Mémoires de la ville de Dourdan/Hugues le Grand

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Hugues le Grand.

Apres auoir parlé de la fondation de Dourdan auec incertitude & par preſomption & conſequences ſeulement, il eſt raiſonnable de diſcourir de ſon progrez auec plus d’aſſeurance & ſelon la cognoiſſance que i’ay eu de la verité des choſes. Il eſt donc à remarquer que Dourdan apres pluſieurs mutations depuis ſon eſtabliſſement, en fin arriua à Hugues le Grand Comte de Paris, qui ſ’en eſt ſeruy comme d’vn lieu de plaiſance, tant à cauſe de la beauté du pays, que de la ſalubrité de l’air, & pour la rencontre qu’il y fit de toute ſorte de chaſſes (principal deſduict des Grands & des Roys :) On n’y manque pas de lapin, à cauſe des garennes qui y ſont : le lievre y peut eſtre couru & auec leuriers & chiens courants, tant dans la plaine de la Beaulce, que dans le pays boſſu de Hurpoix : les renards ſe trouuent abondamment dans les petits bois qui ſont ez enuirons : les teſſons & blereaux ont pluſieurs taſnieres dans la foreſt pour exercer les pionniers à les fouïller & prendre au giſte : en fin la foreſt fournit de quantité de cerfs, ſangliers & cheureuls, qui peuuent donner infinis paſſe-temps auſſi bien que les loups qui ſe rencontrent ſouuent dans le pays : Mais le comble des plaiſirs arriue quand ces grandes beſtes ſe rembuchent dans des petits bois ou buiſſons qui ſont au milieu de la Beaulce eſloignez de la foreſt : pource qu’apres auoir eſté lancées, & qu’elles ont battu ces petits forts, elles ſont contraintes de ſortir & courir en plaine campagne, car lors on les voit auec toute la chaſſe, & les peut-on conduire de l’œil juſques à perte de veuë ſans aucun obſtacle. Outre cecy la volerie y eſt tres-belle, tant pour les herons & canars que retiennent les eſtangs & la pairie, que pour les perdrix, corneilles, & tous autres oyſeaux qui y ſont en quantité : Mais ce qui rend ce plaiſir de chaſſe plus accomply, eſt, qu’en quelque temps que ce ſoit on en peut joüir ſans incommodité : car en eſté les vallons fourniſſent de rafraiſchiſſement aux coureurs, & en hyuer la courſe n’eſt que plus aiſée, à cauſe des ſablons qui y ſont en abondance ; C’eſtoient les cauſes qui y attiroient ce grand Comte, & les appas qui depuis ont tellement charmé nos Roys & autres Seigneurs qui l’ont cogneu, qu’ils n’ont pas eſtimé qu’il ſ’en peuſt trouuer prez Paris vn plus propre pour leurs plaiſirs & paſſe-temps : auſſi l’ont-ils ſouuent frequenté, comme on peut juger par deux articles de recepte que i’ay remarqué dans les anciens comptes du Domaine, l’vn deſquels eſt des pains que debuoient les habitans des Granges-le-Roy tous les ans à Noël ; & l’autre des gelines qu’ils debuoient quand le Roy venoit à Dourdan, car le pain ſeruoit pour nourrir les chiens qui eſtoient ordinairement ſur le lieu, & les gelines ſeruoient pour les oyſeaux de proye, qui n’y eſtoient apportez qu’auec les Roys : A quoy faut adjouſter, que par ces comptes ſe fait recepte de grande quantité de foins & d’auoines, & que par deux chapitres de deſpenſe il eſt clairement monſtré qu’ils auoient accouſtumé d’eſtre conſommez ſur le lieu par les cheuaux de l’Eſcurie des Roys. Or ſi les Roys n’y fuſſent allez que rarement, pourquoy y euſſent-ils eu des chiens ? & pourquoy euſſent-ils voulu ſ’aſſeurer de paſture pour leurs oyſeaux & pour leurs cheuaux ? Neantmoins (afin que ceſte propoſition demeure pour certaine, & ſoit ſans doute) ie déduiray cy-apres des exemples qui l’eſtabliront de tout poinct. Mais pour reuenir à Hugues le Grand : il auoit vne ſi grande paſſion pour Dourdan, qu’il la voulut eterniſer, & en laiſſer des teſmoignages à la poſterité, y rendant les derniers ſouſpirs de la vie, ou ſoit qu’il ſ’y fuſt fait porter eſtant malade, pour (à l’aide de la pureté de l’air) y recouurer ſa ſanté, ou qu’y eſtant pour ſes plaiſirs, la maladie l’y euſt ſurpris.