Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire/Le Rire/Les Causes du rire

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Texte établi par Henri Martineau, Le Divan (p. 326-327).

LES CAUSES DU RIRE[1]




Il me faut absolument rechercher les causes du rire.

Le spectateur tome 1 Ds 35.

Ride si sapis. Martial.

Riez si vous êtes sage.

M. Hobbes dans son discours sur la nature humaine, le meilleur de ses ouvrages : « La passion qui excite à rire n’est autre chose qu’une vaine gloire fondée sur la conception subite de quelque excellence qui se trouve en nous par opposition à l’infirmité des autres, ou à celle que nous avons eue autrefois. Car on rit de ses folies passées lorsqu’elles viennent tout d’un coup dans l’esprit, à moins qu’il n’y ait du déshonneur attaché. »

Molière a eu l’art d’avilir les personnages aux dépens desquels il veut nous faire rire[2].

Voltaire dit : Un malhonnête homme ne fera jamais rire parce que dans le rire il entre toujours de la gaieté, incompatible avec le mépris[3] et l’indignation.

Les surprises font le plus grand effet sur le théâtre :

Le Bouffon de Picard m’avait donné quelque éloignement pour le comique. Je sens combien j’avais tort, et vais rendre les deux hommes comiques.

Summa sequar fastigia rerum, prendre le trait principal de chaque chose que je veux peindre.

  1. Ce fragment a été écrit en l’an XI et se trouve dans R. 5896, tome 7. N. D. L. É.
  2. Mais point trop. Voltaire trop. Il fait haïr Frelon qu’il ne fallait que très ridicule.
  3. Il me semble faux que la gaîté soit incompatible avec le mépris. Je pense avec Hobbes qu’elle ne naît que du mépris.