Mémoire sur la satire/Édition Garnier

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MÉMOIRE
SUR LA SATIRE

À L’OCCASION
D’UN LIBELLE DE L’ABBÉ DESFONTAINES CONTRE L’AUTEUR.
(1739[1])


Il est honteux pour l’esprit humain que sous un gouvernement de sagesse et de paix, qui semble faire de la France une seule famille, la discorde règne dans les belles-lettres, et que la société ne soit troublée que par ceux qui devraient en faire la douceur principale.

Un libelle infâme[2] ayant révolté le public, il y a quelques mois, j’ai cru qu’il ne serait pas inutile de proposer ici quelques idées sur la satire, accompagnées de l’histoire récente des injustices, des crimes même, et des malheurs qu’elle a produits de nos jours. Je tâcherai de parler en philosophe et en historien, et de montrer la vérité la plus exacte dans les réflexions comme dans les faits.

Je commencerai d’abord par examiner la nature de la critique ; ensuite je donnerai une histoire, peut-être utile, de la satire et de ses effets, à prendre seulement depuis Boileau jusqu’au dernier libelle diffamatoire qui a paru depuis peu : ce qui fera un tableau dont le premier trait sera l’abus que Boileau a fait de la critique ; et le dernier sera l’excès horrible où la satire s’est portée de nos jours.

Peut-être que les jeunes gens qui liront cet essai apprendront à détester la satire. Ceux qui ont embrassé ce genre funeste d’écrire en rougiront, et les magistrats qui veillent sur les mœurs regarderont peut-être cet essai comme une requête présentée au nom de tous les honnêtes gens pour réprimer un abus intolérable.

DE LA CRITIQUE PERMISE.

J’espère que ce siècle si éclairé permettra d’abord que j’entre un moment dans l’intérieur de l’homme : car c’est sur cette connaissance que toute la vie civile est fondée.

Je crois qu’il y a, dans tous les hommes, une horreur pour le mépris, aussi nécessaire pour la conservation de la société et pour le progrès des arts que la faim et la soif le sont pour nous conserver la vie. L’amour de la gloire n’est pas si général, mais l’impossibilité de supporter le mépris paraît l’être. Il n’est pas plus dans la nature qu’un homme puisse vivre avec des hommes qui lui feront sentir des dédains continuels qu’avec des meurtriers qui lui feraient tous les jours des blessures.

Ce que je dis là n’est point une exagération : et il est très-vraisemblable que Dieu, qui a voulu que nous vécussions en société, nous a donné ce sentiment ineffaçable comme il a donné l’instinct aux fourmis et aux abeilles pour vivre en commun.

Aussi toute la politesse des hommes ne consiste qu’à se conformer à cette horreur invincible que la nature humaine aura toujours pour ce qui porte le caractère de mépris. La première règle de l’éducation, dans tous les pays, est de ne jamais rien dire de choquant à personne.

Les Français ont été plus loin en cela que les autres peuples : ils ont presque fait une loi de la société, de dire des choses flatteuses.

Il serait donc bien étrange que, dans la nation la plus polie de l’Europe, il fût permis d’écrire, d’imprimer, de publier d’un homme, à la face de tout le monde, ce qu’on n’oserait jamais dire à lui-même, ni en présence d’un tiers, ni en particulier.

Il n’est permis de critiquer par écrit, sans doute, que de la même façon dont il est permis de contredire dans la conversation. Il faut prendre le parti de la vérité ; mais faut-il blesser pour cela l’humanité ? faut-il renoncer à savoir vivre parce qu’on se flatte de savoir écrire ?

Depuis le beau règne de Louis XIV, où tout s’est perfectionné en France, les magistrats qui veillent sur la littérature ont eu soin, autant qu’ils ont pu, que les Français ne démentissent point, par leurs écrits, ce caractère de politesse qu’ils ont dans le commerce. Il n’y a point aujourd’hui de censeur de livres qui pût donner son approbation à un écrit mordant, à moins peut-être que cet ouvrage ne fût une réponse à un agresseur. Il est triste qu’il ait fallu tant de temps pour établir dans la littérature ce qui l’a toujours été dans le commerce des hommes, et qu’on se soit aperçu si tard que des injures ne sont pas des raisons.

Il se trouva, dans le siècle passé, un homme qui donna un bel exemple de la critique la plus judicieuse et la plus sage : c’est Vaugelas. Ou croit qu’il n’a donné que des leçons de langage : il en a donné de la plus parfaite politesse ; il critique trente auteurs, mais il n’en nomme ni n’en désigne aucun : il prend souvent même la peine de changer leurs phrases en y laissant seulement ce qu’il condamne, de peur qu’on ne reconnaisse ceux qu’il censure. Il songeait également à instruire et à ne pas offenser ; et certainement il s’est acquis plus de gloire, en ne voulant pas flétrir celle des autres, que s’il s’était donné le malheureux plaisir de faire passer des injures à la postérité.

Il me convient mal de parler de moi, et je me garderais bien d’en demander la permission, si je ne me trouvais dans une circonstance qui autorise cette extrême liberté. L’excès des horribles calomnies dont on a voulu me noircir dans le libelle le plus odieux excusera peut-être une hardiesse que je ne me permets ici qu’avec peine.

Je me crus obligé, il y a quelques années, de m’élever contre un homme d’un mérite très-distingué, contre feu M. de Lamotte, qui se servait de tout son esprit pour bannir du théâtre les règles et même les vers. J’allai le trouver avec M. de Crébillon, intéressé plus que moi à soutenir l’honneur d’un art dans lequel je ne l’égalais pas. Nous demandâmes tous deux à M. de Lamotte la permission d’écrire contre ses sentiments. Il nous la donna : M. de Crébillon voulut bien que je tinsse la plume.

Deux jours après je portai mon écrit à M. de Lamotte. C’est une préface qu’on a mise à la nouvelle édition d’Œdipe[3]. Enfin, on vit ce que je ne pense pas qu’on eût vu encore dans la république des lettres, un auteur, censeur royal, devenir l’approbateur d’un ouvrage écrit contre lui-même.

Encore une fois, je suis bien loin d’oser me citer pour exemple ; mais il me semble qu’on peut tirer de là une règle bien sûre pour juger si un homme s’est tenu dans les bornes d’une critique honnête : « Osez montrer votre ouvrage à celui même que vous censurez. »

Il y a encore un meilleur parti à prendre, surtout dans les ouvrages de goût et de sentiment : c’est de ne critiquer qu’en essayant de mieux faire. Je conviens qu’en physique, en histoire, en philosophie, on est obligé de relever des erreurs. Ce n’est pas assez à M. l’abbé Dubos d’établir, avec l’érudition la plus exacte et la plus grande vraisemblance, l’origine des Français[4] ; il faut absolument qu’il réfute des opinions moins probables. Il a fallu montrer que Descartes avait donné six règles fausses du mouvement, lorsqu’on a établi les véritables règles. Mais en fait d’arts, c’est, je crois, tout autre chose. Un peintre, un sculpteur, un musicien, n’auraient pas bonne grâce à écrire contre leurs confrères. Pourquoi cette différence ? c’est que les hommes ne peuvent savoir si Descartes et Mézerai ont tort, sans le secours de la critique ; mais il suffit d’avoir des yeux et des oreilles pour juger d’un beau tableau et d’une bonne musique. Aussi je ne vois point que les Destouches[5] aient écrit contre les Campra[6], ni les Girardon contre les Puget : chacun a tâché de surpasser son émule. Les poëtes, et ceux qu’on nomme littérateurs, sont presque les seuls artistes auxquels on puisse reprocher ce ridicule de se déchirer mutuellement sans saison.

Lorsque Scudéri porta au cardinal de Richelieu sa très-mauvaise censure de la belle mais imparfaite tragédie du Cid, pourquoi le cardinal ne dit-il pas à Scudéri et à ses confrères : Messieurs, qui méprisez tant le Cid, écrivez sur le même sujet, et traitez-le mieux que Corneille ? On sentait apparemment que cette manière de critiquer n’était pas à la portée des censeurs. C’était pourtant la seule dont Corneille s’était servi contre ses rivaux ; et ce fut la seule que Racine employa contre Corneille même.

L’auteur de Cinna et de Polyeurte était homme : il y avait quelques défauts dans ses meilleures pièces ; il était un peu déclamateur ; il ne parlait pas purement sa langue ; il n’allait pas toujours assez au cœur. On aurait écrit en vain des volumes contre ses défauts. Il vint un homme qui, sans écrire contre lui et en le respectant, donna des tragédies plus intéressantes, plus purement écrites, et moins pleines de déclamations.

Avant nos bons avocats, on citait les Pères de l’Église au barreau quand il s’agissait du loyer d’une maison ; avant nos bons prédicateurs, on parlait en chaire de Plutarque, de Cicéron, et d’Ovide. Ceux qui ont banni ce mauvais goût en ont-ils purgé la France en se moquant des orateurs leurs contemporains ? Mon ; ils ont marché dans la bonne route, et alors on a quitté la mauvaise.

J’aurais bien d’autres exemples à donner pour faire voir que ce n’est point par des satires, mais par des ouvrages écrits dans le bon goût, qu’on réforme le goût des hommes. Mais cette vérité étant suffisamment prouvée, je passe à l’histoire de la satire, que j’ai promise, à ses effets, et à ses progrès. Je commence par Boileau : car en France, quand il s’agit des arts, je crois qu’il n’y a guère d’autre époque à prendre que le règne de Louis XIV.

DE DESPRÉAUX.

L’abbé Furetière, homme caustique et médiocre écrivain, faisait des satires dans le goût de Régnier. Il les montrait à Boileau jeune encore ; le disciple, né avec plus de talent que le maître, profita trop bien dans cette école dangereuse. Il y avait alors à Paris un homme d’une érudition immense, qui écrivait en prose avec assez de grâce et de justesse, qui passait pour bon juge, qui était l’ami et même le protecteur de tous les gens de lettres. S’attendrait-on à voir le nom de Chapelain au bas de ce portrait ? Tout cela est pourtant exactement vrai ; et Chapelain aurait joui d’une grande réputation s’il n’avait pas voulu en avoir davantage. La Pucelle et Boileau firent un écrivain très-ridicule d’un homme d’ailleurs très-estimable.

Malgré cette malheureuse Pucelle, Chapelain était un si galant homme, et si considéré, que le grand Colbert, lorsqu’il engagea Louis XIV à donner des pensions aux gens de lettres, chargea Chapelain de faire la liste de ceux qui méritaient les bienfaits du roi.

Cette faveur de Chapelain irrita le jeune Boileau, qui, dans la première édition de sa première satire, fit imprimer ces vers, lesquels ne sont pas ses meilleurs :


Enfin je ne saurais, pour faire un juste gain,
Aller, bas en rampant, fléchir sous Chapelain.


Voilà donc l’origine de la querelle : un peu d’envie et de penchant à médire. Ce goût pour la médisance était dans lui, du moins en ce temps-là, si dominant et si injuste que dans la même satire il traite de parasite[7] un honnête homme qui souffrait la pauvreté avec courage, et qui la rendait respectable en n’allant jamais manger chez personne : il s’appelait Pelletier.


Tandis que Pelletier, crotté jusqu’à l’échine,
S’en va chercher son pain de cuisine en cuisine[8].


Je demande à tout esprit raisonnable en quoi ces traits, assez bas et assez indignes d’un homme de mérite, pouvaient contribuer à établir en France le bon goût. Quel service Boileau rendait-il aux lettres en disant dans sa seconde satire[9] :


Si je veux d’un galant dépeindre la figure,
Ma plume, pour rimer, trouve l’abbé de Pure ;
Si je pense exprimer un auteur sans défaut,
La raison dit Virgile, et la rime Quinault.


J’ai déjà montré quelque part[10] combien ce trait est injuste de toutes façons. Quinault ne rime point assez bien avec défaut pour que ce nom soit amené par la rime ; et la raison n’a jamais dit que Virgile soit sans défaut : la raison dit seulement que Virgile, malgré tout ce qui lui manque, est le plus grand poëte de Rome,

Il est bien indubitable que ce n’est point un zèle trop vif pour le bon goût, mais un esprit de satire et de cabale qui acharnait ainsi Boileau contre Quinault, car dans une satire qui parut bientôt après, il dit[11] :


Je ne sais pas pourquoi l’on vante l’Alexandre ;
Ce n’est qu’un glorieux qui ne dit rien de tendre :
Les héros chez Quinault parlent bien autrement.


L’Alexandre du célèbre Racine ne valait peut-être guère mieux que l’Astrate ; il était infiniment moins intéressant. J’ai ouï conter même à un homme de ce temps-là qu’un vieux comédien dit à M. Racine : « Vous ne réussirez jamais si vous ne traitez pas l’amour aussi tendrement que le jeune Quinault : vous faites des vers mieux que lui ; si vous traitez les passions, vous surpasserez Corneille. » Ce comédien avait raison, et je suis persuadé que, sans Quinault, Racine, qui avait méconnu son talent dans Théagène[12], dans les Frères ennemis, et même dans Alexandre, eût pu continuer à s’égarer.

Mais j’insiste encore, et je demande comment Boileau pouvait insulter si indignement et si souvent l’auteur de la Mère coquette ; comment il ne demanda pas enfin pardon à l’auteur d’Atys, de Roland, d’Armide ; comment il n’était pas touché du mérite de Quinault, et de l’indulgence singulière du plus doux de tous les hommes, qui souffrit trente ans, sans murmure, les insultes d’un ennemi qui n’avait d’autre mérite par-dessus lui que de faire des vers plus corrects et mieux tournés, mais qui certes avaient moins de grâce, de sentiment, et d’invention.

Est-ce enfin par l’amour du bon goût que Despréaux se croyait forcé à louer Ségrais[13], que personne ne lit ; et à ne jamais prononcer le nom de La Fontaine, qu’on lira toujours ? Est-ce à ses satires qu’on doit la perfection où les muses françaises s’élevèrent ? Pour lors Molière et Corneille n’avaient-ils pas déjà écrit ?

Boileau a-t-il appris à quelqu’un que la Pucelle[14] est un mauvais ouvrage ? Non, sans doute. À quoi donc ont servi ses satires ? à faire rire aux dépens de dix ou douze gens de lettres ; à faire mourir de chagrin deux hommes[15] qui ne l’avaient jamais offensé ; à lui susciter enfin des ennemis qui le poursuivirent presque jusqu’au tombeau, et qui l’auraient perdu plus d’une fois sans la protection de Louis XIV.

Aussi quelle serait sa réputation s’il n’avait couvert ces fautes de sa jeunesse par le mérite de ses belles épîtres et de son admirable Art poétique ? Je ne connais de véritablement bons ouvrages que ceux dont le succès n’est point dû à la malignité humaine.

DE LA SATIRE APRÈS LE TEMPS DE DESPRÉAUX[16].

Boileau dans ses satires, quoique cruelles, avait toujours épargné les mœurs de ceux qu’il déchirait : quelques personnes qui se mêlèrent de poésie après lui poussèrent plus loin la licence. Un style qu’on appelle marotique fut quelque temps à la mode. Ce style est la pierre sur laquelle on aiguise aisément le poignard de la médisance. Il n’est pas propre aux sujets sérieux, parce qu’étant privé d’articles, et étant hérissé de vieux mots, il n’a aucune dignité ; mais, par ces raisons-là même, il est très-propre aux contes cyniques et à l’épigramme.

On vit donc paraître beaucoup d’épigrammes et de satires dans ce style : on y ajouta des couplets encore plus infâmes. On appelait couplets certaines chansons parodiées des opéras. Personne, je crois, ne s’avisera de dire que c’était l’amour du vrai, le goût de la saine antiquité, le respect pour les anciens, qui obligeaient les auteurs de ces infamies à les écrire. C’est pourtant ce que ces auteurs osaient dire pour leur défense : tant on cherche à couvrir ses fautes de quelque ombre de raison ! Pour moi qui, quoique très-jeune alors[17], ai vu naître toutes ces horreurs, je sais très-bien que l’envie en fut la seule cause. Et quelle envie encore ! quelle source ridicule de tant de disgrâces sérieuses ! de quoi s’agissait-il ? d’un opéra qui n’avait pas réussi ! Il n’y a point d’autre origine de la haine qui fit faire cette infâme pièce intitulée la Franciade, et ces soixante et douze couplets qui désolèrent longtemps plusieurs gens de lettres et des familles entières : et ceux que l’auteur avoua lui-même contre les sieurs Danchet, Bertin, et Pécourt ; enfin ceux qui furent la cause de ce fameux procès, rapporté très-exactement dans le livre des Causes célebres.

MM. de Lamotte, Danchet, Saurin, et le sieur Rousseau, étaient amis, MM. de Lamotte et Danchet donnèrent des opéras qui eurent du succès ; ceux de Rousseau n’en auraient point eu : joignez à cela la chute de la comédie du Capricieux, et ne cherchez point ailleurs ce qui attira tant de crimes et une condamnation si publique.

Mais voici quelque chose qui doit frapper bien davantage. Il est certain qu’un homme flétri pour avoir abusé à ce point du talent de la poésie, pour avoir fait les satires les plus horribles, et qui cherchait à laver cette tache, ne devait jamais se permettre la moindre raillerie contre personne. Et cependant qu’a-t-il fait pendant trente années de bannissement ? de nouvelles satires, auxquelles il ne manque que d’être bien écrites pour être aussi odieuses que les premières.

Je ne dissimule point qu’étant outragé par lui, comme tant d’autres, j’ai perdu patience ; et que surtout, dans une pièce contre la calomnie[18], j’ai marqué toute mon indignation contre le calomniateur. J’ai cru être en droit de venger et mes injures et celles de tant d’honnêtes gens. J’aurais mieux fait peut-être d’abandonner au mépris et à l’horreur du public les crimes que j’ai attaqués ; mais enfin, si c’est une faute d’écrire contre le perturbateur du repos public, c’est une faute bien excusable ; c’est, j’ose le dire, celle d’un citoyen.

Ce fut alors que les journaux destinés à l’honneur des lettres devinrent le théâtre de l’infamie. L’homme dont je parle, et dont je voudrais supprimer ici absolument le nom pour ne me plaindre que du crime, et non du criminel, osa faire imprimer dans la Bibliothèque française, en 1736, un tissu de calomnies[19]. Il osait alléguer, entre autres raisons de sa conduite envers moi, qu’autrefois, en passant par Bruxelles, j’avais voulu le perdre dans l’esprit de M. le duc d’Aremberg, son protecteur. Quel a été le fruit de cette imposture ? M. le duc d’Aremberg en est instruit : il me fait aussitôt l’honneur de m’écrire[20] pour désavouer cette calomnie ; il chasse de sa maison celui qui en est l’auteur. On publie la lettre de ce prince ; le calomniateur est confondu, et enfin les auteurs du journal de la Bibliothèque française me font des excuses publiques[21].

Je ne me résous à rapporter ce qui va suivre que comme un exemple fatal de cette opiniâtreté malheureuse qui porte l’iniquité jusqu’au tombeau. Ce même homme prend enfin le parti de vouloir couvrir tant de fautes et de disgrâces du voile de la religion ; il écrit des Épîtres morales et chrétiennes[22] (ce n’est pas ici le lieu d’examiner si c’est avec succès) ; il sollicite enfin son retour à Paris et sa grâce ; il veut apaiser le public et la justice ; on le voit prosterné au pied des autels, et dans le même temps il trempe dans le fiel sa main moribonde. À l’âge de soixante et douze ans il fait de nouveaux vers satiriques ; il les envoie à un homme qui tient un bureau public de ces horreurs[23] ; on les imprime. Les voici. La meilleure censure qu’on en puisse faire, c’est de les rapporter.

              Petit rimeur anti-chrétien[24]
              On reconnaît dans tes ouvrages
              Ton caractère et non le mien.
Ma principale faute, hélas ! je m’en souvien,
Vint d’un cœur qui, séduit par tes patelinages,
Crut trouver un ami dans un parfait vaurien.
              Charme des fous, horreur des sages,
Quand par lui mon esprit aveuglé, j’en convien,
              Hasardait pour toi ses suffrages ;
              Mais je ne me reproche rien
              Que d’avoir sali quelques pages
              D’un nom aussi vil que le tien.

Un pareil exemple prouve bien que quand on n’a pas travaillé de bonne heure à dompter la perversité de ses penchants, on ne se corrige jamais ; et que les inclinations vicieuses augmentent encore à mesure que la force d’esprit diminue.

DES SATIRES NOMMÉES CALOTTES.

Au milieu des délices pour lesquelles seules on semble respirer à Paris, la médisance et la satire en ont corrompu souvent la douceur. L’on y change de mode dans l’art de médire et de nuire comme dans les ajustements. Aux satires en vers alexandrins succédèrent les couplets ; après les couplets vinrent ce qu’on appelle les calottes. Si quelque chose marque sensiblement la décadence du goût en France, c’est cet empressement qu’on a eu pour ces misérables ouvrages. Une plaisanterie ignoble, toujours répétée, toujours retombant dans les mêmes tours, sans esprit, sans imagination, sans grâce, voilà ce qui a occupé Paris pendant quelques années ; et pour éterniser notre honte, on en a imprimé deux recueils, l’un en quatre, et l’autre en cinq volumes[25] : monuments infâmes de méchanceté et de mauvais goût, dans lesquels, depuis les princes jusqu’aux artisans, tout est immolé à la médisance la plus atroce et la plus basse, et à la plus plate plaisanterie. Il est triste pour la France, si féconde en écrivains excellents, qu’elle soit le seul pays qui produise de pareils recueils d’ordures et de bagatelles infâmes.

Les pays qui ont porté les Copernic, les Tycho-Brahé, les Otto-Guericke, les Leibnitz, les Bernouilli, les Wolf, les Huygens ; ces pays où la poudre, les télescopes, l’imprimerie, les machines pneumatiques, les pendules, etc., ont été inventés ; ces pays que quelques-uns de nos petits-maîtres ont osé mépriser, parce qu’on n’y faisait pas la révérence si bien que chez nous ; ces pays, dis-je, n’ont rien qui ressemble à ces recueils, soit de chansons infâmes, soit de calottes, etc. Vous n’en trouvez pas un seul en Angleterre, malgré la liberté et la licence qui y règnent. Vous n’en trouverez pas même en Italie, malgré le goût des Italiens pour les pasquinades.

Je fais exprès cette remarque, afin de faire rougir ceux de nos compatriotes qui, pouvant faire mieux, déshonorent notre nation par des ouvrages si malheureusement faciles à faire, auxquels la malignité humaine assure toujours un prompt débit, mais qu’enfin la raison, qui prend toujours le dessus, et qui domine dans la saine partie des Français, condamne ensuite à un mépris éternel.

DES CALOMNIES CONTRE LES ÉCRIVAINS DE RÉPUTATION.

Il s’est glissé dans la république des lettres une peste cent fois plus dangereuse : c’est la calomnie, qui va effrontément, sous le nom de justice et de religion, soulever les puissances et le public contre des philosophes, contre les plus paisibles des hommes, incapables de ne jamais nuire, par cela même qu’ils sont philosophes.

J’ai entendu demander souvent : Pourquoi Charron a-t-il été calomnié et persécuté, et que Montaigne, le libre, le pyrrhonien, le hardi Montaigne, et Rabelais même, ne l’ont jamais été ? Pourquoi Socrate a-t-il été condamné à mort, et Spinosa a-t-il vécu tranquille ? Pourquoi La Mothe Le Vayer, cent fois plus hardi, plus cynique que Bayle, a-t-il été précepteur de deux enfants de Louis XIII, et que Bayle a été accablé ? Pourquoi Descartes et Wolf, les deux lumières de leur siècle, ont-ils été chassés l’un d’Utrecht, et l’autre de l’université de Hall, et que tant d’autres qui ne les valaient pas ont été comblés d’honneurs ? On rapportait tous ces événements à la fortune, etc.

Et moi je dis : Examinez bien les sources des persécutions qu’ont essuyées ces grands hommes, vous trouverez que ce sont des gens de lettres, des sophistes, des professeurs, des prêtres, qui les ont excitées ; lisez, si vous pouvez, toutes les injures qu’on a vomies contre les meilleurs écrivains, vous ne trouverez pas un seul libelle qui n’ait été écrit par un rival. On appelle les belles-lettres humaniores litteræ, les lettres humaines ; mais, dit un homme d’esprit, en voyant cette fureur réciproque de ceux qui les cultivent, on les appellera plutôt les lettres inhumaines[26]. Je ne veux point m’étendre ici sur les persécutions qui ont privé de leur liberté, de leur patrie, ou de la vie même, tant de grands personnages dont les noms sont consacrés à la postérité : je ne veux parler ici que de cette persécution sourde que fait continuellement la calomnie, de cet acharnement à composer des libelles, à diffamer ceux qu’on voudrait détruire.

La jalousie, la pauvreté, la liberté d’écrire, sont trois sources intarissables de ce poison. Je conserve précieusement, parmi plusieurs lettres assez singulières que j’ai reçues dans ma vie, celle d’un écrivain[27] qui a fait imprimer plus d’un ouvrage. La voici :

« Monsieur, étant sans ressources, j’ai composé un ouvrage contre vous ; mais si vous voulez m’envoyer deux cents écus, je vous remettrai fidèlement tous les exemplaires, etc., etc. »

Je rappellerai encore ici la réponse que fit, il y a quelques années, un de ces malheureux écrivains[28] à un magistrat qui lui reprochait ses libelles scandaleux : « Monsieur, dit-il, il faut que je vive. »

Il s’est trouvé réellement des hommes assez perdus d’honneur pour faire un métier public de ces scandales : semblables à ces assassins à gages, ou à ces monstres du siècle passé, qui gagnaient leur vie à vendre des poisons.

Mais je ne crois pas que depuis que les hommes sont méchants et calomniateurs on ait jamais mis au jour un libelle aussi déshonorant pour l’humanité que celui qui a paru à Paris au mois de janvier de cette année 1739, sous le titre de Voltairomonie, ou Mémoire d’un jeune avocat. (1738, in-12.)

C’est de quoi je suis obligé par toutes les lois de l’honneur de dire un mot ici ; et je prie tout lecteur attentif de vouloir bien examiner une cause qui devient l’affaire de tout honnête homme ; car quel homme de bien n’est pas exposé à la calomnie plus ou moins publique ? Tout lecteur sage est, en de pareilles circonstances, un juge qui décide de la vérité et de l’honneur en dernier ressort, et c’est à son cœur que l’injustice et la calomnie crient vengeance[29].


EXAMEN D’UN LIBELLE CALOMNIEUX
INTITULÉ LA VOLTAIROMANIE, OU MÉMOIRE D’UN JEUNE AVOCAT.

Il est juste en premier lieu de laver l’opprobre que l’on fait au corps respectable des avocats, en imputant à l’un de leurs membres un malheureux libelle, où les injures et les calomnies les plus atroces tiennent lieu de raisons ; un libelle où l’on traite avec indignité M. Andry, qui travaille avec applaudissement depuis trente ans au Journal des Savants sous M. l’abbé Mignon ; un libelle où l’on appelle M. de Fontenelle ridicule ; celui-ci, Thersite de la Faculté[30] ; celui-là, cyclope ; cet autre, faquin ; un libelle enfin qui, pour me servir des expressions d’un des plus estimables hommes de Paris, est l’ouvrage des furies, si les furies n’ont point d’esprit.

Quand on s’abaisse à parler d’un libelle, je crois qu’il n’en faut parler que papiers justificatifs en main, soit devant les juges, soit devant le public. Voici donc la lettre d’un des plus anciens et des meilleurs avocats de Paris, qui prouve qu’il est impossible qu’un avocat soit l’auteur de ce libelle punissable.

« À Paris, ce 12 février 1739.

J’ai vu, monsieur, un imprimé qui a couru ici, intitulé la Voltairomanie, ou Lettre d’un jeune avocat, en forme de mémoire. J’ai vu au palais la plupart de messieurs les avocats. Après avoir parlé à M. Deniau, qui est à présent notre bâtonnier, je puis vous assurer, monsieur, qu’il n’y a qu’un cri de blâme et d’indignation contre les calomnies atroces répandues dans ce libelle. Le sentiment commun est qu’il n’est pas possible qu’un ouvrage si méchant soit imputé à un avocat, ni même à quelqu’un qui connaîtrait les lois de cette profession, dont le premier devoir est la sagesse.

Je vous proteste au nom de tous ceux à qui j’ai parlé (et c’est, encore une fois, la meilleure partie du Palais) que, bien loin que quelqu’un s’en avoue l’auteur, tous le condamnent comme extrêmement scandaleux. Je vous ajouterai même que c’est avec une vraie peine que la plupart vous ont vu si injurieusement traité que vous l’êtes dans cet écrit : car nous faisons gloire, monsieur, d’honorer les grands génies, et vos ouvrages sont dans nos mains. Tout cela vous serait attesté par monsieur le bâtonnier au nom de l’ordre, sans la difficulté de convoquer une assemblée générale. Si de pareilles brochures, distribuées sous le nom vague d’un avocat, devenaient fréquentes, nous serions exposés sans cesse à nous mettre en mouvement pour les désavouer. Mais pour suppléer à une attestation en forme, je me suis chargé de vous rendre compte du sentiment général ; et je le fais de l’aveu de tous ceux à qui j’en ai parlé. Je m’en acquitte avec d’autant plus de satisfaction, que c’est ce que j’avais pensé à la vue du libelle.

Je suis avec toute l’estime, etc. Signé : Pageau. »

Il n’y a personne qui, ayant lu cette lettre, et ayant remarqué que le libelle est tout entier en faveur du sieur abbé Guyot-Desfontaines, et plein d’anecdotes qui le regardent, jusque-là même que sa généalogie y est rapportée ; il n’y a personne, dis-je, qui ne voie évidemment pour cent autres raisons qu’aucun avocat n’a composé cet ouvrage. Mais qui donc pourrait en être l’auteur ?

Quoique l’abbé Guyot-Desfontaines soit depuis quelque temps mon plus cruel ennemi, cependant je me garderai bien d’imputer à un homme de son âge, à un prêtre, une si infâme pièce : je croirais lui faire une trop grande injure. Je l’en crois incapable, et en voici les raisons.

Il est dit dans ce libelle, en termes exprès, que je suis un voleur, un brutal, un enragé, un athée, le petit-fils d’un paysan, etc.

Or je soutiens qu’un homme de lettres, quelque méchant qu’il puisse être, ne peut vomir de pareilles injures : celles de voleur, d’enragé, d’athée, de brutal, sont des termes horribles, mais vagues, qui ne peuvent souiller la plume d’un homme auquel il resterait la moindre pudeur et la moindre étincelle d’esprit.

Il est encore bien peu probable qu’un écrivain reproche à un autre écrivain sa naissance. L’auteur de la Henriade doit peu s’embarrasser quel a été son grand-père[31]. Uniquement occupé de l’étude, je ne cherche point la gloire de la naissance. Content, comme Horace[32], de mes parents, je n’en ai jamais demandé d’autres au ciel ; et je ne réfuterais point ici ce vain mensonge, si je n’avais parmi mes proches parents des magistrats et des officiers généraux qui s’intéresseront peut-être davantage à l’honneur d’une famille outragée. Pour moi, je sens qu’un tel reproche, s’il était vrai, ne pourrait jamais m’affliger. Je me suis consacré à l’étude dès ma jeunesse ; j’ai refusé la charge d’avocat du roi à Paris, que ma famille, qui a exercé longtemps des charges de judicature en province, voulait m’acheter. En un mot, l’étude fait tous mes titres, tous mes honneurs, toute mon ambition.

Voici des preuves encore plus fortes que cet infâme écrit ne peut être de l’homme ci qui tout Paris l’impute.

On ose avancer dans ce libelle que ce service signalé qu’avait rendu si publiquement autrefois le sieur de Voltaire au sieur Desfontaines, il ne l’avait rendu que pour obéir à M. le président de Bernières, son patron, qui le nourrissait et le logeait par bonté, et que par conséquent le sieur Desfontaines n’avait aucune obligation au sieur de Voltaire.

Premièrement, comment se pourrait-il faire qu’un homme de bon sens raisonnât ainsi ? Quoi ! il serait permis d’insulter son bienfaiteur, parce qu’il aurait été logé et nourri chez un autre ? est-ce là la logique de l’ingratitude ? En second lieu, l’abbé Desfontaines ne savait-il pas que j’ai longtemps loué chez M. de Bernières un appartement assez connu ? Faut-il lui apprendre que j’ai en main l’acte fait double, du 4 de mai 1723, par lequel je payais 1,800 livres de pension pour moi et pour un de mes amis[33] ? Faudrait-il enfin dire ici que le chef de la justice et plusieurs autres magistrats ont vu la lettre de la veuve du président de Bernières, qui dément d’une manière si forte toutes les impostures du libelle ? Nous ne la rapportons point ici, parce que nous n’en avons point demandé la permission, comme nous avions demandé celle de la faire voir à M. le chancelier.

Enfin comment se pourrait-il faire que l’abbé Desfontaines osât dire qu’il n’a jamais eu aucune obligation au sieur de Voltaire ?

On n’a qu’à lire la lettre qu’il m’écrivit en sortant de l’endroit d’où je l’avais tiré : elle est écrite et signée de sa main ; le cachet est même presque entier.


« De Paris, ce 31 mai[34].

Je n’oublierai jamais les obligations infinies que je vous ai. Votre bon cœur est bien au-dessus de votre esprit. Vous êtes l’ami le plus généreux qui ait jamais été. Que ne vous dois-je point ! etc., etc.

L’abbé Nadal, l’abbé de Pons, Danchet, Fréret, se réjouissent ; ils traitent ma personne comme je traiterai toujours leurs indignes écrits. Ne pourriez-vous pas faire en sorte que l’ordre qui m’exile à trente lieues soit levé ? Voilà, mon cher ami, ce que je vous conjure d’obtenir encore pour moi. Je ne me recommande qu’à vous seul, qui m’avez servi, etc., etc. »


Après tant de preuves, je soutiendrai toujours qu’il faudrait que l’abbé Desfontaines, au moins, eût absolument perdu la mémoire pour avancer, contre un homme qui lui a rendu de tels services, des impostures si horribles et si aisées à confondre.

Mais, me dira-t-on, si vers le temps même où il vous avait les plus grandes obligations qu’un homme puisse avoir à un homme, il fit un libelle contre vous ; si vous avez plusieurs lettres des personnes auxquelles il montra cet écrit ; si l’on sait qu’il était intitulé Apologie de M. de Voltaire, et que cette apologie ironique et sanglante était un libelle diffamatoire contre vous et contre feu M. de Lamothe ; si lui-même, dans un autre libelle intitulé Pantalo Phobeana, page 73, a eu l’imprudence de citer cette apologie ironique[35] ; enfin, s’il a été capable d’une telle ingratitude quand le service était récent, que n’a-t-il point pu faire après plus de treize années ? J’avoue que cette objection est pressante ; mais voici ce que j’ai à répondre.

Je ne crois pas qu’il soit permis d’accuser, sans preuves juridiques, un citoyen, de quelque faute que ce puisse être : or j’ai, à la vérité, des preuves juridiques, des témoignages subsistants[36], que la première chose qu’il fit au sortir de Bicêtre, ce fut un libelle contre moi[37] ; mais je n’ai aucune preuve assez forte pour l’accuser du malheureux libelle qui a paru cette année ; je n’ai que la voix publique. Elle suffit pour devoir attribuer à un homme une bonne action ; mais elle ne suffit pas pour lui imputer un crime.

Je pourrais poursuivre, et faire voir jusqu’à quel comble d’horreur la calomnie a été poussée dans cet écrit ; mais mon dessein n’est pas de répondre en détail à des discours dignes de la plus vile canaille : ce serait trop mal employer un temps précieux. J’ai voulu seulement, pour l’honneur des lettres, essayer de faire voir combien il est difficile de croire qu’un homme de lettres se soit souillé d’un opprobre si avilissant.

J’écris ici dans la vue d’être utile à la littérature encore plus qu’à moi-même. Plût à Dieu que toutes ces haines flétrissantes, ces querelles également affreuses et ridicules, fussent éteintes parmi des hommes qui font profession, non-seulement de cultiver leur raison, mais de vouloir éclairer celle des autres ! plût à Dieu que les exemples que j’ai rapportés pussent rendre sages ceux qui sont tentés de les suivre !

Faudra-t-il donc que les lettres, qu’on prétend avoir adouci les mœurs des hommes, ne servent quelquefois qu’à les rendre malins et farouches ? Si je pouvais exciter le repentir dans un cœur coupable de ces horreurs, je ne croirais pas avoir perdu ma peine en composant ce petit écrit, que je présente à tous les gens de lettres comme un gage de mon amour pour leurs études et pour le bien de la société.

fin du mémoire sur la satire.
  1. La date de 1739 est donnée par l’auteur lui-même, page 60. Ce Mémoire sur la Satire n’est qu’une seconde version du Mémoire qui précède ; mais il n’y a pas deux pages de semblables dans ces deux versions.
  2. La Voltairomanie ; voyez la note, tome XXII, page 371.
  3. Voyez la Préface de l’édition de 1730, tome Ier du Théâtre, page 47.
  4. L’abbé Dubos est auteur d’une Histoire critique de l’établissement de la monarchie française dans les Gaules, 1734, trois volumes in-4° ; 1743, deux volumes in-4°, ou quatre volumes in-12.
  5. Il s’agit du musicien (1672-1749), auteur de l’opéra d’Issé, dont les paroles sont de Lamotte.
  6. Maître de chapelle à la cour de France (1660-1744).
  7. Voyez les Commentaires même de Boileau. (Note de Voltaire.)
  8. Boileau, satire 1er, vers 77-78 ; à Pelletier il substitua Colletet.
  9. Vers 17-20.
  10. Lettre à Cideville, en tête du Tempte du Goût, tome VIII, page 554 ; et dans l’Épître sur la calomnie, à Mme du Châtelet, tome X, page 287.
  11. Satire III, vers 185-87.
  12. Il ne reste rien de cette tragédie de Racine, que l’auteur paraît même avoir abandonnée sans l’achever. (B.)
  13. Art poét., IV, 201.
  14. De Chapelain.
  15. D’Olivet, dans son Histoire de l’Académie, 1743, II, 169, ne parle que d’un, et c’est l’abbé Cassagnes, auteur du poëme de Henri le Grand. — Voyez sur l’abbé Cassagnes, tome VIII, page 43, à la note.
  16. Toute cette section est consacrée à J.-B. Rousseau.
  17. Le procès de J.-B. Rousseau est de 1710 et 1711 (voyez tome XXII page 345) ; Voltaire avait alors seize à dix-sept ans.
  18. Voyez, tome X, l’épître à Mme du Châtelet, sur la calomnie, 1733.
  19. C’est la lettre de J.-B. Rousseau, du 22 mai 1730. Elle est au tome XXIII de la Bibliothèque française, pages 138-154 ; voyez aussi ibid., 254.
  20. Le billet du duc d’Aremberg est rapporte dans le Mémoire qui précède, page 43, et dans la lettre de Voltaire aux auteurs de la Bibliothèque française du 20 septembre 1736 ; voyez la Correspondance.
  21. Tome XXIV de la Bibliothèque française, page 380. Ce sont des conseils autant que des excuses.
  22. Ce sont les trois Épîtres nouvelles, qui sont le sujet de l’Utile Examen, imprimé dans le tome XXII, page 233.
  23. Desfontaines, qui a imprimé dans la Voltairomanie plusieurs pièces de vers de J.-B. Rousseau.
  24. Cette épigramme, déjà rapportée par Voltaire dans le Mémoire qui précède, page 41, ne se trouve pas dans les Œuvres de J.-B. Rousseau.
  25. L’édition de 1752 des Mémoires pour servir à l’histoire de la calotte, postérieure au Mémoire sur la Satire, est même en six parties. Voltaire n’y est pas ménagé. Voyez l’Avertissement de Beuchot en tête des Lettres philosophiques, tome XXII, page 82 ; l’édition intitulée Recueil des pièces du régiment de la calotte, Paris (Hollande), 7726 (1720), contient, page 201, une pièce contre Camusat, qu’on donne comme étant de Voltaire, et qui n’est pas dans l’édition de 1752.
  26. Voyez, dans la Correspondance, la lettre au P. Porée, du 7 janvier 1730, lettre qui, pendant longtemps, a été imprimée à la tête d’Œdipe et sous la date de 1729.
  27. La Jonchère. Voyez, dans les Mélanges, année 1767, la XXIe des Honnêtetés littéraires ; et dans la Correspondance, la lettre à Mme Denis, du 20 décembre 1753.
  28. L’abbé Desfontaines ; voyez, dans les Mélanges, année 1773, le Fragment d’une lettre sous le nom de M. de Morza.
  29. Quelques mots de cet alinéa sont dans le Mémoire qui précède, page 27.
  30. Ces expressions sont aussi dans le Mémoire, page 28.
  31. Ce qui suit est dans le Mémoire, page 34.
  32. Meis contentus, Horace, livre Ier, satire vi, vers 96,
  33. Tout ceci est en d’autres termes dans le Mémoire, page 38.
  34. Ce fragment de lettre est dans le Mémoire, p. 37, avec quelques mots de plus.
  35. Voyez la note de Voltaire, page 39.
  36. Les extraits de lettres que Voltaire cite dans la note suivante sont déjà dans le Mémoire, page 39.
  37. Extraits des lettres de M. Thiriot.
    « Du 16 août 1726.

    Il a fait, du temps de Bicêtre, un ouvrage contre vous, intitulé Apologie de M. de Voltaire, que je l’ai forcé, avec bien de la peine, à jeter dans le feu. C’est lui qui a fait, à Évreux, une édition du poème de la Ligue, dans lequel il a inséré des vers de sa façon contre M. de Lamotte, etc. »

    « Du 31 décembre 1738.

    Je me souviens très-bien qu’à la Rivière-Bourdet, chez feu M. le président de Bernières, il fut question d’un écrit contre M. de Voltaire, que l’abbé Desfontaines me fit voir, et que je l’engageai de jeter au feu, etc. »

    « Du 14 janvier 1739.

    Je démens les impostures d’un calomniateur ; je méprise les éloges qu’il me donne ; je témoigne ouvertement mon estime, mon amitié, ma reconnaissance pour vous, etc. »

    (Note de Voltaire.)