qu’ils existent, là où sont les forces, les contemplations, les délivrances, la perfection des sens, c’est en cet endroit-là même que le Chef établit les créatures.

56. Il y aurait, de ma part, égoïsme si, après avoir touché à l’état de Bôdhi, à cet état éminent et exempt de passion, je plaçais, ne fût-ce qu’une seule créature, dans un véhicule misérable ; cela ne serait pas bien à moi.

57. Il n’existe pas en moi la moindre trace d’égoïsme, non plus que de jalousie, ni de concupiscence, ni de désir ; toutes mes lois sont exemptes de pêché : c’est à cause de cela qu’au jugement de l’univers je suis Buddha.

58. C’est ainsi que, paré des [trente-deux] signes [de beauté], illuminant la totalité de cet univers, vénéré par plusieurs centaines d’êtres vivants, je montre l’empreinte de la propre nature de la loi.

59. C’est ainsi que je pense, ô Çâriputtra, aux moyens de faire que tous les êtres portent sur leur corps les trente-deux signes [de beauté], qu’ils deviennent brillants de leur propre éclat, qu’ils connaissent le monde, et qu’ils soient des Êtres existants par eux-mêmes.

60. Et selon que je vois, et selon que je pense, et selon que ma détermination a été prise antérieurement, l’objet de ma prière est complètement atteint, et j’explique ce que sont les Buddhas et ce qu’est l’état de Bôdhi.

61. Et si, ô Çâriputtra, je disais aux créatures : "Produisez en vous-mêmes le désir de l’état de Buddha," les créatures ignorantes, troublées par ce langage, ne comprendraient jamais ma bonne parole.

62. Et moi, connaissant qu’elles sont ainsi, et qu’elles n’ont pas, dans leurs existences antérieures, observé les règles de la conduite religieuse, [je me dis : ] Les créatures sont passionnées pour les qualités du désir, elles [y] sont attachées ; troublées par la passion, elles ont l’esprit égaré par l’ignorance.

63. Elles tombent, sous l’influence du désir, dans la mauvaise voie, souffrant dans les six routes [de l’existence] ; et elles vont à plusieurs reprises peupler les cimetières, tourmentées par la douleur, ayant peu de vertu.

64. Retenues dans les défilés de l’hérésie, disant : "Il est ; il n’est pas ; il est et n’est pas ainsi ; " accordant leur confiance aux opinions des soixante-deux [fausses] doctrines, elles restent attachées à une existence qui est sans réalité.

65. Pleins de souillures dont ils ne peuvent aisément se purifier, orgueilleux, hypocrites, faux, menteurs, ignorants, insensés, les êtres restent pendant des milliers de kôtis d’existences, sans entendre jamais la bonne voix d’un Buddha.

66. A ceux-là, ô Çâriputtra, j’indique un moyen : "Mettez fin à la douleur ; voyant les êtres tourmentés par la douleur, alors je leur montre le Nirvâna.

67. C’est ainsi que j’expose toutes les lois qui sont perpétuellement affranchies, qui sont dès le principe parfaitement pures ; et le fils de Buddha, ayant accompli les devoirs de la conduite religieuse, deviendra Djina dans une vie à venir.

68. C’est là un effet de mon habileté dans l’emploi des moyens, que j’enseigne trois véhicules ; car il n’y a qu’un seul véhicule et qu’une seule conduite, et il n’y a non plus qu’un seul enseignement des Guides [du monde].

69. Repousse l’incertitude et le doute, [dis-je] à ceux, quels qu’ils soient, en qui naît quelque incertitude à ce sujet ; les Guides du monde ne parlent pas contre la vérité ; c’est là l’unique véhicule, il n’y en a pas un second.

70. Et les anciens Tathâgatas, ces Buddhas parvenus au Nirvâna complet, au nombre de plusieurs milliers, dans des existences antérieures, à la distance d’un Kalpa incommensurable, le calcul n’en peut être fait.

71. Tous ces personnages, qui étaient les Meilleurs des hommes, ont exposé les lois qui sont très-pures, au moyen d’exemples, de raisons, de motifs, et par l’habile emploi de plusieurs centaines de moyens.

72. Et tous ont enseigné un véhicule unique, et tous on fait entrer dans cet unique véhicule, ils ont conduit à leur maturité, dans ce véhicule unique, d’incroyables milliers de kôtis d’êtres vivants.

73. Mais il y a d’autres moyens variés, appartenant aux Djinas, par lesquels le Tathâgata, qui connaît les inclinations et les pensées [des êtres], enseigne cette loi suprême dans le monde réuni aux Dêvas.

74. Et tous ceux qui, dans ce monde, entendent la loi, ou l’ont entendue de la bouche des Sugatas ; ceux qui ont exercé l’aumône, pratiqué les devoirs de la vertu et observé avec patience toutes les règles de la conduite religieuse ;

75. Ceux qui ont rempli les obligations de la contemplation et de l’énergie ; ceux qui ont réfléchi aux lois, à l’aide de la sagesse ; ceux par qui ont été accomplis les divers actes de vertu, tous ces êtres sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

76. Et les êtres, quels qu’ils soient, qui ont existé sous l’enseignement de ces Djinas, parvenus au Nirvâna complet, ces êtres patients, dociles et convertis, sont tous devenus possesseurs de l’état de Buddha.

77. Et ceux aussi qui rendent un culte aux reliques de ces Djinas parvenus au Nirvâna complet, qui construisent plusieurs milliers de Stûpas faits de substances précieuses, d’or, d’argent et aussi de cristal ;

78. Et ceux qui font des Stûpas de diamant, et ceux qui en font de pierres précieuses et de perles, des plus beaux lapis-lazulis, ou de saphir, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

79. Et ceux aussi qui font des Stûpas de pierres, ceux qui en font de bois de santal et d’aloès ; ceux qui font des Stûpas avec le bois du pin, et ceux qui en font avec des monceaux de bois ;

80. Ceux qui, pleins de joie, construisent pour les Djinas des Stûpas faits de briques et d’argile accumulée ; ceux qui font dresser dans les bois et sur les montagnes des monceaux de poussière à l’intention des Buddhas ;

81. Les jeunes enfants aussi qui, dans leurs jeux, ayant l’intention d’élever des Stûpas pour les Djinas, font çà et là de ces édifices en sable, tous ceux-là aussi sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

82. De même, ceux qui ont fait faire avec intention des images [de Buddhas] en pierreries, portant les trente-deux signes [de beauté], tous ceux-là aussi sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

83. Ceux qui ont fait faire ici des images de Sugatas, en employant soit les sept substances précieuses, soit le cuivre, soit le bronze, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

84. Ceux qui ont fait faire des statues de Sugatas de plomb, de fer ou de terre ; ceux qui en ont fait faire de belles représentations en ouvrages de maçonnerie, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

85. Ceux qui peignent, sur les murs, des images [de Sugatas], avec tous leurs membres parfaitement représentés, avec leurs cent signes de vertu, soit qu’ils les tracent eux-mêmes, soit qu’ils les fassent tracer, tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

86. Et ceux mêmes, quels qu’ils soient, qui, recevant ici l’instruction et repoussant la volupté, ont fait avec leurs ongles ou avec un morceau de bois des images [de Sugatas], tous ceux-là sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

87. Les hommes ou les jeunes gens [qui ont fait de ces images] sur les murs, sont tous devenus compatissants, et tous ils ont sauvé des kôtis de créatures, convertissant beaucoup de Bôdhisattvas.

88. Ceux par qui des fleurs et des parfums ont été offerts aux reliques des Tathâgatas, à leurs Stûpas, à leurs statues d’argile, à un Stûpa qui a été tracé sur le mur, ou même à un Stûpa de sable ;

89. Ceux qui ont fait retentir les instruments de musique, les tambours, les conques, les grandes caisses qui font beaucoup de bruit, et ceux qui ont frappé les timbales pour rendre un culte aux sages qui possèdent l’excellent et suprême état de Bôdhi ;

90. Et les hommes qui ont fait résonner les Vînâs, les plaques de cuivre, les timbales, les tambours d’argiles, les flûtes, les petits tambours agréables, ceux qui ne servent que pour une fête et ceux qui sont très-doux, tous ces hommes sont devenus possesseurs de l’état de Buddha.

91. Ceux qui, dans l’intention de rendre un culte aux Sugatas, ont fait sonner des cymbales de fer, qui ont battu l’eau, frappé dans leurs mains ; ceux qui ont fait entendre un chant doux et agréable,

92. Ceux qui ont rendu aux reliques [des Buddhas] ces hommages divers, sont devenus des Buddhas dans le monde ; il y a plus, pour n’avoir fait même que peu de chose en l’honneur des reliques des Sugatas, pour n’avoir fait résonner qu’un seul instrument de musique,

93. Pour avoir fait le Pûdjâ, ne fût-ce qu’avec une seule fleur, pour avoir tracé sur un mur l’image des Sugatas, pour avoir fait le Pûdjâ, même avec distraction, ils verront successivement des kôtis de Buddhas.

94. Ceux qui ont fait ici, en face d’un Stûpa, la présentation respectueuse des mains, soit complète, soit d’une seule main ; ceux qui ont courbé la tête un seul instant, et fait une seule inclination de corps ;

95. Ceux qui, en présence de ces édifices qui renferment des reliques [des Sugatas], ont dit une seule fois : « Adoration à Buddha ! » et qui l’ont fait sans même y apporter beaucoup d’attention, tous ceux-là sont entrés en possession de cet excellent et suprême état de Bôdhi.

96. Les créatures qui, au temps de ces [anciens] Sugatas, soit qu’ils fussent déjà entrés dans le Nirvâna complet, soit qu’ils vécussent encore, n’ont fait qu’entendre le seul nom de la loi, ont toutes acquis la possession de l’état de Buddha.

97. Beaucoup de kôtis de Buddhas futurs, que l’intelligence ne peut concevoir et dont la mesure n’existe pas, tous Djinas et excellents Chefs du monde, mettront au jour le moyen [dont je fais usage].

98. Elle sera infinie l’habileté de ces Guides du monde dans l’emploi des moyens, cette habileté par laquelle ils convertiront ici des kôtis d’êtres vivants à cet état de Buddha, à cet état de science, à cet état exempt d’imperfections.

99. Une seule créature ne pourra jamais devenir Buddha, pour avoir [seulement] entendu la loi de leur bouche ; telle est en effet la prière des Tathâgatas, « Puissé-je, après avoir rempli les devoirs de la conduite religieuse pour arriver à l’état de Buddha, puissé-je les faire remplir aux autres ! »

100. Ces Buddhas enseigneront dans l’avenir plusieurs milliers d’introductions à la loi ; parvenus à la dignité de Tathâgata, ils exposeront la loi en montrant ce véhicule unique.

101. La règle de la loi est perpétuellement stable, et la nature de ses conditions est toujours lumineuse ; les Buddhas, qui sont les Meilleurs des hommes, après l’avoir reconnue, enseigneront l’unique véhicule, qui est le mien,

102. Ainsi que la stabilité de la loi, et sa perfection qui subsiste perpétuellement dans le monde sans être ébranlée ; et les Buddhas enseigneront l’état de Bôdhi, jusqu’au centre de la terre, en vertu de leur habileté dans l’emploi des moyens [dont ils disposent].

103. Dans les dix points de l’espace, il existe, aussi nombreux que les sables du Gange, des Buddhas vénérés par les hommes et par les Dêvas ; c’est pour rendre heureux tous les êtres, qu’ils exposent en ce monde l’état suprême de Bôdhi qui m’appartient.

104. Développant leur habileté dans l’emploi des moyens, montrant divers véhicules, les Buddhas enseignent aussi le véhicule unique, ce domaine excellent et calme.

105. Et connaissant la conduite de tous les êtres, ce qu’ils ont pensé, ce qu’ils ont recherché jadis, connaissant leur force et leur énergie ainsi que leurs inclinations, ils mettent [tout cela] en lumière.

106. Ces Guides [du monde] produisent, par la force de leur science, beaucoup de raisons et d’exemples, et beaucoup de motifs ; et reconnaissant que les êtres ont des inclinations diverses, ils emploient diverses démonstrations.

107. Et moi aussi, moi qui suis le Guide des rois des Djinas, afin de rendre heureuses les créatures qui sont nées en ce monde, j’enseigne cet état de Buddha par des milliers de kôtis de démonstrations variées.

108. Je montre aussi la loi sous ses nombreuses formes, connaissant les inclinations et les pensées des êtres vivants ; je [les] réjouis par divers moyens ; c’est là la force de ma science personnelle.

109. Et moi aussi je vois les créatures misérables, complétement privées de science et de vertu, tombées dans le monde, enfermées dans des passages impraticables, plongées dans des douleurs qui se succèdent sans relâche.

110. Enchaînées par la concupiscence comme par la queue du Yak, perpétuellement aveuglées en ce monde par les désirs, elles ne recherchent pas le Buddha, dont la puissance est grande ; elles ne recherchent pas la loi, qui fait arriver la fin de la douleur.

111. Dans les six voies [de l’existence où elles se trouvent], n’ayant qu’une intelligence imparfaite, obstinément attachées aux doctrines hétérodoxes, éprouvant malheurs sur malheurs, elles m’inspirent une vive compassion.

112. Connaissant [tout cela] en ce monde, dans la pure essence de l’état de Bôdhi au sein duquel je reste trois fois sept jours entiers, je réfléchis aux objets de ce genre, les regards fixés sur l’arbre [sous lequel je suis assis].

113. Et je regarde sans fermer les yeux ce roi des arbres, et je me promène dans son voisinage ; [je contemple] cette science merveilleuse, éminente, et ces êtres ignorants qui sont aveuglés par l’erreur.

114. Et alors viennent pour m’interroger Brahmâ, Çakra et les quatre Gardiens du monde, Mahêçvara, Îçvara et les troupes des Maruts par milliers de kôtis,

115. Ayant tous les mains jointes et l’extérieur respectueux ; et moi je réfléchis aux moyens d’atteindre mon but, et je fais l’éloge de l’état de Buddha ; mais ces créatures sont opprimées par [mille] maux.

116. Ces êtres ignorants, [me dis-je,] vont mépriser la loi que je leur exposerai, et, après l’avoir méprisée, ils tomberont dans les lieux de châtiment ; il vaudrait mieux pour moi ne jamais parler. Puisse avoir lieu aujourd’hui même mon paisible anéantissement !

117. Et me rappelant les anciens Buddhas, et quelle était leur habileté dans l’emploi des moyens, [je dis :] « Puissé-je, moi aussi, après avoir joui de cet état de Buddha, puissé-je l’exposer trois fois en ce monde ! »

118. C’est ainsi que cette loi est l’objet de mes réflexions ; et les autres Buddhas des dix points de l’espace, qui me laissent voir en ce moment leur propre corps, font entendre tous ensemble cette exclamation : « C’est bien ! »

119. « Bien, solitaire ! ô toi le premier des Guides du monde ; après avoir pénétré ici la science, à laquelle rien n’est supérieur, réfléchissant à l’habile emploi des moyens [convenables], tu reproduis l’enseignement des Guides du monde.

120. Et nous aussi, nous qui sommes des Buddhas, après avoir fait une triple division de cet objet suprême, puissions-nous le faire comprendre ! car les hommes ignorants, dont les inclinations sont misérables, ne nous croiraient pas [si nous leur disions] : Vous serez des Buddhas.

121. Puissions-nous, faisant un habile emploi des moyens [convenables], en réunissant [tous] les motifs, [et] en parlant du désir [qu’on doit avoir] d’une récompense, puissions-nous convertir beaucoup de Bôdhisattvas ! »

122. Et moi, en ce moment, je suis rempli de joie, après avoir entendu la voix agréable des Chefs des hommes ; l’esprit satisfait, je dis à ces Protecteurs : « Les chefs des grands Richis ne parlent pas en vain.

123. Et moi aussi, j’exécuterai ce qu’ont ordonné les sages, Guides du monde. » Et moi aussi, j’ai été agité dans ce monde terrible, après y être né au milieu de la dégradation des créatures.

124. Ensuite, ô Çârisuta, ayant ainsi reconnu [la vérité], je suis parti dans ce temps-là pour Bénarès ; là, j’ai exposé à cinq solitaires, à l’aide d’un moyen convenable, la loi qui est la terre de la quiétude.

125. J’ai fait ensuite tourner la roue de la loi, et le nom de Nirvâna a été [entendu] dans le monde, aussi bien que le nom d’Arhat et celui de Dharma ; le nom d’Assemblée y a été alors [entendu] aussi.

126. Je parle pendant un grand nombre d’années, et je fais voir la terre du Nirvâna : « Voici, [m’écrié-je,] le terme du malheur du monde ; » c’est ainsi que je m’exprime continuellement.

127. Et au moment, ô Çâriputtra, où j’ai vu des fils des Meilleurs des hommes arrivés à l’excellent et suprême état de Bôdhi, nombreux comme des milliers infinis de kôtis,

128. Qui, s’étant approchés de moi, sont restés en ma présence les mains jointes et l’extérieur respectueux, et qui ont entendu la loi des Djinas, grâce à l’habile emploi des nombreux et divers moyens [dont ces Djinas disposent] ;

129. Alors cette réflexion s’est immédiatement présentée à mon esprit : « Voici pour moi le moment d’enseigner la loi excellente ; j’expose en ce lieu cet état suprême de Bôdhi, pour lequel je suis né ici dans le monde.

130. « Cela sera aujourd’hui difficile à croire pour les hommes dont l’intelligence ignorante s’imagine voir ici un prodige, pour les hommes remplis d’orgueil et qui ne savent rien ; mais ces Bôdhisattvas entendront. »

131. Et moi qui suis plein d’intrépidité, satisfait alors, renonçant complétement à toute réticence, je parle au milieu des fils de Sugata, et je les convertis entièrement à l’état de Buddha.

132. Et après avoir vu de tels fils de Buddha, « Pour toi aussi, [m’écrié-je,] toute incertitude sera dissipée, » et ces douze cents [auditeurs] exempts de péché deviendront tous des Buddhas dans le monde.

133. Quel est le nombre de ces anciens Protecteurs et la condition des Djinas qui viendront dans l’avenir ? Ce sujet a cessé de faire l’objet de mes réflexions ; aussi vais-je te l’exposer aujourd’hui tel qu’il est.

134. Dans certains temps, dans certains lieux, et pour une certaine cause, a lieu dans le monde l’apparition des Héros des hommes ; dans certains temps, celui dont la vue est infinie, étant né dans le monde, expose une pareille loi.

135. Elle est bien difficile à obtenir, cette loi suprême, même pendant la durée de dix mille kôtis de Kalpas ; elles sont bien difficiles à trouver, les créatures qui, après l’avoir entendue, ajoutent foi à cette loi suprême.

136. Tout de même que la fleur de l’Udumbara est difficile à rencontrer, qu’elle paraît dans certains temps, dans certains lieux, et d’une manière quelconque, et que c’est pour le monde quelque chose d’agréable à voir, quelque chose de merveilleux pour le monde réuni aux Dêvas ;

137. [De même] je dis que c’est une plus grande merveille encore que celui qui, après avoir entendu la loi bien exposée, en éprouverait de la satisfaction, dût-il n’en prononcer même qu’un seul mot ; par là serait rendu un culte à tous les Buddhas.

138. Renonce à l’incertitude et au doute sur ce sujet ; moi qui suis le roi de la loi, je fais connaître mon intention : je convertis à l’état suprême de Bôdhi ; [mais] je n’ai ici aucuns Çrâvakas.

139. Que cela soit un secret pour toi, ô Çâriputtra, ainsi que pour tous ceux qui [seront] mes Çrâvakas ; que ces hommes éminents aussi, qui sont Bôdhisattvas, gardent complétement ce secret.

140. Pourquoi, au temps des cinq imperfections, les créatures en ce monde deviennent-elles viles, méchantes, et aveuglées par la concupiscence ? Pourquoi leur intelligence est-elle ignorante, et pourquoi n’existe-t-il en elles aucune pensé pour l’état de Buddha ?

141. Les créatures pleines de folie, qui apprenant que ce véhicule unique, qui est le mien, a été mis au jour par ces [anciens] Djinas, oseront dans l’avenir mépriser les Sûtras, iront dans l’Enfer.

142. Mais les êtres purs et pleins de pudeur qui sont parvenus à l’état excellent et suprême de Bôdhi, je leur fais, moi qui suis intrépide, des éloges sans fin de ce véhicule unique.

143. C’est là l’enseignement des Guides [du monde] ; c’est là l’excellente habileté dans l’emploi des moyens, qu’ils ont exposée dans beaucoup de paraboles, car cela est difficile à comprendre pour ceux qui ne sont pas instruits.

144. C’est pourquoi, après avoir compris le langage énigmatique des Buddhas, de ces Protecteurs qui sont les Maîtres du monde, après avoir renoncé à l’incertitude et au doute, vous serez des Buddhas, ressentez-en de la joie.