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Mémoires (Cellini)/t1-l1-6

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CHAPITRE VI.
(1524.)

Damasquinures. — Origine du mot grotesque. — Concurrence entre Cellini et Caradosso. — La Pantasilea et Luigi Pulci. — Vengeance. — La colique du Bacchiacca. — Un contre douze. — Benvegnato et Benvenuto. — Réconciliation. — Mort de Luigi Pulci.

Je serais trop long, si je voulais passer en revue les nombreux ouvrages que j’exécutai pour toutes sortes de gens. Je me contenterai de dire en ce moment, que je m’appliquais soigneusement et sans relâche à me perfectionner dans les différents arts dont j’ai parlé plus haut. Je les menais donc tous de front ; mais, comme je n’ai pas encore occasion de décrire quelque morceau notable, j’attendrai pour le faire qu’il soit temps, et ce sera bientôt.

Sur ces entrefaites, Michelagnolo, le sculpteur siennois, commença le tombeau du pape Adrien, et Jules Romain entra au service du marquis de Mantoue. Mes autres camarades allèrent çà et là à leurs affaires, de sorte que notre société se trouva presque entièrement dissoute.

À cette époque, il me tomba entre les mains certains petits poignards turcs, dont la poignée, la lame et la gaine étaient en acier, et ornées de beaux feuillages orientaux gravés au burin et incrustés d’or. Ce genre de travail appartient à un art qui diffère beaucoup de ceux que j’avais jusqu’alors pratiqués ; néanmoins, j’éprouvai un vif désir de m’y essayer, et j’y réussis si bien, que j’exécutai quelques ouvrages infiniment plus beaux et plus solides que ceux des Turcs. Il y avait à cela plusieurs raisons. L’une était que je fouillais mes aciers plus profondément, l’autre que les feuillages turcs ne sont composés que de feuilles de colocasie et de petites fleurs de corona solis, qui, tout en n’étant pas dépourvues d’élégance, ne plaisent cependant pas autant que les nôtres.

En Italie nous imitons différentes sortes de feuillages. — Les Lombards en font de très-beaux, en représentant des feuilles de lierre et de couleuvrée, avec leurs élégants enroulements, qui sont d’un effet si heureux. Les Toscans et les Romains ont été encore mieux inspirés dans leur choix, en reproduisant la feuille d’acanthe, ou branche-ursine, avec ses festons et ses fleurs contournés de mille façons et gracieusement entremêlés d’oiseaux et d’animaux. C’est là où l’on voit qui a bon goût. Ils ont aussi recours aux plantes sauvages, telles que celles que l’on appelle mufle-de-lion. Nos vaillants artistes accompagnent ces fleurs d’une foule de ces beaux et capricieux ornements que les ignorants appellent grotesques. Ils ont été ainsi nommés par les modernes, parce que des curieux découvrirent à Rome les premiers modèles de décorations de ce genre, dans des cavernes qui autrefois étaient des chambres, des étuves, des cabinets d’étude ou des salles de même nature, et qui alors se trouvaient enfouies, grâce à l’exhaussement du sol qui s’était opéré pendant des siècles. Comme ces constructions souterraines sont appelées à Rome grotte, les décorations qu’elles renferment prirent le nom de grotesques, qui n’est pas leur vrai nom. En effet, de même que les anciens se plaisaient à composer des animaux imaginaires, tenant à la fois de la chèvre, de la vache et de la cavale, auxquels ils donnaient le nom de monstres ; de même, ils formaient avec leurs feuillages des espèces de monstres : c’est donc le nom de monstres, et non celui de grotesques, qu’il faut appliquer à ces bizarres créations. Les feuillages incrustés que j’exécutais dans ce genre étaient beaucoup plus beaux que ceux des Turcs.

Vers cette époque on découvrit dans de petites urnes antiques, remplies de cendres, des anneaux de fer, incrustés d’or et dans chacun desquels était enchâssée une petite coquille. Les savants prétendirent que ces anneaux étaient des amulettes qui communiquaient à ceux qui les portaient le don de se conduire dignement dans la bonne et la mauvaise fortune. À la prière de plusieurs seigneurs de mes amis, j’exécutai quelques-uns de ces anneaux. Ceux qui sortirent de mes mains étaient en acier très-pur, gravés et incrustés d’or avec soin : aussi étaient-ils charmants à voir. La façon seule d’un de ces petits anneaux me fut quelquefois payée plus de quarante écus.

Dans ce temps-là il était de mode que tout seigneur ou gentilhomme portât sur sa barrette une petite médaille d’or, où se trouvait gravée une devise ou toute autre fantaisie. Je conduisis à fin un grand nombre de ces ouvrages dont l’exécution offrait d’énormes difficultés.

Caradosso, ce vaillant homme dont j’ai déjà parlé, fit quelques-unes de ces médailles. Comme il y introduisait plusieurs figures, il n’exigeait pas moins de cent écus d’or. Sa lenteur, encore plus que sa cherté, fut cause que des seigneurs me commandèrent maints travaux, et entre autres une médaille que je gravai en concurrence de l’habile Caradosso. Elle renfermait quatre figures qui m’avaient coûté des soins infinis. Les gentilshommes à qui elle était destinée, après l’avoir comparée à celles de l’admirable Caradosso, me dirent que la mienne était bien mieux exécutée, de beaucoup plus belle, et que je pouvais demander tout ce qui me plairait, parce que je les avais tellement contentés, qu’ils voulaient que ma satisfaction fût aussi complète. Je leur répondis que ma plus grande ambition avait été d’égaler les ouvrages de l’illustre Caradosso, et que, si leurs seigneuries pensaient que j’eusse réussi, je me regardais comme parfaitement récompensé. Là-dessus, je pris congé d’eux. Ils m’envoyèrent de suite un si riche présent qu’il ne me resta rien à désirer. Ce succès accrut mon ardeur, au point qu’il arriva ce que je relaterai plus loin.

Maintenant, je vais un peu laisser de côté ma profession, pour raconter un de ces fâcheux accidents qui marquèrent le cours de ma vie orageuse. J’ai parlé plus haut de nos réunions d’artistes et de la plaisante scène qu’occasionna cette Pantasilea, qui m’ennuyait de son amour de mauvais aloi. Irritée au plus haut point de la joyeuse folie du souper, où Diego l’Espagnol avait joué un rôle, elle s’était juré d’en tirer vengeance, et bientôt il se présenta une occasion où ma vie courut le plus grand danger. Voici comment.

Il était venu à Rome un jeune homme nommé Luigi Pulci, lequel était fils de ce Pulci qui eut la tête tranchée pour avoir abusé de sa propre fille. Luigi avait un merveilleux génie pour la poésie, possédait à fond la littérature latine, écrivait avec élégance, et se faisait remarquer par la grâce de ses manières et sa rare beauté. Il avait quitté le service de je ne sais quel évêque, et il était rongé du mal de Naples. À l’époque où il habitait Florence, on avait coutume, durant les nuits d’été, de se rassembler dans les rues et d’y exécuter des concerts. Il était de ceux qui improvisaient avec le plus de talent. Ses chants étaient si beaux, que le divin Michel-Ange Buonarroti, dès qu’il savait où il se trouvait, ne manquait jamais d’aller l’écouter avec le vaillant orfèvre Piloto[1] et moi. C’est ainsi que je vins à connaitre Luigi Pulci.

Plusieurs années plus tard il me retrouva à Rome, me confia son piteux état, et me supplia de lui prêter secours, pour l’amour de Dieu. Son remarquable talent, sa qualité de compatriote, et enfin mon cœur facile à émouvoir, furent cause que je le reçus dans ma maison, où un bon traitement, aidé de sa jeunesse, ne tarda pas à rétablir sa santé.

Tout en se soignant, il étudiait sans relâche, grâce aux livres que je lui procurais en aussi grand nombre que je pouvais. Sensible à mes bienfaits, il me remercia souvent, les larmes aux yeux, en m’assurant que, si jamais Dieu lui envoyait quelque bonheur, il saurait me prouver sa gratitude. Je lui répondis que je n’avais pas fait pour lui ce que j’aurais voulu, mais ce que j’avais pu ; que le devoir des hommes était de s’entr’aider ; que je me bornais à lui recommander de rendre le même service à ceux qui auraient besoin de lui, comme il avait eu besoin de moi, et enfin que je le priais seulement d’être mon ami et de me tenir pour le sien.

Luigi se mit alors à fréquenter la cour de Rome, où bientôt il trouva moyen de faire son chemin. L’évêque de Gurck, qui était âgé de quatre-vingts ans, le prit à son service. Ce vieillard avait pour neveu un gentilhomme vénitien nommé messer Giovanni, qui, sous prétexte d’être passionné pour les talents de Luigi Pulci, contracta avec lui une si étroite intimité, qu’il semblait en avoir fait son second lui-même. Luigi lui ayant parlé de moi et des grandes obligations qu’il m’avait, messer Giovanni voulut me connaître. Or, il advint qu’un soir je donnais à Pantasilea un petit régal auquel j’avais invité plusieurs de mes amis. Au moment où nous allions nous mettre à table, messer Giovanni et Luigi Pulci entrèrent ; après quelques cérémonies, ils restèrent à souper avec nous. Cette dévergondée de Pantasilea eut à peine vu le beau Luigi, qu’elle conçut des desseins sur lui. Après le souper, je tirai Luigi à part, et je le priai, au nom de la gratitude qu’il professait pour moi, d’éviter toute liaison avec cette fille éhontée. — « Eh ! Benvenuto mio, s’écria-t-il, me prenez-vous donc pour un insensé ? » — « Non, lui répondis-je, mais pour un jeune homme inexpérimenté ; du reste, je vous assure, sur Dieu, que je ne me soucie pas le moins du monde de cette femme, mais je serais désolé que vous vous rompissiez le cou à cause d’elle. » — À ces mots, il jura qu’il suppliait Dieu de lui rompre le cou si jamais il lui parlait. Ce pauvre jeune homme dut adresser cette prière à Dieu avec un cœur bien fervent, car il se rompit le cou, comme je le dirai tout à l’heure.

La passion de messer Giovanni pour Luigi Pulci dégénéra en un commerce infâme. Chaque jour Luigi se montrait paré de nouveaux habits de soie et de velours. On s’apercevait facilement qu’il s’était abandonné tout entier au vice, et qu’il laissait se perdre ses précieux talents. Il affectait de ne pas me voir et de ne pas me connaître, parce que je lui avais représenté vertement qu’il se livrait à d’abominables vices, qui lui feraient rompre le cou comme il l’avait dit lui-même. Son messer Giovanni lui avait acheté cent cinquante écus un magnifique cheval moreau, admirablement dressé ; aussi Luigi allait-il tous les jours caracoler dans le voisinage de cette coquine de Pantasilea.

Je ne l’ignorais point, mais je ne m’en inquiétais nullement. Je me disais que chacun suivait sa pente naturelle, et je continuai à m’occuper de mes travaux.

Un dimanche soir, pendant l’été, nous fûmes invités à souper par le sculpteur Michelagnolo de Sienne. Le Bacchiacca était un des convives. Il avait amené la Pantasilea, que l’on plaça à table entre lui et moi. Au plus beau du souper, la Pantasilea se leva en disant qu’elle voulait sortir, parce qu’elle était un peu souffrante, mais qu’elle rentrerait à l’instant. Pendant que nous mangions et devisions joyeusement, son absence se prolongea plus que de raison. Je prêtai l’oreille, et il me sembla que l’on ricanait tout bas dans la rue. J’avais à la main un couteau de table. La fenêtre était si près de moi, qu’il me suffit de me lever un peu pour apercevoir Pantasilea avec Luigi Pulci ; puis, j’entendis ce dernier qui disait : — « Oh ! si ce diable de Benvenuto nous voyait, malheur à nous ! » — N’ayez pas peur de lui, répondit la Pantasilea, écoutez le bruit qu’ils font, ils pensent à tout autre chose qu’à nous. » — À ces mots, certain de les avoir bien reconnus, je sautai par la fenêtre, je saisis Luigi par sa cape, et, à coup sûr, je l’aurais tué avec mon couteau, s’il n’eût été monté sur un petit cheval, auquel il donna de l’éperon, en me laissant sa cape entre les mains, pour sauver sa vie. La Pantasilea se réfugia dans une église voisine. Tous les convives se levèrent aussitôt, accoururent vers moi, et me supplièrent de ne causer du tourment ni à moi ni à eux pour une catin. Je leur répondis que pour elle je n’aurais pas bougé, mais que je ne pouvais pardonner à ce scélérat qui semblait faire si peu de cas de moi. Ces braves gens eurent beau redoubler leurs instances, je ne me laissai pas fléchir.

Je pris mon épée, et je m’en allai seul vers les Prati. La maison où nous avions soupé était voisine de la porte du château qui conduisait aux Prati. Je suivais donc ce chemin, lorsque je m’aperçus que le soleil se couchait. Je rentrai alors dans Rome à pas lents. La nuit était arrivée, mais on n’avait pas encore fermé les portes de la ville. Vers les deux heures, je rôdai près de la maison de Pantasilea, résolu, si j’y rencontrais Luigi Pulci, à leur jouer à tous deux un mauvais coup. M’étant assuré qu’il n’y avait au logis qu’une servante nommée la Canida, j’allai déposer chez moi ma cape et le fourreau de mon épée ; puis, je revins à la maison de Pantasilea, qui était située derrière les Banchi, sur le bord du Tibre. Vis-à-vis était le jardin d’un tavernier, nommé Romolo. Le jardin était enclos d’une épaisse haie d’épines dans laquelle je me cachai debout, bien décidé à attendre que Pantasilea rentrât chez elle avec Luigi.

Au bout de quelques instants, arriva mon ami Bacchiacca qui, soit qu’il eût deviné où j’étais, soit qu’on le lui eût appris, m’appela à voix basse du nom de compère, que nous avions coutume de nous donner en plaisantant. Il me supplia, pour l’amour de Dieu, de renoncer à mon dessein, et ce fut presque en pleurant qu’il me dit : — « Compère, je vous en prie, ne faites point de mal à cette pauvrette, car elle n’a rien au monde à se reprocher. » — « Si vous ne vous retirez à la minute, lui répondis-je, je vous fends la tête avec cette épée. » — Mon pauvre compère, épouvanté, fut assailli d’une si pressante colique, qu’à quelques pas de là il fut obligé de la satisfaire. Le ciel était couvert d’étoiles qui répandaient une brillante clarté.

Tout à coup j’entendis les pas de plusieurs chevaux qui s’avançaient de côté et d’autre. Bientôt parurent Luigi et la Pantasilea, en compagnie d’un certain messer Benvegnato de Pérouse, camérier du pape Clément : quatre vaillants capitaines pérugins et d’autres braves et jeunes militaires les suivaient. Il y avait en tout plus de douze épées. Quand je vis cela, ne sachant pas par quel chemin m’enfuir, je cherchai à m’enfoncer autant que possible dans la haie. Les épines aiguës me causaient une vive douleur, et me rendaient comme un taureau furieux. J’étais presque résolu à faire un saut et à prendre ma course, lorsque Luigi, qui avait le bras passé autour du cou de Pantasilea, lui dit : — « Je t’embrasserai pourtant en dépit de ce traître de Benvenuto. »

Doublement aiguillonné par les épines et par les discours de l’impudent jeune homme, je m’élançai hors de la haie, et je tirai mon épée en criant : — « Vous êtes tous morts ! » — Mon arme frappa sur l’épaule de Luigi, mais, comme les vilains satyres qui le protégeaient l’avaient bardé de fer et de cottes de mailles, le coup, qui était très-violent, glissa et alla atteindre Pantasilea au nez et à la bouche. Elle tomba à terre avec son galant. Le Bacchiacca se mit alors à fuir, avec ses chausses à mi-jambes et en jetant les hauts cris. Quant à moi, j’avais hardiment fait face à mes adversaires, lorsque ces braves, ayant entendu un grand bruit partir de la taverne, s’imaginèrent qu’il y avait là une armée de cent personnes. Ils avaient néanmoins résolument mis le fer au poing, mais deux chevaux s’étant effrayés causèrent un tel désordre, que deux des meilleurs cavaliers furent désarçonnés, et que les autres prirent la fuite. Ayant vu que l’affaire tournait ainsi à bien, je décampai lestement, heureux d’en être sorti à mon honneur, et sans vouloir tenter la fortune plus que de raison. Dans ce terrible hourvari, quelques-uns des soldats et des capitaines s’étaient blessés eux-mêmes avec leurs épées. Le camérier du pape, messer Benvegnato, avait été renversé et foulé aux pieds par son propre mulet ; de plus, un de ses valets, qui avait tiré son épée, tomba avec lui et le blessa grièvement à la main ; aussi messer Benvegnato jurait-il plus que tous les autres, en disant, dans son jargon pérugin : — « Per lo corpo di Dio ! je veux que Benvegnato enseigne à vivre à Benvenuto. » — En conséquence, il me députa un de ses capitaines, peut-être plus hardi que les autres, mais trop jeune pour posséder le même aplomb. Celui-ci vint donc me trouver chez un gentilhomme napolitain qui, ayant vu de mes ouvrages et entendu parler de mon aptitude pour les armes, qui étaient sa passion, m’avait pris en grande amitié. Me voyant ainsi protégé et me trouvant d’ailleurs dans mon élément, je fis à mon capitaine une réponse telle qu’il eut lieu, je crois, de se repentir de sa visite.

Quelques jours après, Luigi, sa catin et les autres, étant presque guéris de leurs blessures, messer Benvegnato, dont la colère s’était calmée, pria mon gentilhomme napolitain de me faire faire la paix avec Luigi, et il lui assura que ces braves militaires, qui n’avaient rien à démêler avec moi, désiraient beaucoup me connaitre. Mon gentilhomme répondit qu’il me mènerait où l’on voudrait et qu’il opèrerait volontiers une réconciliation, pourvu que, ni d’un côté ni d’un autre, on ne prononçât une parole de récrimination, sous peine de manquer à l’honneur, que l’on se contenterait de boire et de s’embrasser, et enfin que lui seul aurait le droit de parler pour terminer le différend. Ainsi fut fait. Un jeudi soir, mon gentilhomme me conduisit chez messer Benvegnato, où nous trouvâmes encore à table tous les militaires qui avaient pris part à la bagarre. Mon gentilhomme était escorté de plus de trente braves bien armés, que messer Benvegnato était loin d’attendre. Il entra dans la salle devant moi, et dit : — « Dieu vous garde, signori, je viens à vous avec Benvenuto, que j’aime comme mon propre frère : nous nous mettons entièrement à votre disposition. » — Messer Benvegnato, à la vue de tant de monde, qui remplissait la salle, répondit : — « Nous vous demandons la paix, et rien de plus. » — Puis il promit que le gouverneur de Rome ne m’inquiéterait nullement. La paix conclue, je retournai de suite à ma boutique, mais je ne pouvais passer une heure sans que ce seigneur napolitain vint me trouver ou m’envoyât chercher.

Quant à Luigi Pulci, ses blessures s’étant guéries, il se montra continuellement sur son cheval moreau, qui manœuvrait si bien. Un jour qu’après une petite pluie, il caracolait devant la porte de Pantasilea, son cheval glissa, tomba et lui fracassa la jambe droite. Peu de jours après, il mourut dans la maison de Pantasilea. Son serment solennel reçut ainsi son accomplissement, ce qui prouve que Dieu a l’œil ouvert sur les bons et sur les méchants, et rétribue chacun selon son mérite.

  1. Vasari cite, en maints endroits de son livre, l’orfèvre Piloto comme l’ami de Michel-Ange, de Perino del Vaga et de plusieurs autres maîtres illustres ; mais, en même temps, il le présente comme l’un des chefs d’une bande dont la principale occupation, dit-il, était de quolibeter les artistes distingués, en jouant au palet le long des murs ou en buvant dans les tavernes : aussi n’est-il pas étonnant, ajoute Vasari, que Piloto ait été assassiné par un jeune homme, à cause de sa mauvaise langue. — Voy. Vasari, Vie d’Aristotile da San-Gallo, t. V, p. 62.