Lotus de la bonne loi/Chapitre 1

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Lotus de la bonne loi
Version du soutra du lotus traduite directement à partir de l’original indien en sanscrit.
Traduction par Eugène Burnouf.
Librairie orientale et americaine (p. 1-18).
II  ►


CHAPITRE PREMIER.


LE SUJET.


ÔM ! ADORATION À TOUS LES BUDDHAS ET BÔDHISATTVAS !


Voici ce que j’ai entendu. Un jour Bhagavat se trouvait à Râdjagriha, sur la montagne de Gridhrakûta[1], avec une grande troupe de Religieux, de douze cents Religieux, tous Arhats[2], exempts de toute faute, sauvés de la corruption [du mal], parvenus à la puissance, dont les pensées étaient bien affranchies, dont l’intelligence l’était également, sachant tout, semblables à de grands éléphants, qui avaient rempli leur devoir, accompli ce qu’ils avaient à faire, déposé leur fardeau, atteint leur but, supprimé complétement les liens qui les attachaient à l’existence ; dont les pensées étaient bien affranchies par la science parfaite ; qui avaient obtenu cette perfection suprême d’être complétement maîtres de leurs pensées ; qui étaient en possession des [cinq] connaissances surnaturelles, tous grands Çrâvakas[3]. C’étaient entre autres le respectable Âdjñâtakâundinya, Açvadjit, Vâchpa, Mahânâman, Bhadrika, Mahâkâçyapa, Uruvilvâkâçyapa, Gayâkâçyapa, Çâriputtra, Mahâmâudgalyâyana, Mahâkâtyâyana, Aniruddha, Rêvata, Kapphina, Gavâmpati, Pilindavatsa, Vakula, Mahâkâuchthila, Bharadvâdja, Mahânanda, Upananda, Sunanda, Pûrnamâitrâyanîputtra, Subhûti, Râhula, tous ayant le titre de respectable. Avec eux se trouvaient encore d’autres grands Çrâvakas, comme le respectable Maître Ânanda, et deux autres milliers de Religieux, dont les uns étaient Maîtres et les autres ne l’étaient pas ; six mille Religieuses ayant à leur tête Mahâpradjâpatî, avec la Religieuse Yaçôdharâ, la mère de Râhula, accompagnée de sa suite. Il se trouvait aussi là quatre-vingt mille Bôdhisattvas, tous incapables de retourner en arrière ; tous attachés à un seul et même objet, c’est-à-dire à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; ayant acquis la connaissance des formules magiques ; affermis dans la grande puissance ; faisant tourner la roue de la loi qui ne peut revenir en arrière ; ayant honoré plusieurs centaines de mille de Buddhas ; ayant fait croître les racines de vertu [qui étaient en eux] en présence de plusieurs centaines de mille de Buddhas ; ayant entendu leur éloge de la bouche de plusieurs centaines de mille de Buddhas ; gouvernant par la charité leur corps et leur esprit ; habiles à pénétrer la science du Tathâgata ; doués d’une grande sagesse ; ayant acquis l’intelligence de la Pradjñâpâramitâ ; célèbres dans plusieurs centaines de mille d’univers ; ayant sauvé plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis d’êtres vivants. C’étaient entre autres le Bôdhisattva Mahâsattva Mañdjuçrî devenu Kumâra, Avalôkitêçvara, Mahâsthâmaprâpta, Sarvârthanâman, Nityôdyukta, Anikchiptadhûra, Ratnapâni, Bhâichadjyarâdja, Bhâichadjyasamudgata, Vyûharâdja, Pradânaçûra, Ratnatchandra, Pûrnatchandra, Mahâvikramin, Anantavikramin, Trâilôkyavikramin, Mahâpratibhâna, Satatasamitâbhiyukta, Dharanîdhara, Akchayamati, Padmaçrî, Nakchatrarâdja, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, le Bôdhisattva Mahâsattva Simha.

Avec eux se trouvaient seize hommes vertueux, ayant à leur tête Bhadrapâla ; c’étaient Bhadrapâla, Ratnâkara, Susârthavâha, Ratnadatta, Guhagupta, Varunadatta, Indradatta, Uttaramati, Viçêchamati, Vardhamânamati, Amôghadarçin, Susamprasthita, Suvikrântavikramin, Anupamamati, Sûryagarbha, Dharanîdhara ; avec quatre-vingt mille Bôdhisattvas ayant à leur tête de tels personnages ; et Çakra, l’Indra des Dêvas, avec une suite de vingt mille fils des Dêvas, tels que le fils des Dêvas Tchandra, le fils des Dêvas Sûrya, le fils des Dêvas Samantagandha, le fils des Dêvas Ratnaprabha, le fils des Dêvas Avabhâsaprabha ; avec vingt mille fils des Dêvas ayant à leur tête de tels Dieux ; avec les quatre Mahârâdjas ayant une suite de trente mille fils des Dêvas, tels que le Mahârâdja Virûdhaka, le Mahârâdja Virûpâkcha, le Mahârâdja Dhritarâchtra, le Mahârâdja Vâiçravana, le fils des Dêvas Îçvara, le fils des Dêvas Mahêçvara, ayant chacun, [les deux derniers], une suite de trente mille fils des Dêvas ; avec Brahmâ, le chef de l’univers Saha, ayant une suite de douze mille fils des Dêvas, nommés Brahmakâyikas, tels que le Brahmâ Çikhin, le Brahmâ Djyôtichprabha, avec douze mille fils des Dêvas Brahmakâyikas, ayant ces Brahmâs à leur tête ; avec les huit rois des Nâgas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Nâgas, tels que le roi des Nâgas Nanda, le roi des Nâgas Upananda, le roi des Nâgas Sâgara, Vâsuki, Takchaka, Manasvin, Anavatapta, le roi des Nâgas Utpala ; avec les quatre rois des Kinnaras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis de Kinnaras, tels que le roi des Kinnaras Drûma, le roi des Kinnaras Mahâdharma, le roi des Kinnaras Sudharma, le roi des Kinnaras Dharmadhara ; avec les quatre fils des Dêvas nommés Gandharvakâyikas, ayant une suite de plusieurs centaines de mille de Gandharvas, le Gandharva Manôdjña, Manôdjñasvara, Madhura, le Gandharva Madhurasvara ; avec les quatre Indras des Asuras ayant une suite de plusieurs centaines de mille de kôtis d’Asuras, tels que l’Indra des Asuras Bali, l’Indra des Asuras Suraskandha, l’Indra des Asuras Vêmatchitra, l’Indra des Asuras Râhu ; avec les quatre Indras des Garudas ayant une suite de plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Garudas, tels que l’Indra des Garudas Mahâtêdjas, Mahâkâya, Mahâpûrna, l’Indra des Garudas Maharddhiprâpta, et avec Adjâtaçatru, roi du Magadha, fils de Vâidêhî.

Or en ce temps Bhagavat entouré, honoré, servi, respecté, vénéré, adoré par les quatre assemblées, des hommages et des prières desquelles il était l’objet, après avoir exposé le Sûtra nommé la Grande démonstration, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas ; après s’être assis sur le grand siége de la loi qu’il occupait, Bhagavat, dis-je, entra dans la méditation nommée la Place de la démonstration sans fin : son corps était immobile, et sa pensée était également arrivée à une complète immobilité. À peine fut-il entré dans cette méditation, qu’une grande pluie de fleurs divines, de Mandâras et de Mahâmandâravas, de Mañdjû chakas et de Mahâmañdjûchakas se mit à tomber, couvrant Bhagavat et les quatre assemblées, et que la terre du Buddha tout entière fut ébranlée de six manières différentes. Elle remua et trembla, elle fut agitée et secouée, elle bondit et sauta.

Or en ce temps les Religieux et les Religieuses, les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes, et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, qui se trouvaient réunis, assis dans cette assemblée, ainsi que les rois [distingués en] Mandalins[4], en Balatchakravartins[5], et en Tchaturdvîpatchakravartins[6], tous avec leur suite, avaient les yeux fixés sur Bhagavat, remplis d’étonnement et de satisfaction.

Or en ce moment il s’élança un rayon de lumière du cercle de poils qui croissait dans l’intervalle des sourcils de Bhagavat. Ce rayon se dirigea vers les dix-huit mille terres de Buddha situées à l’orient, et toutes ces terres de Buddha, jusqu’au grand Enfer Avîtchi, et jusqu’aux limites de l’existence, parurent entièrement illuminées par son éclat. Et les êtres qui, dans ces terres de Buddha, suivent les six voies [de l’existence], devinrent tous complétement visibles. Et les Buddhas bienheureux qui se trouvent, qui vivent, qui existent dans ces terres de Buddha, devinrent aussi tous visibles. Et les lois qu’exposent ces Buddhas bienheureux purent être entièrement entendues. Et les Religieux et fidèles des deux sexes, les Yôgins, et ceux qui marchent dans la voie du Yôga, comme ceux qui en ont obtenu les fruits, y devinrent tous également visibles. Et les Bôdhisattvas Mahâsattvas qui, dans ces terres de Buddha, remplissent les devoirs des Bôdhisattvas par leur habileté dans l’emploi des moyens qui sont les raisons et les motifs faits pour produire les résultats variés et nombreux de l’attention à écouter, de la conviction et de la foi, devinrent tous également visibles. Et les Buddhas bienheureux qui, dans ces terres de Buddha, entrent en possession du Nirvâna complet, devinrent tous également visibles. Et les Stûpas faits de substances précieuses, élevés dans ces terres de Buddha, pour renfermer les reliques des Buddhas bienheureux qui étaient entrés dans le Nirvâna complet, devinrent tous également visibles.

Alors cette pensée s’éleva dans l’esprit du Bôdhisattva Mâitrêya : Voici l’apparition merveilleuse d’un grand miracle, que fait le Tathâgata. Quelle en peut être la cause, et quelle est la raison pour laquelle Bhagavat produit l’apparition merveilleuse de ce grand miracle ? Il est lui-même entré dans la méditation, et voici qu’apparaissent des effets de sa grande puissance surnaturelle, merveilleux, étonnants, inexplicables. Pourquoi n’en demanderais-je pas la cause qu’il faut rechercher, et qui sera ici capable de me l’expliquer ? Alors cette pensée lui vint à l’esprit : Voici Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra, qui a rempli sa mission sous les anciens Djinas, qui, sous eux, a fait croître les racines de vertu [qui étaient en lui], qui a honoré beaucoup de Buddhas. Le Bôdhisattva Mañdjuçrî devenu Kumâra aura vu sans doute jadis de tels prodiges accomplis par les anciens Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complétement Buddhas ; il aura profité des grands entretiens d’autrefois sur la loi ; c’est pourquoi j’interrogerai sur ce sujet Mañdjuçrî qui est devenu Kumâra.

Les quatre assemblées des Religieux et fidèles des deux sexes, et le grand nombre des Dêvas, des Nâgas, des Yakchas, des Gandharvas, des Asuras, des Garudas, des Kinnaras, des Mahôragas, des hommes et des êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, ayant vu la splendeur merveilleuse de ce grand miracle, que faisait Bhagavat, remplis d’étonnement, de surprise et de curiosité, firent cette réflexion : Pourquoi ne demandons-nous pas la cause de la splendeur de ce miracle, effet de la grande puissance surnaturelle de Bhagavat ?

Or en ce moment, dans cet instant même, le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya connaissant avec sa pensée la réflexion qui s’élevait dans l’esprit de ces quatre assemblées, et ayant par lui-même des doutes sur la loi, s’adressa ainsi à Mañdjuçrî devenu Kumâra : Quelle est la cause, ô Mañdjuçrî, quel est le motif pour lequel a été produite cette lumière, effet merveilleux, étonnant de la puissance surnaturelle de Bhagavat ? Voila que ces dix-huit mille terres de Buddha, variées, si belles à voir, dirigées par des Tathâgatas, et ayant des Tathâgatas pour chefs, sont devenues visibles ?

Alors le Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya adressa les stances suivantes à Mañdjuçrî devenu Kumâra.

1. Pourquoi, ô Mañdjuçrî, resplendit-il lancé par le Guide des hommes, ce rayon unique qui sort du cercle de poils placé entre ses sourcils, et pourquoi cette grande pluie de [fleurs de] Mandâravas ?

2. Dans le ciel se tient un parasol de fleurs ; les Suras pleins de joie laissent tomber des fleurs, des Mañdjûchakas mêlées à des poudres de santal, divines, parfumées, agréables,

3. Dont cette terre brille de tous côtés ; et les quatre assemblées sont remplies de joie ; et cette terre [de Buddha] tout entière est complétement ébranlée de six façons différentes, d’une manière terrible.

4. Et ce rayon est allé du côté de l’orient, éclairer à la fois en un instant dix-huit mille terres complètes [de Buddha] ; ces terres paraissent de couleur d’or.

5. L’étendue entière de l’[Enfer] Avîtchi ; la limite extrême où finit l’existence, et tout ce qu’il y a dans ces terres de créatures, qui se trouvent dans les six voies [de l’existence], ou qui en sortent ou qui y naissent ;

6. Les actions diverses et variées de ces créatures ; celles qui dans les voies [de l’existence] sont heureuses ou malheureuses, comme celles qui sont dans une situation inférieure, élevée ou intermédiaire, tout cela, je le vois ici du lieu où je suis placé.

7. Je vois aussi les Buddhas, ces lions parmi les rois des hommes, qui expliquent et qui exposent les lois, qui instruisent plusieurs kôtis de créatures, qui font entendre leur voix dont le son est agréable.

8. Ils font, chacun dans la terre où il habite, entendre leur voix profonde, noble, merveilleuse, expliquant les lois des Buddhas, à l’aide de myriades de kôtis de raisons et d’exemples.

9. Et aux créatures qui sont tourmentées par la douleur, dont le cœur est brisé par la naissance et par la vieillesse, qui sont ignorantes, ils leur enseignent le Nirvâna qui est calme, en disant : C’est là, ô Religieux, le terme de la douleur.

10. Et aux hommes qui sont parvenus à une haute puissance, aux hommes vertueux et comblés des regards des Buddhas, ils leur enseignent le véhicule des Pratyêkabuddhas, en décrivant complétement cette règle de la loi.

11. Et aux autres fils de Sugata, qui recherchant la science suprême, ont constamment accompli des œuvres variées, à ceux-là aussi ils adressent des éloges pour qu’ils parviennent à l’état de Buddha.

12. Du monde où je suis, ô Mañdjughôcha, j’entends et je vois là-bas ces spectacles, [et] des milliers de kôtis d’autres objets ; je n’en décrirai quelques uns que pour exemple.

13. Je vois aussi dans beaucoup de terres tous les Bôdhisattvas, qui s’y trouvent en nombre égal à celui des sables du Gange, par milliers innombrables de kôtis ; à l’aide de leur énergie variée, ils produisent [pour eux] l’état de Bôdhi.

14. Quelques-uns aussi répandent des aumônes, qui sont des richesses, de l’or, de l’argent, de l’or monnayé, des perles, des pierres précieuses, des conques, du cristal, du corail, des esclaves des deux sexes, des chevaux, des moutons,

15. Et des palanquins ornés de pierreries ; ils répandent ces aumônes, le cœur plein de joie, se transformant en ce monde dans l’état suprême de Bôdhi. « Et nous aussi, [disent-ils,] puissions-nous obtenir le véhicule [des Buddhas] ! »

16. Dans l’enceinte des trois mondes, le meilleur, le plus excellent véhicule est le véhicule des Buddhas qui a été célébré par les Sugatas ; et moi aussi, puissé-je en devenir bientôt possesseur, après avoir répandu des aumônes semblables !

17. Quelques-uns donnent des chars attelés de quatre chevaux, ornés de balcons, de drapeaux, de fleurs et d’étendards ; d’autres offrent des présents consistant en substances précieuses.

18. D’autres donnent leurs fils, leurs femmes, leurs filles ; quelques autres leur propre chair tant aimée ; d’autres donnent, quand on les leur demande, leurs mains et leurs pieds, cherchant à obtenir l’état suprême de Bôdhi.

19. Quelques-uns donnent leur tête, quelques-uns leurs yeux, quelques-uns leur propre corps, chose si chère [à l’homme] ; et après avoir fait ces aumônes, l’esprit calme, ils demandent la science des Tathâgatas.

20. Je vois, ô Mañdjuçrî, de tous côtés des hommes qui après avoir quitté‚ des royaumes florissants, leurs gynécées et toutes les îles, après avoir abandonné leurs conseillers et tous leurs parents,

21. Se sont rendus auprès des Guides du monde, et demandent pour leur bonheur l’excellente loi ; ils revêtent des vêtements de couleur jaune, et font tomber leurs cheveux et leur barbe.

22. Je vois encore quelques Bôdhisattvas, semblables à des Religieux, habitant dans la forêt, recherchant les déserts inhabités, et d’autres qui se plaisent à enseigner et à lire.

23. Je vois aussi quelques Bôdhisattvas pleins de constance, qui se sont retirés dans les cavernes des montagnes, et qui, concevant dans leur esprit la science des Buddhas, savent en donner la définition.

24. D’autres, après avoir renoncé‚ complétement à tous les désirs, après s’être formé une idée nette de la sphère parfaitement pure de leur activité, après avoir touché en ce monde aux cinq connaissances surnaturelles, habitent dans le désert comme fils de Sugata.

25. Quelques hommes pleins de constance, assis les jambes ramenées sous leur corps, les mains jointes en signe de respect, en présence des Guides [du monde], célèbrent, pleins de joie, le roi des chefs des Djinas, dans des milliers de stances poétiques.

26. Quelques-uns, pleins de mémoire, de douceur et d’intrépidité, et connaissant les règles subtiles de la conduite religieuse, interrogent sur la loi les Meilleurs des hommes, et l’ayant entendue, ils s’en rendent parfaitement maîtres.

27. Je vois çà et là quelques fils du Chef des Djinas, qui se connaissent eux-mêmes d’une manière parfaite, qui exposent la loi à plusieurs kôtis d’êtres vivants, à l’aide de nombreuses myriades de raisons et d’exemples.

28. Pleins de satisfaction, ils exposent la loi, convertissant un grand nombre de Bôdhisattvas ; après avoir détruit Mâra avec son armée et ses chars, ils frappent la timbale de la loi.

29. Je vois, sous l’enseignement des Sugatas, quelques fils de Sugata qu’honorent les hommes, les Maruts, les Yakchas, les Râkchasas, que rien étonne, qui sont sans orgueil, qui sont calmes, et qui marchent dans la voie de la quiétude.

30. D’autres encore, après s’être retirés dans les lieux les plus cachés des forêts, faisant sortir de la lumière de leur corps, délivrent les êtres qui sont dans les Enfers, et les convertissent à l’état de Buddha.

31. Quelques autres fils de Djina, s’appuyant sur l’énergie, renonçant complétement à la paresse, et marchant avec recueillement, habitent dans la forêt ; ceux-là sont arrivés par l’énergie à l’état suprême de Bôdhi.

32. D’autres observent la règle inflexible et constamment pure de la morale, qui est semblable à un diamant précieux, et ils y deviennent accomplis ; ceux-là sont arrivés par la morale à l’état suprême de Bôdhi.

33. Quelques fils de Djina, doués de la force de la patience, supportent de la part des Religieux pleins d’orgueil, injures, outrages et reproches ; ceux-là sont partis à l’aide de la patience pour l’état suprême de Bôdhi.

34. Je vois encore quelques Bôdhisattvas qui après avoir renoncé à toutes les jouissances de la volupté, évitant ceux qui aiment les femmes, ont recherché, dans le calme des passions, la société des Âryas ;

35. Et qui repoussant toute pensée de distraction, l’esprit recueilli, méditent dans les cavernes des forêts pendant des milliers de kôtis d’années ; ceux-là sont arrivés par la contemplation à l’état suprême de Bôdhi.

36. Quelques-uns aussi répandent des aumônes en présence des Djinas entourés de l’assemblée et de leurs disciples ; [ils donnent] des aliments, de la nourriture, du riz et des boissons, des médicaments pour les malades, en quantité, en grande abondance.

37. Quelques-uns donnent des centaines de kôtis de vêtements, dont la valeur est de cent mille kôtis ; ils donnent des vêtements d’un prix inestimable, en présence des Djinas entourés de l’assemblée et de leurs disciples.

38. Après avoir fait construire des centaines de kôtis de Vihâras, faits de substances précieuses et de bois de santal, et ornés d’un grand nombre de lits et de sièges, ils viennent les offrir aux Sugatas.

39. Quelques-uns donnent aux Chefs des hommes, accompagnés de leurs Çrâvakas, des ermitages purs et délicieux, pleins de fruits et de belles fleurs, et destinés à leur servir de demeure pendant le jour.

40. Ils offrent ainsi, pleins de joie, des présents de cette espèce, divers et variés ; et après les avoir offerts, ils produisent [en eux] l’énergie [nécessaire] pour parvenir à l’état de Buddha ; ceux-là sont arrivés par l’aumône à l’état suprême de Bôdhi.

41. Quelques-uns aussi exposent la loi qui est calme, au moyen de plusieurs myriades de raisons et d’exemples ; ils l’enseignent à des milliers de kôtis d’êtres vivants ; ceux-là sont arrivés par la science à l’état suprême de Bôdhi.

42. [Je vois] des hommes connaissant la loi de l’inaction, parvenus à l’unité, semblables à l’étendue du ciel, des fils de Sugata, affranchis de tout attachement ; ceux-là sont arrivés par la sagesse à l’état suprême de Bôdhi.

43. Je vois encore, ô Mañdjughôcha, beaucoup de Bôdhisattvas qui ont déployé leur énergie sous l’enseignement des Sugatas, entrés dans le Nirvâna complet ; je les vois rendant un culte aux reliques des Djinas.

44. Je vois des milliers de kôtis de Stûpas aussi nombreux que les sables du Gange, par lesquels sont sans cesse ornés des kôtis de terres [de Buddha], et qui ont été élevés par les soins de ces fils de Djina.

45. Au-dessus d’eux sont placés des milliers de kôtis de parasols et de drapeaux, rares et faits des sept substances précieuses ; ils s’élèvent à la hauteur de cinq mille Yôdjanas complets, et ont une circonférence de deux mille Yôdjanas.

46. Ils sont toujours embellis d’étendards ; on y entend toujours le bruit d’une foule de clochettes ; les hommes, les Maruts, les Yakchas et les Râkchasas leur rendent perpétuellement un culte avec des offrandes de fleurs, de parfums, et au bruit des instruments.

47. Voilà le culte que les fils de Sugata font rendre dans le monde aux reliques des Djinas par lesquelles sont embellis les dix points de l’espace, comme ils le seraient par des Pâridjâtas tout en fleurs.

48. Du lieu où je suis, je vois les nombreux kôtis d’êtres [habitant ces mondes ; je vois] tout cela, ainsi que le monde avec les Dêvas, qui est couvert de fleurs ; [c’est que] ce rayon unique à été lancé par le Djina.

49. Ah ! qu’elle est grande la puissance du Chef des hommes ! Ah ! que sa science est immense, parfaite, pour qu’un rayon unique, aujourd’hui lance par lui dans le monde, fasse voir plusieurs milliers de terres [de Buddha] !

50. Nous sommes frappés de surprise en voyant ce prodige, cette merveille étonnante et sans exemple ; dis-m’en la cause, ô Mandjusvara ! les fils du Buddha éprouvent de la curiosité.

51. Les quatre assemblées ont l’esprit attentif, ô héros ! elles ont les yeux fixés sur toi et sur moi ; fais naître la joie [en elles] ; fais cesser leur incertitude ; explique-leur l’avenir, ô fils du Sugata !

52. Pour quelle cause une splendeur de ce genre a-t-elle été produite aujourd’hui par le Sugata ? Ah ! qu’elle est grande la puissance du Chef des hommes ! Ah ! que sa science est immense, accomplie,

53. Pour qu’un rayon unique, aujourd’hui lancé par lui dans le monde, fasse voir plusieurs milliers de terres [de Buddha] ! Il faut qu’il y ait un motif pour que cet immense rayon ait été lancé ici.

54. Les lois supérieures qui ont été touchées par le Sugata, par le Meilleur des hommes, dans la pure essence de l’état de Bôdhi, le Chef du monde va-t-il les expliquer ici ? Va-t-il aussi annoncer aux Bôdhisattvas leurs destinées futures ?

55. Ce n’est sans doute pas pour un motif de peu d’importance que sont devenus visibles plusieurs milliers de terres [de Buddha], parfaitement belles, variées, embellies de pierres précieuses, et qu’on voit des Buddhas dont la vue est infinie.

56. Mâitrêya interroge le fils du Djina ; les hommes, les Maruts, les Yakchas, les Râkchasas, sont dans l’attente ; les quatre assemblées ont les yeux levés ; est-ce que Mandjusvara va exposer ici quelque prédiction ?


Ensuite Mañdjuçrî devenu Kumâra s’adressa ainsi au Bôdhisattva Mahâsattva Mâitrêya, et à l’assemblée tout entière des Bôdhisattvas : Ô fils de famille, l’intention du Tathâgata est de se livrer à une grande prédication où la loi soit proclamée, de faire tomber la grande pluie de la loi, de faire résonner les grandes timbales de la loi, de dresser le grand étendard de la loi, de faire brûler le grand fanal de la loi, d’enfler la grande conque de la loi, de battre le grand tambour de la loi. L’intention du Tathâgata, ô fils de famille, est de faire aujourd’hui une grande démonstration de la loi. C’est là ce qui me paraît être, ô fils de famille, et c’est ainsi que j’ai vu autrefois un pareil miracle accompli par les anciens Tathâgatas, vénérables, parfaitement et complétement Buddhas. Ces anciens Tathâgatas vénérables, etc., ont aussi produit au dehors la lumière d’un semblable rayon ; aussi est-ce par là que je reconnais que le Tathâgata désire se livrer à une grande prédication où la loi soit proclamée, qu’il désire qu’elle soit grandement entendue, puisqu’il vient de manifester un ancien miracle de cette espèce. Pourquoi cela ? C’est que le Tathâgata vénérable, parfaitement et complétement Buddha, désire faire entendre une exposition de la loi avec laquelle le monde entier doit être en désaccord, puisqu’il a produit un grand miracle de cette espèce, et cet ancien prodige qui est l’apparition et l’émission d’un rayon de lumière.

Je me rappelle, ô fils de famille, qu’autrefois, bien avant des Kalpas plus innombrables que ce qui est sans nombre, immenses, incommensurables, inconcevables, sans comparaison comme sans mesure, qu’avant cette époque, dis-je, et bien avant encore apparut au monde le Tathâgata vénérable, etc., nommé Tchandrasûryapradîpa, doué de science et de conduite, heureusement parti, connaissant le monde, sans supérieur, domptant l’homme comme un cocher [dompte ses chevaux], précepteur des Dêvas et des hommes, Bhagavat, Buddha. Alors ce Tathâgata enseignait la loi ; il exposait la conduite religieuse qui est vertueuse au commencement, au milieu et à la fin, dont le sens est bon, dont chaque syllabe est bonne, qui est homogène, qui est accomplie, qui est parfaitement pure et belle. C’est ainsi que, pour faire franchir aux Çrâvakas la naissance, la vieillesse, la mort, les peines, les lamentations, la douleur, le chagrin, le désespoir, il leur enseignait la loi qui pénètre dans la production de l’enchaînement mutuel des causes [de l’existence], qui embrasse les quatre vérités des Âryas, et qui a pour but le Nirvâna. Commençant pour les Bôdhisattvas Mahâsattvas, parfaitement maîtres des six perfections, par l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, il enseignait la loi dont le but est la science de celui qui sait tout.

Or autrefois, ô fils de famille, bien avant le temps de ce Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, [etc., comme ci-dessus, f. 10 b.], il avait apparu dans le monde un Tathâgata vénérable, etc., nommé aussi Tchandrasûryapradîpa, doué de science et de conduite, [etc., comme ci-dessus, f. 10 b.] Or il y eut, ô toi qui es invincible, vingt mille Tathâgatas vénérables, etc., qui portèrent tous successivement ce même nom de Tchandrasûryapradîpa, et qui étaient de la même famille et du même lignage, à savoir du Gôtra de Bharadvâdja. Dans cette série, ô toi qui es invincible, en partant du premier de ces vingt mille Tathâgatas jusqu’au dernier, chacun fut un Tathâgata nommé du nom de Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc. Chacun d’eux enseigna la loi. Chacun d’eux exposa la conduite religieuse, [etc., comme ci-dessus, 11 a, jusqu’à] dont le but est la science de celui qui sait tout.

Or ce bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., quand il n’était encore que Kumâra et qu’il n’avait pas quitté le séjour de la maison, avait huit fils, savoir : Mati qui était Râdjakumâra, Sumati, Anantamati, Ratnamati, Viçêchamati, Vimatisamudghâtin, Ghôchamati, Dharmamati qui était Râdjakumâra. Ces huit Râdjakumâra, fils de ce bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, avaient une puissance surnaturelle, immense. Chacun d’eux avait la jouissance de quatre grandes îles, où il exerçait la royauté. Ayant appris, ô toi qui es invincible, que le Bienheureux avait quitté le séjour de la maison, et ayant entendu dire qu’il était parvenu à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, renonçant eux-mêmes à toutes les jouissances de la royauté, ils entrèrent aussi dans la vie religieuse à l’imitation du Bienheureux ; ils parvinrent tous à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et devinrent interprètes de la loi. Et ils furent de constants observateurs de la conduite religieuse ; et ces Râdjakumâras firent croître sous plusieurs centaines de mille de Buddhas les racines de vertu [qui étaient en eux].

Or dans ce temps, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., après avoir exposé le Sûtra nommé la Grande démonstration, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas, après s’être couché, en ce moment même, au milieu de l’assemblée réunie, sur le siége de la loi, entra dans la méditation nommée la Place de la démonstration sans fin : son corps était immobile, et sa pensée était également arrivée à une complète immobilité. À peine le Bienheureux fut-il entré dans cette méditation, qu’une grande pluie de fleurs divines de Mandâras et de Mahâmandâravas, de Mañdjûchakas et de Mahâmañdjûchakas se mit à tomber, le couvrant lui et l’assemblée, et que la terre de Buddha tout entière fut ébranlée de six manières différentes ; elle remua et trembla, elle fut agitée et secouée, elle bondit et sauta.

Or en ce temps, ô toi qui es invincible, les Religieux et les Religieuses, les fidèles des deux sexes, les Dêvas, les Nâgas, les Yakchas, les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas, les hommes et les êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, qui se trouvaient réunis, assis dans cette assemblée, les rois Mandalins, Balatchakravartins, Tchaturdvîpatchakravartins, tous avec leur suite, avaient les yeux fixés sur Bhagavat, remplis d’étonnement, de surprise et de satisfaction.

Or en ce moment il s’élança un rayon de lumière du cercle de poils qui croissait dans l’intervalle des sourcils du bienheureux Tchandrasûryapradîpa. Ce rayon se dirigea vers les dix-huit mille terres de Buddha situées à l’orient, et ces terres de Buddha parurent entièrement illuminées par son éclat ; ce fut, ô toi qui es invincible, comme quand ces terres de Buddha, [que tu vois], sont devenues visibles en ce monde.

Or en ce temps-là, ô toi qui es invincible, il y avait vingt kôtis de Bôdhisattvas qui s’étaient attachés au service du Bienheureux. Tous ceux qui, dans cette assemblée, étaient auditeurs de la loi, furent remplis d’étonnement, de surprise et de curiosité, en voyant le monde éclairé par la grande splendeur de ce rayon.

Or en ce temps-là, ô toi qui es invincible, sous l’enseignement du Bienheureux, il y avait un Bôdhisattva, nommé Varaprabha. Ce dernier avait huit cents disciples. Le Bienheureux étant ensuite sorti de sa méditation, développa l’exposition de la loi nommée le Lotus de la bonne loi, en commençant par le Bôdhisattva Varaprabha ; il parla pendant la durée complète de soixante moyens Kalpas, assis sur le même siége, son corps comme sa pensée étant complétement immobiles. Et cette assemblée tout entière assise sur les mêmes siéges, écouta la loi en présence du Bienheureux, pendant ces soixante moyens Kalpas. Et dans cette assemblée il n’y eut pas un seul être qui éprouvât le moindre sentiment de fatigue, soit de corps, soit d’esprit.

Ensuite le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., après avoir, pendant soixante moyens Kalpas, exposé le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements, qui est destiné à l’instruction des Bôdhisattvas, et qui a été possédé par tous les Buddhas, annonça en ce moment qu’il allait entrer dans le Nirvâna complet, en présence du monde comprenant la réunion des Dêvas, des Mâras et des Brahmâs, en présence des créatures formées de l’ensemble des Çramanas, des Brâhmanes, des Dêvas, des hommes et des Asuras : « Aujourd’hui, ô Religieux, [dit-il,] cette nuit même, à la veille du milieu, le Tathâgata entrera complétement dans l’élément du Nirvâna où il ne reste aucune trace de l’agrégation [des éléments matériels]. »

Ensuite, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa prédit au Bôdhisattva Mahâsattva nommé Çrîgarbha, qu’il obtiendrait l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et après avoir fait cette prédiction, il s’adressa ainsi à l’assemblée tout entière : « Oui, Religieux, ce Bôdhisattva Çrîgarbha parviendra à l’état suprême de Buddha immédiatement après moi. Il sera le Tathâgata Vimalanêtra, etc. »

Ensuite, ô toi qui es invincible, le bienheureux Tathâgata Tchandrasûryapradîpa, vénérable, etc., cette nuit-là même, à la veille du milieu, entra complétement dans l’élément du Nirvâna où il ne reste aucune trace de l’agrégation [des éléments matériels]. Et le Bôdhisattva Mahâsattva Varaprabha garda en dépôt cette exposition de la loi nommée le Lotus de la bonne loi ; et pendant quatre-vingts moyens Kalpas, le Bôdhisattva Varaprabha garda en dépôt l’enseignement du Bienheureux qui était entré dans le Nirvâna complet, et il l’expliqua. Alors, ô toi qui es invincible, les huit fils du Bienheureux, à la tête desquels était Sumati, devinrent les disciples du Bôdhisattva Varaprabha ; ils furent mûris par lui pour l’état suprême de Buddha parfaitement accompli ; et ensuite plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas furent vus et vénérés par eux ; et tous parvinrent à l’état suprême de Buddha parfaitement accompli, et le dernier d’entre eux fut le Tathâgata Dîpamkara, vénérable, etc.

Parmi ces huit cents disciples il y avait un Bôdhisattva qui attachait un prix extrême au gain, aux témoignages de respect, au titre de savant, et qui aimait la renommée ; les lettres et les mots qu’on lui montrait disparaissaient pour lui sans laisser de traces. Son nom était Yaçaskâma. Plusieurs centaines de mille de myriades de kôtis de Buddhas avaient été réjouis du principe de vertu qui était en lui ; et après les avoir ainsi réjouis, il les avait honorés, servis, vénérés, adorés, entourés de ses hommages et de ses prières. Pourrait-il après cela, ô toi qui es invincible, te rester quelque incertitude, quelque perplexité ou quelque doute ? Il ne faut pas s’imaginer que dans ce temps et à cette époque, ce fût un autre [que moi] qui était le Bôdhisattva Mahâsattva, nommé Varaprabha, l’interprète de la loi. Pourquoi cela ? C’est que c’était moi qui, dans ce temps et à cette époque, étais le Bôdhisattva Mahâsattva Varaprabha, l’interprète de la loi. Et le Bôdhisattva nommé Yaçaskâma qui était d’un naturel indolent, c’était toi, ô être invincible, qui étais en ce temps et à cette époque le Bôdhisattva Yaçaskâma d’un naturel indolent.

C’est de cette manière, ô toi qui es invincible, qu’ayant vu jadis cet ancien miracle du Bienheureux, j’interprète le rayon semblable qui vient de s’élancer [du front de Bhagavat] comme la preuve que Bhagavat aussi désire exposer le Sûtra nommé le Lotus de la bonne loi, ce Sûtra où est expliquée la loi, qui contient de grands développements [ etc.].

Ensuite Mañdjuçrî devenu Kumâra, pour exposer ce sujet plus amplement, prononça dans cette circonstance les stances suivantes :


57. Je me rappelle un temps passé, un Kalpa inconcevable, incommensurable, quand existait le Djina, le Meilleur des êtres, nommé Tchandrasûryapradîpa.

58. Le Guide des créatures enseignait la bonne loi ; il disciplinait un nombre infini de kôtis de créatures ; il convertissait un nombre inconcevable de Bôdhisattvas à l’excellente science de Buddha.

59. Les huit fils qu’avait ce Chef quand il n’était encore que Kumâra, voyant que ce grand solitaire avait embrassé la vie religieuse, et ayant bien vite renoncé à tous les désirs, devinrent aussi tous religieux.

60. Et le Chef du monde exposa la loi ; il expliqua l’excellent Sûtra de la démonstration sans fin, qui s’appelle du nom de Vâipulya (grand développement) ; il l’expliqua pour des milliers de kôtis d’êtres vivants.

61. Immédiatement après avoir parlé, le Chef, s’étant assis les jambes croisées, entra dans l’excellente méditation de la démonstration sans fin ; placé sur le siége de la loi, le meilleur des solitaires fut absorbé dans la contemplation.

62. Et il tomba une pluie divine de Mandâravas ; les timbales résonnèrent sans être frappées, et les Dêvas, les Yakchas, se tenant dans le ciel, rendirent un culte au Meilleur des hommes.

63. Et en ce moment toute la terre [de Buddha] fut agitée complétement, et cela fut un miracle et une grande merveille ; et le Guide [du monde] lança un rayon unique, un rayon parfaitement beau, de l’intervalle de ses deux sourcils.

64. Et ce rayon s’étant dirigé vers la région orientale, en éclairant dix-huit mille terres complètes [de Buddha], illumina le monde entier ; il fit voir la naissance et la mort des créatures. En ce moment des terres faites de substances précieuses, d’autres ayant la couleur du lapis-lazuli, des terres variées, parfaitement belles, devinrent visibles par l’effet de la splendeur du rayon du Chef.

66. Les Dêvas, les hommes, et aussi les Nâgas et les Yakchas, les Gandharvas, les Apsaras et les Kinnaras, et ceux qui sont occupés à l’adoration du Sugata, devinrent visibles dans les univers où ils lui rendent un culte ;

67. Et les Buddhas aussi, ces êtres qui existent par eux-mêmes, apparurent beaux comme des colonnes d’or, comme une statue d’or entourée de lapis-lazuli : ils enseignaient la loi au milieu de l’assemblée.

68. Il n’y a pas de calcul possible de leurs Çrâvakas, et les Çrâvakas de [chaque] Sugata sont infinis ; dans chacune des terres des Guides [des hommes], l’éclat de ce rayon les rend tous visibles.

69. Et les fils des Guides des hommes doués d’énergie, d’une vertu inflexible, d’une vertu irréprochable, semblables aux plus précieux joyaux, deviennent visibles dans les cavernes des montagnes ou ils résident.

70. Faisant l’entier abandon de tous leurs biens, ayant la force de la patience, fermes et passionnés pour la contemplation, des Bôdhisattvas, en nombre égal à celui des sables du Gange, deviennent tous visibles par l’effet de ce rayon.

71. Des fils chéris des Sugatas, immobiles, exempts de toute agitation, fermes dans la patience, passionnés pour la contemplation, recueillis, deviennent visibles ; ceux-là sont arrivés à l’état suprême de Bôdhi par la contemplation.

72. Connaissant l’état qui existe réellement, qui est calme et exempt d’imperfections, ils l’expliquent ; ils enseignent la loi dans beaucoup d’univers ; un tel effet est produit par la puissance du Sugata.

73. Et après avoir vu cet effet de la puissance de Tchandrârkadîpa, les quatre assemblées du Protecteur, remplies de joie en ce moment, se demandèrent les unes aux autres : Comment cela se fait-il ?

74. Et bientôt, adoré par les hommes, les Maruts et les Yakchas, le Guide du monde s’étant relevé de sa méditation, parla ainsi à Varaprabha son fils, qui était un Bôdhisattva savant et interprète de la loi :

75. « Toi qui es savant, tu es l’œil et la voie du monde, tu es plein de confiance en moi, et tu gardes ma loi ; tu es en ce monde le témoin du trésor de ma loi, selon que je l’ai exposée pour l’avantage des créatures. »

76. Après avoir formé de nombreux Bôdhisattvas, après les avoir remplis de joie, après les avoir loués, célébrés, alors le Djina exposa les lois suprêmes pendant soixante moyens Kalpas complets.

77. Et chaque loi excellente, suprême, qu’exposait le souverain du monde assis sur son siège, Varaprabha, le fils du Djina, qui était interprète de la loi, en comprenait le sens.

78. Et le Djina, après avoir exposé la loi suprême, après avoir comblé de joie plus d’une créature, parla en ce jour, lui qui est le Guide [des hommes], en présence du monde réuni aux Dêvas :

79. « Cette règle de la loi a été exposée par moi ; la nature de la loi a été énoncée telle qu’elle est ; c’est aujourd’hui, ô Religieux, le temps de mon Nirvâna, [qui aura lieu] ici, cette nuit même, à la veille du milieu.

80. « Soyez attentifs, et pleins de confiance ; appliquez-vous fortement sous mon enseignement : les Djinas, ces grands Richis, sont difficiles à rencontrer au bout même de myriades de kôtis de Kalpas. »

81. Les nombreux fils de Buddha se sentirent pénétrés de douleur, et furent plongés dans un chagrin extrême, après avoir entendu la voix du Meilleur des hommes qui parlait de son Nirvâna comme devant se réaliser bientôt.

82. Le Roi des Indras des hommes, après avoir consolé ces kôtis de créatures en nombre inconcevable : « Ne craignez rien, ô Religieux, [s’écria-t-il] ; quand je serai entré dans le Nirvâna, il paraîtra un [autre] Buddha après moi.

83. « Ce savant Bôdhisattva, Çrîgarbha, après être parvenu à posséder la science exempte d’imperfections, touchera l’excellent et suprême état de Bôdhi ; il sera Djina sous le nom de Vimalâgranêtra. »

84. Cette nuit-là même, à la veille du milieu, il entra dans le Nirvâna complet, comme une lumière dont la source est éteinte ; et la distribution de ses reliques eut lieu, et on éleva un nombre infini de myriades de kôtis de Stûpas.

85. Et ces Religieux de l’assemblée, ainsi que les Religieuses, qui étaient arrivé à l’excellent et suprême état de Bôdhi, en nombre aussi considérable que celui des sables du Gange, s’appliquèrent sous l’enseignement de ce Sugata.

86. Et le Religieux qui était alors interprète de la loi, Varaprabha, par lequel avait été possédée la bonne loi, exposa cette loi suprême sous l’enseignement de ce Sugata, pendant quatre-vingts moyens Kalpas complets.

87. Il eut huit cents disciples, qu’il conduisit tous alors à la maturité, et par eux furent vus plusieurs kôtis de Buddhas, de grands Richis qui reçurent leurs hommages.

88. Alors, après avoir accompli les devoirs de la conduite religieuse, qui sont entre eux dans un parfait accord, ils devinrent Buddhas dans un grand nombre d’univers ; ils se succédèrent immédiatement les uns aux autres, et s’annoncèrent successivement qu’ils étaient destinés à parvenir à l’état suprême de Buddha.

89. De ces Buddhas qui se succédèrent les uns aux autres, Dîpamkara fut le dernier ; ce fut un Dêva supérieur aux Dêvas ; il fut honoré par l’assemblée des Richis, et disciplina des milliers de kôtis d’êtres vivants.

90. Pendant le temps que ce fils de Sugata, Varaprabha, exposait la loi, il eut un disciple paresseux et plein de cupidité, qui recherchait et le gain et la science.

91. Ce disciple était outre mesure avide de renommée, et il flottait sans cesse d’un objet à un autre ; la lecture et l’enseignement disparaissaient entièrement pour lui sans laisser de trace, au moment même où on les lui exposait.

92. Et son nom était Yaçaskâma, nom sous lequel il était célèbre dans les dix points de l’espace ; mais grâce au mélange de bonnes œuvres qu’il avait accumulées.

93. Il réjouit des milliers de kôtis de Buddhas, et il leur rendit un culte étendu ; il accomplit les devoirs de la conduite religieuse, qui sont entre eux dans un parfait accord, et il vit le Buddha Çâkyasimha.

94. Il sera le dernier [Buddha de notre âge], et il obtiendra l’état suprême et excellent de Bôdhi ; il sera le bienheureux de la race de Mâitrêya ; il disciplinera des milliers de kôtis de créatures.

95. Et ce [disciple] qui était d’un naturel paresseux, pendant l’enseignement du Sugata qui entra dans le Nirvâna complet, c’était toi-même, [ô Mâitrêya ; ] et c’était moi qui alors étais l’interprète de la loi.

96. C’est pour cette raison et pour ce motif qu’aujourd’hui, à la vue d’un miracle de cette espèce, d’un miracle produit par la science de ce Buddha, [et] semblable à celui que j’ai vu jadis pour la première fois,

97. Il est évident [pour moi] que le Chef des Djinas lui-même, doué de la vue complète, que le roi suprême des Çâkyas, qui voit la vérité, désire exposer cette excellente démonstration, que j’ai jadis entendue.

98. Le prodige même accompli aujourd’hui, est un effet de l’habileté dans l’emploi des moyens que possèdent les Chefs [des hommes] ; Çâkyasimha fait une démonstration : il dira quel est le sceau de la nature propre de la loi.

99. Soyez recueillis, pleins de bonnes pensées ; joignez les mains en signe de respect ; celui qui est bon et compatissant pour le monde va parler ; il va faire pleuvoir la pluie sans fin de la loi ; il réjouira ceux qui sont ici à cause de l’état de Bôdhi.

100. Et quant à ceux dans l’esprit de qui s’élève un doute quelconque, qui ont quelque incertitude, quelque perplexité, le savant dissipera tout cela pour ses enfants, qui sont les Bôdhisattvas parvenus ici à l’état de Bôdhi.

  1. Le pic du vautour.
  2. Vénérables.
  3. Auditeurs.
  4. Rois d’un pays.
  5. Rois souverains de la terre.
  6. Rois souverains des quatre îles.