Mon secret/Deuxième Dialogue

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Traduction par Victor Develay.
Librairie de la Bibliothèque nationale (p. 61-114).

Deuxième dialogue

Saint Augustin, Pétrarque.

S. Augustin. Sommes-nous assez reposés ?

Pétrarque. Comme il vous plaira.

S. Augustin. Quel courage et quelle confiance as-tu ? car l’espoir du malade n’est pas un léger indice de guérison.

Pétrarque. Je n’ai rien à attendre de moi : Dieu est mon espoir.

S. Augustin. C’est parler sagement. Je reviens maintenant à notre sujet. Tu es assiégé, tu es assailli de toutes parts et tu ignores encore le nombre et la puissance des ennemis qui t’environnent. De même que celui qui voit de loin une grosse armée se fait illusion en méprisant le petit nombre des ennemis ; mais, lorsque les cohortes se sont approchées et ont défilé distinctement sous ses yeux en l’éblouissant de leur éclat, sa frayeur augmente et il se repent de n’avoir pas craint suffisamment ; de même, quand j’aurai rassemblé sous tes yeux les maux qui t’accablent et t’entourent de tous côtés, tu rougiras de ne pas t’être affligé et de n’avoir pas craint autant qu’il le fallait, et tu seras moins étonné que ton âme, cernée partout, n’ait pu se faire jour à travers les bataillons ennemis. Tu verras clairement par combien de pensées contraires a été vaincue cette pensée salutaire vers laquelle je m’efforce de t’élever.

Pétrarque. Vous me faites frémir, car, puisque j’ai toujours reconnu la grandeur de mon péril, et que vous dites qu’il est tellement au-dessus de ce que j’imagine, que je n’ai presque rien craint au prix de ce que j’aurais dû craindre, quel espoir me reste-t-il ?

S. Augustin. Le désespoir est le dernier de tous les maux, et il est toujours trop tôt pour s’y abandonner. Je veux donc que tu saches d’abord qu’il ne faut point désespérer.

Pétrarque. Je le savais, mais la peur m’avait ôté la mémoire.

S. Augustin. Maintenant, tourne tes yeux et ton esprit vers moi, et, pour me servir des termes de ton poète favori : Vois quels peuples se liguent, quelles villes, à l’abri de leurs remparts, aiguisent le fer contre toi et pour la perte des tiens[1] ; vois quels pièges le monde te tend, combien de vaines espérances voltigent autour de toi, et combien de soins superflus t’accablent. Et d’abord, pour commencer par ce qui a précipité dans l’abîme, à l’origine de la création, les esprits les plus nobles, il te faut bien prendre garde de les suivre dans leur chute. Que de choses qui élèvent ton esprit sur des ailes funestes, et, sous prétexte d’une noblesse innée te faisant oublier souvent ta fragilité, te fatiguent, t’occupent, t’agitent, ne te permettent point d’autre pensée, et font que, plein d’orgueil, comptant sur tes propres forces, tu t’applaudis toi-même jusqu’à haïr le Créateur ! Ces choses, fussent-elles sublimes et telles que tu te les figures, auraient dû t’induire, non à l’orgueil mais à l’humilité, en te rappelant que ces privilèges t’ont été octroyés sans aucun mérite de ta part. Qui rend les cœurs des sujets plus soumis, je ne dirai pas au Maître éternel, mais au maître temporel, sinon ses marques de libéralité qu’aucun mérite n’a provoquées ? Ils s’efforcent alors de répondre par de bonnes actions à cette libéralité qu’ils auraient dû prévenir.

Maintenant il te sera très facile de voir combien sont minces les avantages dont tu es fier. Tu comptes sur ton intelligence et sur tes nombreuses lectures, tu te glorifies de ta faconde, et tu es charmé de la beauté d’un corps périssable. Ne sens-tu pas en combien de circonstances l’intelligence te fait défaut et dans combien d’espèces d’arts tu ne pourrais égaler l’habileté des hommes les plus vils ? Il y a plus : tu trouveras des animaux minuscules et inconnus dont tu ne pourras aucun prix imiter les ouvrages.

Va maintenant te vanter de ton intelligence ! Quant à tes lectures, à quoi t’ont-elles servi ? De tout ce que tu as lu, qu’est-il resté dans ton esprit pour y germer et produire des fruits à propos ? Fouille soigneusement dans ta mémoire, tu verras que tout ce que tu sais, rapproché de ce que tu ignores, est comme un petit ruisseau que tarit l’ardeur d’un soleil d’été, comparé à l’Océan. D’ailleurs, à quoi bon toutes ces connaissances si, après avoir étudié la configuration du ciel et de la terre, l’étendue de la mer, le cours des astres, les propriétés des plantes et des pierres, les secrets de la nature, vous ne vous connaissez pas vous-mêmes ? si, après avoir découvert, à la faveur de l’Écriture, le sentier droit et escarpé de la vertu, la passion vous égare dans des voies obliques ? si, après avoir appris par cœur les hauts faits des hommes célèbres de tous les temps, vous ne vous inquiétez pas de vos actions journalières ?

Que dirai-je de l’éloquence ? N’avoues-tu pas toi-même qu’elle t’a souvent déçu ? Or, qu’importe que ton discours obtienne peut-être l’approbation des auditeurs si ton jugement le condamne ? Quoique l’applaudissement de l’auditoire semble un fruit de l’éloquence non à dédaigner, si l’applaudissement intérieur de l’orateur lui fait défaut, quel plaisir peut offrir ce bruit banal ? Comment plairas-tu aux autres en parlant si tu ne plais d’abord à toi-même ? Si donc tu as été frustré quelquefois de la gloire de l’éloquence que tu espérais, c’est pour te démontrer par un argument facile de quelle ineptie venteuse tu t’enorgueillissais. Je le demande, qu’y a-t-il de plus puéril, ou, pour mieux dire, de plus insensé, dans une telle incurie et une telle négligence de toutes choses, de perdre son temps à arranger des phrases, et les yeux fermés sur ses défauts, de s’infatuer de ses paroles, à l’exemple de certains petits oiseaux qui, dit-on, se grisent de la douceur de leur chant jusqu’à en crever ? Et pour te faire rougir davantage, il t’est arrivé souvent de n’avoir pu exprimer par des mots des choses journalières et vulgaires que tu jugeais au-dessous de ton éloquence. Que d’objets dans la nature auxquels manque le nom propre ! De plus, combien en est-il dont, malgré une dénomination exacte, l’éloquence humaine (tu le sens avant d’en avoir fait l’épreuve) est impuissante à rendre la beauté ! Que de fois t’ai-je entendu te plaindre, que de fois t’ai-je vu muet et mécontent, parce que ni ta langue ni ta plume ne pouvaient exprimer suffisamment des idées qui, à la réflexion, étaient très claires et très compréhensibles ! Quelle est donc cette éloquence si bornée et si faible qui n’embrasse pas tout et qui ne serre pas ce qu’elle a embrassé ?

Les Grecs vous reprochent, et à votre tour vous reprochez aux Grecs, la disette des mots. Sénèque, à la vérité, leur croit un vocabulaire plus riche ; mais Cicéron dit au commencement de son traité Des Biens et des Maux : Pour moi, je ne puis me demander assez d’où vient un si étrange dédain pour notre littérature nationale. Ce n’est point le lieu de traiter ici un pareil sujet ; mais je suis convaincu et j’ai souvent soutenu que la langue latine non seulement n’est point pauvre, comme on le croit communément, mais qu’elle est même plus riche que la langue grecque[2]. Et discourant là-dessus en plusieurs endroits, il s’est écrié dans ses Tusculanes : Ô Grèce ! qui te crois toujours un vocabulaire si riche, que tu es pauvre d’expressions[3] ! Il a dit cela d’un ton plein d’assurance, en homme qui se savait le prince de l’éloquence latine et qui osait déjà déclarer la guerre à la Grèce pour la gloire littéraire. Ajoutons que Sénèque, cet admirateur de la langue grecque, a écrit dans ses Déclamations : Tout ce que l’éloquence romaine peut opposer ou préférer à la Grèce arrogante a fleuri du temps de Cicéron[4]. Éloge magnifique, mais sans contredit plein de vérité. Il existe donc, comme tu vois, au sujet de la primauté de l’éloquence, une grande controverse non seulement entre vous et les Grecs, mais encore entre les plus savants des nôtres. Il en est dans notre camp qui tiennent pour les Grecs, comme il en est peut-être dans le leur qui tiennent pour nous, à en juger par ce que l’on rapporte de l’illustre philosophe Plutarque. Enfin, notre Sénèque, tout en rendant justice à Cicéron, comme je viens de le dire, forcé par la majesté d’un langage si harmonieux, décerne pour le reste la palme à la Grèce. Cicéron est d’un avis contraire. Si tu veux savoir mon sentiment à cet égard, je trouve qu’ils sont dans le vrai l’un et l’autre en taxant de pauvreté les langues de la Grèce et de l’Italie. Si l’on a raison de parler ainsi de ces deux pays si fameux, que peuvent espérer les autres ? Considère après cela quelle confiance tu peux avoir dans ton habileté quand un pays entier, dont tu n’es qu’une infime parcelle, offre une telle pénurie de langage. Tu rougiras d’avoir perdu tant de temps pour une chose qu’il est impossible d’acquérir et dont l’acquisition serait inutile.

Mais pour passer maintenant à d’autres sujets, tu es infatué de tes avantages physiques, et tu ne vois pas à quels périls ils t’exposent. Qu’est-ce qui te plaît dans ta personne ? Est-ce la vigueur ou la bonne santé ? Mais rien n’est plus fragile ; la fatigue qu’engendrent les moindres causes, les divers accès des maladies, la piqûre d’un vermisseau, un simple courant d’air et mille autres accidents de ce genre en sont la preuve. Serais-tu, par hasard, trompé par l’éclat de ta beauté, et en voyant le teint ou les traits de ton visage, serais-tu émerveillé, charmé, ravi ? L’histoire de Narcisse ne t’a point effrayé. La considération de la laideur du corps ne t’a point averti combien tu étais vil au dedans, et, content de voir l’enveloppe extérieure, tu n’étends point au delà les regards de l’intelligence. Pourtant, à défaut des autres indices, qui sont innombrables, le cours agité de ta vie, qui t’enlève chaque jour quelque chose, aurait dû te montrer avec la dernière évidence que cette fleur est aussi caduque et périssable. Et si, par hasard (ce que tu n’oseras dire), tu te crois invincible à l’âge, aux maladies et à tout ce qui altère la beauté du corps, tu n’as point oublié du moins celle qui à la fin renverse tout, et tu as dû graver, au fond de ta mémoire, ce mot du satirique : La mort seule fait voir combien l’homme est petit[5].

Voilà, si je ne me trompe, les causes qui, en te gonflant d’orgueil, t’empêchent d’envisager la bassesse de ta condition et de songer à la mort. Il y en a encore d’autres que je me propose maintenant de passer en revue.

Pétrarque. Arrêtez-vous un peu, je vous prie, de peur qu’accablé sous le poids de tant de reproches, je ne puisse me lever pour répondre.

S. Augustin. Parle donc, je m’arrêterai volontiers.

Pétrarque. Vous ne m’avez pas médiocrement surpris on me reprochant une foule de choses qui, j’en ai la certitude, ne sont jamais entrées dans mon âme. « Je me fie, dites-vous, sur mon esprit. » Mais, assurément, la seule marque que j’ai donnée d’un peu d’esprit, c’est de n’avoir point compté sur mon esprit. M’enorgueillirais-je de la lecture des livres, qui m’a procuré, avec un peu de savoir, mille soucis ? Dira-ton que j’ai recherché la gloire de l’éloquence, moi qui, comme vous l’avez dit vous-même, m’indigne surtout de ce qu’elle ne peut répondre à mes conceptions ? À moins que vous n’ayez envie de m’éprouver, vous savez que j’ai toujours eu le sentiment de ma petitesse, et que si, par hasard, j’ai cru être quelque chose, cette pensée a pu me venir quelquefois en considérant l’ignorance d’autrui : car, comme je le dis souvent, nous en sommes réduits à reconnaître, suivant le mot célèbre de Cicéron, que nous valons plutôt par l’imbécillité des autres que par notre mérite. Mais, fussé-je comblé des avantages dont vous me parlez, qu’y aurait-il là de si magnifique pour en tirer vanité ? Je ne suis point assez oublieux de moi-même, ni assez léger, pour me laisser agiter par de tels soucis. À quoi servent, en effet, l’intelligence, la science et l’éloquence, si elles ne sont d’aucun remède aux maladies qui rongent l’âme ? Je me souviens d’avoir, dans une certaine lettre, exposé mes plaintes à ce sujet.

Quant à ce que vous avez dit quasi sérieusement des avantages physiques, cela m’a fait sourire. Moi, avoir fait fond sur ce corps mortel et périssable dont je sens tous les jours les ravages ? Dieu m’en préserve ! j’avoue que, dans ma jeunesse, j’ai pris soin de m’arranger les cheveux et de m’orner le visage ; mais ce goût a disparu avec mes premières années, et je reconnais maintenant la vérité du mot de l’empereur Domitien, qui, parlant de lui-même dans une lettre à un ami, et se plaignant de la fuite si rapide de la beauté du corps : Sachez, dit-il, que rien n’est plus agréable ni plus éphémère que la beauté[6].

S. Augustin. Je pourrais réfuter longuement ce que tu viens de dire ; toutefois je préfère que ta conscience, plutôt que mes paroles, te fasse rougir. Je ne m’opiniâtrerai pas, je n’arracherai point la vérité par des tortures ; mais, comme font les vengeurs généreux, content d’une simple négation, je te prierai d’éviter à tout prix, dorénavant, ce que tu prétends n’avoir pas fait jusqu’à présent. Si par hasard la beauté de ton visage vient à tenter ton âme, songe à ce que deviendront bientôt ces membres qui te plaisent maintenant, comme ils seront laids et hideux, quelle répulsion ils te causeraient à toi-même si tu pouvais les revoir. Puis, redis-toi souvent cette maxime philosophique : je suis né pour une destinée plus haute que celle d’être l’esclave de mon corps[7].

Assurément c’est le comble de la folie de voir les hommes se négliger eux-mêmes pour choyer le corps et les membres dans lesquels ils habitent. Si quelqu’un est enfermé pour un peu de temps dans une prison ténébreuse, humide et empestée, à moins d’avoir perdu le sens, ne se gardera-t-il pas, autant que possible, de tout contact avec les murs et le sol ? et devant sortir bientôt, n’attendra-t-il pas en dressant l’oreille l’arrivée de son libérateur ? Si, renonçant à ces précautions, couvert de fange et plongé dans les ténèbres, il craint de sortir de sa prison ; s’il met tous ses soins à peindre et à orner les murs qui l’entourent, essayant en vain de surmonter la nature d’un lieu d’où suinte l’humidité, ne passera-t-il pas avec raison pour un fou et un malheureux ? Eh bien ! vous connaissez et vous aimez votre prison, malheureux que vous êtes ! et, à la veille d’en sortir ou du moins d’en être arrachés, vous vous y fixez, vous appliquant à orner ce que vous auriez dû haïr, comme tu l’as fait dire toi-même, dans ton Afrique, au père du grand Scipion : Nous haïssons des liens et des chaînes qui nous sont connus ; nous craignons ces entraves de la liberté ; nous aimons ce que nous sommes maintenant[8]. À merveille, pourvu que ce que tu fais dire aux autres tu te le dises à toi-même. Mais je ne puis dissimuler un mot de ton discours qui te semblera peut-être très humble et qui me paraît à moi très arrogant.

Pétrarque. Si je me suis exprimé orgueilleusement je le regrette ; mais si l’âme est la régulatrice des actions et des paroles, elle m’est témoin que je n’ai rien dit d’arrogant.

S. Augustin. Déprécier les autres est un genre d’orgueil beaucoup plus insupportable que de s’élever soi-même plus qu’on ne doit. J’aurais bien préféré te voir exalter les autres et te mettre au-dessus d’eux plutôt que de fouler aux pieds tout le monde, et par un raffinement d’orgueil, te forger un bouclier d’humilité avec le mépris d’autrui.

Pétrarque. Prenez-le comme vous voudrez, je professe peu d’estime pour moi et pour les autres. J’ai honte de dire ce que je pense, après expérience faite, de la majeure partie des hommes.

S. Augustin. Il est très sage de se mépriser soi-même ; mais il est très dangereux et très inutile de mépriser les autres. Mais passons au reste. Sais-tu ce qui te détourne encore ?

Pétrarque. Dites tout ce qui vous plaira, pourvu que vous ne m’accusiez point d’envie.

S. Augustin. Plût à Dieu que l’orgueil ne t’eût pas nui plus que l’envie ! Selon moi, tu es exempt de ce vice ; mais j’en ai d’autres à te reprocher.

Pétrarque. Vous ne me troublerez désormais par aucune accusation. Dites-moi franchement tout ce qui m’égare.

S. Augustin. L’appétit des choses temporelles.

Pétrarque. Allons donc ! Je n’ai jamais rien entendu de plus absurde.

S. Augustin. Te voilà tout troublé ; tu as oublié ta promesse. Il n’est pourtant pas question de l’envie.

Pétrarque. Non, mais de la cupidité, et je ne crois pas que personne soit plus éloigné que moi de ce vice.

S. Augustin. Tu te justifies beaucoup ; mais, crois-moi, tu n’es point aussi étranger à ce défaut qu’il te semble.

Pétrarque. Moi, je ne suis point exempt du reproche de cupidité ?

S. Augustin. Ni même de celui d’ambition.

Pétrarque. Allons, maltraitez-moi, redoublez, faites l’office d’accusateur ; j’attends quel nouveau coup vous voulez me porter.

S. Augustin. Tu appelles accusation et coup le propre témoignage de la vérité. Le satirique a bien raison de dire : On sera accusateur en disant la vérité[9]. Et ce mot du poète comique n’est pas moins vrai : La complaisance fait des amis, la franchise des ennemis[10]. Mais dis-moi, je te prie, à quoi bon ces inquiétudes et ces soucis qui te rongent ? Était-il nécessaire, dans une vie si courte, d’ourdir de si longues espérances ? La brièveté de la vie nous défend de caresser un long espoir[11]. Tu lis cela souvent, mais tu n’en tiens pas compte. Tu me répondras, j’imagine, que c’est par un tendre intérêt pour tes amis, et tu trouveras un beau prétexte à ton erreur ; mais quelle démence, pour être l’ami d’autrui, de se faire la guerre a soi-même et de se traiter en ennemi !

Pétrarque. Je ne suis ni assez avare ni assez inhumain pour ne point m’intéresser à mes amis, surtout à ceux que la vertu ou le mérite me concilient, car il en est que j’admire, que je vénère, que j’aime et que je plains ; mais, d’un autre côté, je ne suis point assez généreux pour me ruiner à cause de mes amis. Je désire ménager, afin d’assurer ma subsistance pendant que je vivrai, et (pour me couvrir du bouclier d’Horace, puisque vous m’attaquez avec les traits d’Horace) je vise à avoir suffisamment de livres et une provision de grains pour l’année, afin de ne pas vivre inquiet au jour le jour[12]. Et comme je tiens, suivant le même poète, à ce que ma vieillesse ne soit ni honteuse ni privée de la lyre[13] et que je crains beaucoup les écueils d’une longue vie, je pourvois de loin à ce double vœu, et j’entremêle aux travaux des Muses le soin de mes affaires domestiques. Mais je le fais avec tant d’indifférence qu’il est bien évident que je suis forcé de descendre à de pareilles occupations.

S. Augustin. Je vois combien ces prétextes qui servent d’excuse à ta folie ont pénétré profondément dans ton âme. Pourquoi n’y as-tu pas gravé également ces paroles du satirique : À quoi servent ces richesses amassées par tant de tourments ? N’est-ce pas une folie avérée, une véritable frénésie, que de vivre manquant de tout pour mourir opulent[14] ? Sans doute, c’est parce que tu trouves qu’il est plus beau de mourir dans un linceul de pourpre, de reposer dans un tombeau de marbre, et de laisser à tes héritiers le soin de se disputer une opulente succession que tu désires les richesses qui procurent de tels avantages. C’est une peine inutile et, si tu m’en crois, insensée. Si tu envisages la nature humaine en général, tu remarqueras qu’elle se contente de peu, et, si tu considères la tienne en particulier, il n’est presque personne qui se contentât de moins, si tu n’étais pas aveuglé par les préjugés. Le poète avait en vue les mœurs populaires, ou peut-être le caractère de son personnage[15], lorsqu’il a dit : Mes tristes aliments sont des baies sauvages, le fruit pierreux du cornouiller et des herbes arrachées avec leurs racines[16]. Tu avoueras, au contraire, qu’il n’y a rien de plus doux et de plus agréable pour toi qu’un tel régime, si tu consultes tes goûts, et non les lois d’un monde insensé. Pourquoi donc te tourmenter ? Si tu te règles sur ta nature, tu étais riche depuis longtemps, mais tu ne pourras jamais être riche au gré du monde ; il te manquera toujours quelque chose, et, en le poursuivant, tu seras entraîné à travers les précipices des passions.

Te souvient-il avec quel plaisir tu errais jadis dans une campagne retirée ? Tantôt, couché sur le lit de gazon des prairies, tu écoutais le murmure de l’eau luttant contre les cailloux ; tantôt, assis sur une colline découverte, tu mesurais librement du regard la plaine étendue à tes pieds ; tantôt, goûtant un doux sommeil sous les ombrages d’un vallon exposé au midi, tu jouissais d’un silence désiré. Jamais oisif, tu ruminais toujours dans ton esprit quelque haute pensée ; accompagné des Muses seules, tu n’étais seul nulle part ; enfin à l’exemple du vieillard de Virgile, qui croyait égaler l’opulence des rois, et le soir en rentrant dans sa chaumière, chargeait sa table de mets qui ne lui coûtaient rien[17] ; au coucher du soleil, regagnant ton humble toit et content de tes biens, ne te trouvais-tu pas de beaucoup le plus riche et le plus heureux de tous les mortels ?

Pétrarque. Hélas ! je me le rappelle maintenant et le souvenir de ce temps-là me fait soupirer.

S. Augustin. Pourquoi soupires-tu ? et quel est l’auteur insensé de tes maux ? C’est assurément ton esprit qui a rougi d’obéir si longtemps aux lois de sa nature, et qui a cru être esclave en ne brisant pas son frein. Il t’entraîne maintenant avec impétuosité, et, si tu ne serres pas la bride, il te précipitera dans la mort. Depuis que tu as commencé à être dégoûté des baies de tes arbustes, qu’une mise simple et que la société des paysans t’ont déplu, poussé par la cupidité, tu es retombé au milieu du tumulte des villes. On lit sur ton front et dans tes paroles quelle vie heureuse et tranquille tu y mènes, car que de misères n’y as-tu pas vues ? Trop rebelle aux dures leçons de l’expérience, tu hésites encore ! Ce sont sans doute les liens de tes péchés qui te retiennent, et Dieu permet que là où tu as passé ta jeunesse sous la férule d’autrui, devenu ton maître, tu y traînes une vieillesse misérable. J’étais certainement à tes côtés lorsque tout jeune encore, sans cupidité, sans ambition, tu promettais de devenir un grand homme. Maintenant tes mœurs ayant changé, hélas ! plus tu approches du terme, plus tu amasses soigneusement le reste de ton viatique. Que reste-t-il donc, sinon que le jour de ta mort (qui peut-être est proche et qui certainement ne saurait être loin), dévoré de la soif de l’or, on te trouve agonisant penché sur le calendrier ? Car les intérêts qui s’accroissent chaque jour doivent nécessairement atteindre au dernier jour un chiffre considérable et un taux défendu.

Pétrarque. Si, prévoyant d’avance la pauvreté de la vieillesse, j’amasse des ressources pour cet âge fatigué, qu’y a-t-il là de si répréhensible ?

S. Augustin. Ô soucis ridicules et négligence insensée de songer anxieusement à un âge où tu n’arriveras peut-être jamais, et où certainement tu ne resteras qu’un temps très court, et d’oublier le terme où il faudra arriver nécessairement, et où il n’y aura plus de remède quand on y sera parvenu ! Mais, par une habitude exécrable, vous vous occupez de ce qui passe, vous négligez ce qui est éternel. Quant à cette erreur de chercher un bouclier contre la pauvreté de la vieillesse, elle t’a été suggérée sans doute par ce vers de Virgile : Et ta fourmi qui craint la vieillesse indigente[18]. Tu l’as donc prise pour modèle et tu es d’autant plus excusable que le satirique a dit : Quelques-uns même, à l’exemple de la fourmi, redoutent le froid et la faim[19]. Mais, si tu ne te bornes pas à l’enseignement de la fourmi, tu reconnaîtras qu’il n’y a rien de plus triste et de plus absurde que d’endurer toujours la pauvreté pour ne pas l’endurer un jour.

Pétrarque. Quoi donc ! me conseillez-vous la pauvreté ? Je ne la souhaite pas, mais je la supporterais vaillamment si la fortune, qui bouleverse les choses humaines, m’y réduisait.

S. Augustin. Je pense que l’on doit chercher dans toute condition un juste milieu. Je ne te ramène donc pas aux maximes de ceux qui disent : Le pain et l’eau suffisent à la vie de l’homme ; avec cela, personne n’est pauvre ; quiconque ne désire rien de plus rivalisera de félicité avec Jupiter même[20]. Non je ne borne point la vie humaine au pain sec et à l’eau de rivière : ce sont là des maximes aussi outrées qu’importunes et odieuses à entendre. Aussi par égard pour ta faiblesse, je ne te commande pas d’étouffer la nature, mais de la réprimer. Ton avoir suffisait à tes besoins si tu avais su te suffire à toi-même ; maintenant c’est toi qui es l’auteur de l’indigence que tu subis. Accumuler des richesses, c’est accumuler les nécessités et les soucis. Cette vérité a été soutenue tant de fois qu’il n’est pas besoin de nouvelles preuves. Quelle étrange erreur, quelle déplorable aveuglement de la part de l’âme humaine, d’une nature si noble et d’une origine céleste, de négliger les choses du ciel, pour convoiter les métaux de la terre ! Songe à cela, je te prie, et affermis les regards de ton âme, de peur que l’éclat rayonnant de l’or ne les éblouisse. Chaque fois que, tiré par les grappins de la cupidité, tu descends de tes hautes méditations à ces basses pensées, ne te sens-tu pas précipité du ciel sur la terre et du sein des astres plongé dans un abîme profond ?

Pétrarque. Je le sens, à la vérité, et l’on ne saurait dire combien je suis brisé dans ma chute.

S. Augustin. Pourquoi ne crains-tu donc pas ce que tu as éprouvé tant de fois ? et, quand tu t’es élevé vers les choses d’en haut, que n’y restes-tu fixé solidement ?

Pétrarque. Je fais bien pour cela tous mes efforts ; mais, comme les exigences de la condition humaine me secouent, je suis arraché malgré moi. Ce n’est pas sans raison, j’imagine, que les anciens poètes ont dédié à deux divinités la double colline du Parnasse : ils ont voulu implorer d’Apollon, qu’ils nommaient le dieu du génie, les ressources intérieures de l’intelligence, et de Bacchus la suffisance des choses extérieures. Cette manière de voir m’a été suggérée, non seulement par les leçons de l’expérience, mais par les nombreux témoignages d’hommes très savants qu’il est inutile de vous citer. Aussi, quoique la pluralité des dieux soit ridicule, cette opinion des poètes n’est point tout à fait dénuée de sens. En la rapportant à un seul Dieu, d’où vient tout secours opportun, je ne crois point déraisonner, à moins que vous ne pensiez autrement.

S. Augustin. Je ne nie pas qu’en cela tu aies raison, mais je m’indigne de ce que tu partages si mal ton temps. Tu avais destiné jadis ta vie tout entière à d’honorables travaux : si tu étais forcé d’employer du temps à d’autres occupations, tu le regardais comme perdu ; mais, maintenant, tu n’accordes au beau que les instants dérobés à l’avarice. Qui ne désire parvenir à cet âge avancé qui fait ainsi varier les desseins des hommes ? Mais quel en sera le terme ou la mesure ? Plante une borne devant toi, et, quand tu l’auras atteinte, arrête-toi et respire enfin. Tu sais que cette parole, sortie d’une bouche humaine, a la puissance d’un oracle : L’avare manque toujours de tout ; mets une limite à tes vœux[21]. Or, quelle sera la limite de tes désirs ?

Pétrarque. Ni être dans le besoin, ni regorger de biens ; ni commander, ni obéir aux autres : voilà ma devise.

S. Augustin. Il faut dépouiller l’humanité et devenir Dieu, pour ne manquer de rien. Ignores-tu que, de tous les animaux, l’homme est celui qui a le plus de besoins ?

Pétrarque. Je l’avais entendu dire bien des fois, mais je voudrais m’en rafraîchir la mémoire.

S. Augustin. Vois-le nu et informe, naissant dans les vagissements et les larmes, consolé par quelques gouttes de lait, tremblant et rampant, ayant besoin d’une main étrangère, nourri et vêtu par la brute, le corps débile, l’esprit inquiet, assailli par des maladies de toutes sortes, sujet à des passions innombrables, privé de raison, agité tour à tour par la joie et par la tristesse, n’étant pas maître de soi, incapable de modérer ses appétits, ignorant ce qui lui est utile et dans quelle proportion cela lui est utile, ne sachant se borner dans le boire et le manger, obligé de se procurer à grand’peine des aliments que les autres animaux ont à leur portée, alourdi par le sommeil, gonflé par la nourriture, enivré par la boisson, exténué par les veilles, resserré par la faim, desséché par la soif, avide et timide, dégoûté de ce qu’il a, regrettant ce qu’il a perdu, inquiet tout à la fois du présent, du passé et de l’avenir, plein d’orgueil dans sa misère et connaissant sa fragilité, inférieur aux plus vils vermisseaux, sa vie est courte, ses jours sont incertains, sa destinée est inévitable et il est exposé à mille genres de mort.

Pétrarque. Vous avez entassé tant de misères et de privations que je regrette presque d’être venu au monde.

S. Augustin. Au milieu d’une si grande faiblesse et d’une si profonde indigence des hommes, tu rêves une richesse et une puissance dont n’ont jamais joui complètement ni les Césars, ni les rois.

Pétrarque. Qui s’est servi de ces mots-là ? Qui a parlé de richesse ou de puissance ?

S. Augustin. Mais quelle plus grande richesse que de ne manquer de rien ? quelle plus grande puissance que de ne dépendre de personne ? Certes les rois et les maîtres de la terre, que tu crois si opulents, manquent d’une foule de choses. Les chefs d’armée eux-mêmes dépendent de ceux auxquels ils semblent commander, et tenus en échec par leurs légions armées, celles qui les rendent redoutables les font trembler à leur tour. Cesse donc de rêver l’impossible, et content du sort de l’humanité, apprends à vivre dans le besoin et dans l’abondance, à commander et à obéir, sans vouloir avec de pareilles idées secouer le joug de la fortune qui pèse sur la tête dos rois. Ce joug, tu n’en seras affranchi que lorsque, faisant litière des passions humaines, tu te seras soumis entièrement à l’empire de la vertu. C’est alors que tu seras libre, ne manquant de rien, indépendant, en un mot roi, véritablement puissant et parfaitement heureux.

Pétrarque. Je regrette maintenant le passé, et je désire ne rien désirer ; mais je suis entraîné par une mauvaise habitude, et je sens toujours un certain vide au fond de mon cœur.

S. Augustin. Voilà, pour en revenir à notre sujet, voilà ce qui te détourne de la pensée de la mort. C’est ce qui fait qu’embarrassé par les soucis de la terre, tu ne lèves point tes regards en haut. Si tu m’en crois, tu rejetteras ces soucis qui sont comme des fardeaux mortels pour l’âme et cela ne te sera pas bien difficile si tu te règles sur ta nature et si tu te laisses conduire et gouverner par elle plutôt que par les folies du vulgaire.

Pétrarque. Je le ferai bien volontiers, mais je désire depuis longtemps entendre ce que vous avez commencé à dire sur l’ambition.

S. Augustin. Pourquoi me demander ce que tu peux faire toi-même ? Sonde ton cœur, tu verras que, parmi les autres vices, l’ambition n’occupe pas la dernière place.

Pétrarque. Il ne m’a donc servi à rien d’avoir fui les villes quand j’ai pu ; d’avoir méprisé le monde et les affaires publiques, d’avoir recherché le fond des bois et le silence des champs, d’avoir témoigné de l’aversion pour de vains honneurs : on m’accuse encore d’ambition !

S. Augustin. Vous renoncez à bien des choses, vous autres mortels, non parce que vous les méprisez, mais parce que vous désespérez de pouvoir les obtenir. L’espoir et le désir s’excitent par des aiguillons réciproques, au point que, l’un se refroidissant, l’autre s’attiédit, et l’un s’échauffant, l’autre bouillonne.

Pétrarque. Qu’est-ce qui m’empêchait d’espérer, je vous prie ? Étais-je donc dépourvu de toute qualité ?

S. Augustin. Je ne parle pas de tes qualités ; mais tu n’avais pas assurément celles à l’aide desquelles, aujourd’hui surtout, on monte à de hauts degrés : je veux dire l’art de s’introduire dans les palais des grands, de flatter, de tromper, de promettre, de mentir, de feindre, de dissimuler et de supporter toutes sortes d’avanies et d’indignités. Privé de ces qualités et d’autres semblables, et convaincu que tu ne pouvais vaincre la nature, tu t’es dirigé ailleurs. Tu as agi prudemment et sagement, car, comme dit Cicéron, combattre contre les dieux à la façon des géants, qu’est-ce sinon lutter contre la nature[22] ?

Pétrarque. Fi des grands honneurs s’ils s’acquièrent par de tels moyens !

S. Augustin. C’est parler d’or, mais tu ne m’as pas convaincu de ton innocence, car tu n’affirmes pas n’avoir point désiré les honneurs, quoique tu dises abhorrer les ennuis que cause leur recherche, de même qu’il ne dédaigne point d’avoir vu Rome celui qui, effrayé des fatigues du voyage, recule devant son entreprise. Note bien que tu n’as pas reculé, comme tu sembles le croire et tu essayes de me le persuader. Ne te cache point avec le doigt, comme dit le proverbe : toutes tes pensées, toutes tes actions sont devant mes yeux, et quand tu te glorifies d’avoir fui les villes et aimé les forêts, je n’y vois point une excuse, mais un changement de culpabilité. On parvient au même but par plusieurs chemins, et crois-moi, quoique tu aies quitté la route frayée par le vulgaire, tu te diriges par un sentier détourné vers cette même ambition que tu dis avoir méprisée, et où te conduisent le repos, la solitude, l’insouciance absolue des choses humaines, et tes travaux, qui jusqu’à présent ont pour objet la gloire.

Pétrarque. Vous m’acculez dans un coin d’où je pourrais m’esquiver ; mais comme le temps est court et qu’il faut le partager entre beaucoup de choses, continuons, s’il vous plaît.

S. Augustin. Suis-moi donc, je vais devant. Ne parlons point de la gourmandise, pour laquelle tu n’as aucun penchant, à moins qu’une aimable réunion d’amis ne vienne quelquefois t’inviter au plaisir de la table. Mais je ne crains rien de ce côté-là, car, lorsque la campagne a recouvré son habitant arraché aux villes, ces tentations disparaissent tout à coup, et, une fois écartées, j’ai remarqué avec plaisir, je l’avoue, que tu vis de telle sorte que tu dépasses on sobriété et en tempérance tes amis particuliers et communs. Je laisse aussi de côté la colère. Quoique tu t’emportes souvent plus que de raison, aussitôt grâce à ton caractère naturellement doux, tu as coutume de dompter les mouvements de ton âme, en te rappelant le conseil d’Horace : La colère est une courte folie. Maîtrise la passion : si elle n’obéit pas, elle commande ; mets-lui un frein, enchaine-la[23].

Pétrarque. Cette parole du poète et d’autres réflexions philosophiques du même genre m’ont un peu servi, je l’avoue ; mais ce qui m’a servi surtout, c’est la pensée de la brièveté de la vie. Quelle rage, en effet, que d’employer à haïr les hommes et à leur nuire le peu de jours que nous passons parmi eux ? Viendra bientôt le jour suprême, qui éteindra cette flamme dans les cœurs humains, qui mettra un terme aux haines, et si nous ne souhaitons à notre ennemi rien de plus cruel que la mort, qui accomplira notre coupable vœu. Ainsi, à quoi bon se perdre soi-même et perdre les autres ? à quoi bon laisser échapper la meilleure partie d’un temps si court ? Quand les jours destinés aux joies honnêtes du présent et aux méditations de la vie future y suffisent à peine, malgré la plus grande parcimonie, à quoi bon les priver de leur usage nécessaire et propre, et les convertir pour nous et pour les autres en des instruments de tristesse et de mort ? Cette réflexion m’a servi à ce point que sous l’impulsion de la colère, je ne tombais pas tout à fait, et que, si je venais à tomber, je me relevais aussitôt ; mais jusqu’à présent aucun effort n’a pu m’empêcher d’être agité par le vent de la colère.

S. Augustin. Comme je ne crains pas que ce vent te fasse faire naufrage, ni à toi ni à d’autres, je consens volontiers que, sans atteindre aux promesses des stoïciens, qui se font fort d’extirper les maladies de l’âme, tu te contentes en cela de l’adoucissement des péripatéticiens. Laissant donc ces défauts de côté pour le moment, j’ai hâte d’en venir à d’autres plus dangereux et contre lesquels tu devras te tenir en garde avec beaucoup plus de soin.

Pétrarque. Bon Dieu ! Que reste-t-il encore de plus dangereux ?

S. Augustin. De quels feux la luxure ne t’embrase-t-elle pas ?

Pétrarque. De feux si violents parfois que je regrette bien de ne pas être né insensible. J’aimerais mieux être une pierre inerte que d’être tourmenté par tant d’aiguillons de la chair.

S. Augustin. Eh bien ! voilà ce qui te détourne le plus de la pensée des choses divines. Car qu’enseigne la doctrine céleste de Platon, sinon qu’il faut éloigner l’âme des passions du corps et supprimer les fantômes pour qu’elle s’élève pure et libre à la contemplation des mystères de la divinité, à laquelle se rattache la pensée de sa propre mortalité ? Tu sais ce que je veux dire, et tu as appris cela dans les livres de Platon, à la lecture desquels, disais-tu tout à l’heure, tu t’es adonné avec avidité.

Pétrarque. Je m’y étais adonné, je l’avoue, avec un vif espoir et un grand désir ; mais la nouveauté d’une langue étrangère et l’éloignement précipité de mon maître[24] ont coupé court à mon projet. Du reste, cette doctrine dont vous me parlez m’est très connue par vos ouvrages et par les écrits des autres platoniciens.

S. Augustin. Peu importe de qui tu as appris la vérité, quoique l’autorité du maître exerce souvent une grande influence.

Pétrarque. Il en exerce sur moi une très grande, l’homme dont Cicéron a dit, dans ses Tusculanes, cette parole qui est restée gravée au fond de mon âme : Quand Platon ne donnerait aucune preuve (voyez quelle déférence j’ai pour lui) son autorité seule me ferait céder[25]. Souvent en pensant à ce divin génie, il m’a paru injuste, puisque les pythagoriciens dispensent leur chef de rendre compte, que Platon fût soumis à cette obligation. Mais, pour ne point m’écarter du sujet, l’autorité, la raison et l’expérience m’ont depuis longtemps tellement recommandé cet axiome de Platon que je ne crois pas que l’on puisse rien dire de plus vrai ni de plus religieux. Chaque fois que je me suis relevé, grâce à la main que Dieu m’a tendue, j’ai reconnu avec un charme immense et incroyable ce qui m’avait servi alors et ce qui m’avait nui auparavant ; maintenant que je suis retombé de mon propre poids dans mes anciennes misères, je sens avec une vive amertume ce qui m’a perdu de nouveau. Je dis cela pour que vous ne soyez point surpris que j’aie mis en pratique cette maxime de Platon.

S. Augustin. Je n’en suis point surpris, car j’ai été témoin de tes luttes ; je t’ai vu tomber et te relever, et maintenant que tu es abattu, j’ai résolu, par pitié, de te porter secours.

Pétrarque. Merci d’un sentiment si plein de compassion ; mais qu’attendre du secours des hommes ?

S. Augustin. Rien ; mais beaucoup du secours de Dieu. Personne ne peut être continent si Dieu ne lui donne la continence[26]. Il faut donc lui demander cette grâce, surtout avec humilité et souvent avec larmes. Il a coutume de ne point refuser ce qu’on lui demande convenablement.

Pétrarque. Je l’ai fait si souvent que je crains presque de l’importuner.

S. Augustin. Mais tu ne l’as pas fait avec assez d’humilité ni assez de détachement. Tu as toujours réservé une place pour les passions à venir, tu as toujours demandé à longue échéance. Je parle par expérience, moi qui en ai fait autant. Je disais : « Donnez-moi la chasteté, mais pas maintenant[27] ; différez un peu, le moment viendra bientôt. Mon âge est encore dans toute sa vigueur, qu’il suive ses sentiers, qu’il obéisse à ses lois, il serait plus honteux de revenir à ces penchants de la jeunesse ; j’y renoncerai donc quand le cours du temps m’aura rendu moins apte à cela et que la satiété des plaisirs m’ôtera la crainte d’y retourner. » En parlant ainsi, ne vois-tu pas que tu veux une chose et que tu en demandes une autre ?

Pétrarque. Comment cela ?

S. Augustin. Parce que demander pour le lendemain, c’est négliger pour le présent.

Pétrarque. J’ai souvent demandé avec larmes pour le présent. J’espérais qu’après avoir brisé les liens des passions et foulé aux pieds les misères de la vie, je m’échapperais sain et sauf, et qu’après tant de tempêtes d’inutiles soucis, je me sauverais à la nage dans quelque port salutaire. Mais vous voyez combien de naufrages j’ai essuyés depuis parmi les mêmes écueils, et combien j’en essuierai encore si l’on m’abandonne.

S. Augustin. Crois-moi, il a toujours manqué quelque chose à ta prière ; autrement le Dispensateur suprême t’aurait exaucé, ou comme il a fait à l’apôtre Paul[28], il t’aurait refusé pour te perfectionner dans la vertu et te convaincre de ta faiblesse.

Pétrarque. C’est ma conviction ; toutefois je prierai assidûment sans me lasser, sans rougir, sans désespérer. Le Tout-Puissant, prenant pitié de mes souffrances, prêtera peut-être l’oreille à mes prières quotidiennes, et comme il ne leur aurait pas refusé sa grâce si elles étaient justes, lui-même les justifiera.

S. Augustin. Tu as raison, cependant redouble d’efforts, et, comme font ceux qui sont abattus, te redressant sur le coude, regarde de tous côtés les dangers qui te menacent, de peur que sous un choc imprévu tes membres gisant à terre ne soient écrasés. Pendant ce temps-là implore instamment l’aide de Celui qui peut te relever ; il sera peut-être près de toi alors que tu le croiras éloigné. Aie toujours devant les yeux cette maxime mémorable de Platon, dont nous parlions tout à l’heure : Rien ne nuit plus à la connaissance de la divinité que l’appétit charnel et les ardeurs de la passion. Médite donc sans cesse cette doctrine ; elle est la base de notre dessein.

Pétrarque. Pour vous faire voir que j’ai beaucoup aimé cette maxime, je l’ai saluée avec enthousiasme non seulement assise dans son palais, mais encore cachée dans des bois étrangers, et j’ai noté dans ma mémoire l’endroit où elle s’était offerte à mes regards[29].

S. Augustin. Que veux-tu dire ? Explique-toi.

Pétrarque. Vous connaissez Virgile ; vous savez à travers combien de dangers il a promené son héros dans cette nuit suprême et horrible de la chute de Troie ?

S. Augustin. Oui, c’est un sujet rebattu dans toutes les écoles. Il lui fait raconter ses aventures. Qui pourrait peindre les désastres de cette nuit, raconter tant de morts et pour tant d’infortunes avoir assez de larmes ? Elle tombe cette antique cité si longtemps souveraine ? Des milliers de cadavres jonchent les rues, les maisons et le seuil sacré des temples. Mais le sang des Troyens n’est pas le seul qui soit répandu. Quelquefois aussi le courage renaît dans le cœur des vaincus, et les Grecs vainqueurs succombent à leur tour. Partout le deuil, partout l’épouvante, partout l’image de la mort[30].

Pétrarque. Or, tant qu’il erra, accompagné de Vénus, à travers les ennemis et l’incendie, il ne put voir, quoique ayant les yeux ouverts, la colère des dieux irrités, et, tant que cette déesse lui parla, il ne comprit que les choses d’ici-bas. Mais dès qu’elle l’eut quitté, vous savez ce qui advint : il vit aussitôt les visages courroucés des dieux, et il reconnut tous les dangers qui l’entouraient. Alors j’aperçois l’effrayante figure des dieux acharnés à la perte de Troie[31]. J’en ai déduit que le commerce de Vénus dérobe la vue de la divinité.

S. Augustin. Tu as parfaitement trouvé la lumière sous les nuages. C’est ainsi que la vérité réside dans les fictions des poètes et qu’on l’entrevoit par de légères fissures[32]. Mais, comme il faudra revenir de nouveau à cette question, réservons le reste pour la fin.

Pétrarque. Pour ne point m’engager dans des sentiers inconnus, où voulez-vous revenir ?

S. Augustin. Je n’ai point encore sondé les plaies les plus profondes de ton âme, et j’ai différé à dessein, afin que, venant en dernier lieu, mes conseils se gravent mieux dans ta mémoire. Dans un autre dialogue, nous traiterons plus amplement des appétits charnels dont nous avons dit un mot.

Pétrarque. Allez maintenant où vous voudrez.

S. Augustin. À moins que tu ne sois d’un entêtement sans pudeur, il n’y a plus à contester.

Pétrarque. Rien ne me serait plus agréable que de voir banni de la terre tout sujet de contestation. Aussi n’ai-je jamais disputé qu’à regret sur les choses qui me sont le mieux connues, parce que le débat qui s’élève, quoique entre amis, a un caractère d’aigreur et d’animosité contraire aux lois de l’amitié. Mais passez aux choses sur lesquelles vous croyez que je serai tout de suite de votre avis.

S. Augustin. Tu es en proie à un terrible fléau de l’âme, la mélancolie, que les modernes ont nommée acidia, et les anciens ægritudo.

Pétrarque. Le nom seul de cette maladie me fait frémir.

S. Augustin. Sans doute parce que tu en as longtemps souffert.

Pétrarque. Oui, et tandis que dans presque tous les maux qui me tourmentent il se mêle une certaine douceur quoique fausse, dans cette tristesse tout est âpre, lugubre, effroyable ; la route est toujours ouverte au désespoir et tout pousse au suicide les âmes malheureuses. Ajoutez que les autres passions me livrent des assauts fréquents, mais courts et momentanés, tandis que ce fléau me saisit parfois si étroitement qu’il m’enlace et me torture des journées et des nuits entières. Pendant ce temps je ne jouis plus de la lumière, je ne vis plus, je suis comme plongé dans la nuit du Tartare, et j’endure la mort la plus cruelle. Mais, ce que l’on peut appeler le comble du malheur, je me repais tellement de mes larmes et de mes souffrances, avec un plaisir amer, que c’est malgré moi qu’on m’en arrache.

S. Augustin. Tu connais très bien ta maladie ; tout à l’heure tu en sauras la cause. Dis-moi donc, qu’est-ce qui te contriste à ce point ? Est-ce le cours des choses temporelles ? est-ce une douleur physique ou quelque disgrâce de la fortune ?

Pétrarque. Rien de tout cela isolément ; si j’eusse été provoqué en combat singulier, j’aurais certainement tenu bon ; mais je suis maintenant accablé par une armée entière.

S. Augustin. Explique-toi plus clairement sur ce qui te tourmente.

Pétrarque. Chaque fois que la fortune me porte un premier coup, je reste ferme et intrépide, me rappelant qu’elle m’a souvent frappé grièvement et que j’en suis sorti vainqueur ; si bientôt après elle m’assène un second coup, je commence à chanceler un peu ; si elle revient à la charge une troisième et une quatrième fois, alors forcément je me réfugie non précipitamment, mais pas à pas dans la citadelle de la raison. Là, si la fortune m’assiège avec toute son armée et si pour me réduire elle accumule les misères de la condition humaine, le souvenir de mes souffrances passées et la crainte des maux à venir, alors enfin serré de toutes parts, saisi d’effroi devant ces malheurs entassés, je me lamente et je sens naître en moi ce cruel chagrin. Imaginez quelqu’un entouré d’innombrables ennemis, sans espoir d’échapper ni d’obtenir merci, sans consolation, à qui tout est hostile ; on dresse les machines, on creuse des mines sous terre, déjà les tours tremblent, on applique les échelles contre les remparts, on attache les mantelets contre les murailles, le feu parcourt les planchers ; en voyant de tous côtés les glaives étincelants et les visages menaçants des ennemis et en songeant que sa ruine est prochaine, pourquoi ne serait-il pas effrayé et affligé puisque même sans cela, la perte seule de la liberté cause aux hommes de cœur un chagrin mortel ?

S. Augustin. Quoique ton exposé soit un peu confus, je vois que tous tes maux proviennent d’un préjugé qui a fait jadis et qui fera d’innombrables victimes. Tu as mauvaise opinion de toi-même.

Pétrarque. Oh ! oui, très mauvaise.

S. Augustin. Pour quelle raison ?

Pétrarque. Pas pour une seule, mais pour mille.

S. Augustin. Tu ressembles à ceux en qui la plus légère offense réveille d’anciennes inimitiés.

Pétrarque. Il n’y a en moi aucune blessure assez ancienne pour que l’oubli l’ait effacée, tout ce qui me tourmente est récent, et si quelque chose avait pu disparaître avec le temps, la fortune a si souvent redoublé ses coups que la blessure ouverte ne s’est jamais cicatrisée. Ajoutez-y la haine et le mépris de la condition humaine. Accablé par tout cela, je ne puis pas ne pas être extrêmement triste. Que vous appeliez cette tristesse acidia ou ægritudo, peu m’importe, au fond nous sommes d’accord.

S. Augustin. Puisque, d’après ce que je vois, le mal est profondément enraciné, il ne suffit pas de le guérir superficiellement, car il repullulerait bien vite, il faut l’extirper entièrement. Mais je ne sais par où commencer ; tant de complications m’épouvantent. Mais pour faciliter ma tâche en la divisant, je vais examiner chaque chose en détail. Dis-moi, qu’est-ce qui te fait le plus de peine ?

Pétrarque. Tout ce que je vois d’abord, tout ce que j’entends, tout ce que je sens.

S. Augustin. Bah ! rien ne te plaît donc !

Pétrarque. Rien, ou presque rien.

S. Augustin. Plût à Dieu que tu aimasses au moins ce qu’il y a de meilleur. Mais qu’est-ce qui te déplaît le plus ? Réponds-moi je te prie.

Pétrarque. Je vous ai déjà répondu.

S. Augustin. Cette mélancolie dont j’ai parlé est uniquement cause que tout ce qui est à toi te déplaît.

Pétrarque. Ce qui est aux autres ne me déplaît pas moins.

S. Augustin. Cela provient encore de la même source. Mais pour mettre un peu d’ordre dans nos discours, ce qui est à toi te déplaît-il autant que tu le dis ?

Pétrarque. Cessez de me taquiner par vos questions plus que je ne saurais dire.

S. Augustin. Elles sont donc sans prix à tes yeux, ces choses qui font que tant d’autres te portent envie ?

Pétrarque. Pour porter envie à un malheureux, il faut être soi-même bien malheureux.

S. Augustin. Mais qu’est-ce qui te déplaît par-dessus tout ?

Pétrarque. Je n’en sais rien.

S. Augustin. Si je le devine, l’avoueras-tu ?

Pétrarque. Je l’avouerai franchement.

S. Augustin. Tu es irrité contre ta fortune.

Pétrarque. Comment ne la haïrai-je pas ? Orgueilleuse, violente, aveugle, elle se joue de l’humanité.

S. Augustin. Cette plainte est banale. Examinons maintenant tes griefs personnels. Si tu te plains injustement consentiras-tu à te réconcilier ?

Pétrarque. Il vous sera bien difficile de me persuader ; si cependant vous me le prouvez, je me résignerai.

S. Augustin. Tu trouves que la fortune se montre envers toi trop avare.

Pétrarque. Non, trop amère, trop injuste, trop orgueilleuse, trop cruelle.

S. Augustin. Le Grondeur du poète comique[33] n’est pas seul, ils sont innombrables ; toi aussi tu fais encore partie de cette multitude ; j’aimerais mieux que tu fusses du petit nombre. Mais, comme ce sujet est tellement rebattu qu’on ne peut rien y ajouter de nouveau, souffriras-tu qu’à un mal ancien on applique un vieux remède ?

Pétrarque. Comme vous voudrez.

S. Augustin. Eh bien ! dis-moi, la pauvreté t’a-t-elle forcé d’endurer la faim, la soif et le froid ?

Pétrarque. Ma fortune n’a pas encore été dure à ce point.

S. Augustin. Cependant, de combien de gens n’est-ce pas le lot journalier ?

Pétrarque. Employez un autre remède si vous pouvez, car celui-ci ne me soulage pas. Je ne suis point de ceux qui, dans leurs maux, se réjouissent on voyant la foule des malheureux qui sanglotent autour d’eux, et quelquefois je ne gémis pas moins sur les misères des autres que sur les miennes.

S. Augustin. Je ne désire pas que les maux d’autrui réjouissent celui qui en est témoin, mais qu’ils le consolent en lui apprenant à être content de son sort. Tout le monde ne peut pas occuper la première place, autrement comment y aurait-il un premier s’il n’était suivi d’un second ? Félicitez-vous, mortels, quand vous n’êtes point réduits à l’extrémité, et que de tant d’outrages de la fortune, vous ne subissez que les médiocres. Du reste, à ceux qui sont dans une situation extrême, on administre des remèdes plus énergiques dont tu n’as aucun besoin puisque la fortune ne t’a fait qu’une médiocre blessure. Ce qui plonge les hommes dans ces angoisses, c’est que chacun, oubliant sa condition, rêve la place la plus élevée, et, comme tout le monde, ainsi que je viens de le dire, ne peut l’atteindre, aux efforts trompés succède le mécontentement. S’ils connaissaient les misères de la grandeur, ils auraient horreur de ce qu’ils ambitionnent. J’en prends à témoin ceux qui, à force de labeurs, sont arrivés au pinacle et qui ont maudit aussitôt le trop facile accomplissement de leurs vœux. Cette vérité devrait être connue de tout le monde, et principalement de toi, à qui une longue expérience a démontré que le rang suprême, entouré de peines et de soucis, est tout à fait digne de pitié. Il s’ensuit qu’aucun degré n’est exempt de plainte, puisque ceux qui ont obtenu ce qu’ils désirent et ceux qui ont échoué manifestent un juste motif de se lamenter. Les uns prétendent qu’ils ont été déçus, les autres qu’ils ont été négligés. Suis donc le conseil de Sénèque : En voyant combien de gens te précèdent, songe combien de gens te suivent. Si tu veux être reconnaissant envers Dieu et envers la vie, songe à tous ceux que tu as dépassés, et, comme dit le même philosophe au même endroit, assigne-toi un but que tu ne puisses pas franchir quand tu le voudrais.

Pétrarque. J’ai assigné depuis longtemps à mes désirs un but déterminé et, si je ne me trompe, très modeste ; mais, au milieu des mœurs effrontées et impudentes de mon siècle, quelle place y a-t-il pour la modestie que l’on qualifie de paresse et de lâcheté ?

S. Augustin. Ton esprit peut-il être ébranlé par l’opinion du vulgaire, dont le jugement n’est jamais droit, qui ne nomme jamais les choses par leur nom ? Mais, si j’ai bonne mémoire, tu avais coutume de la mépriser.

Pétrarque. Jamais, croyez-moi, je ne l’ai plus méprisée. Je fais autant de cas de ce que le vulgaire pense de moi que de ce qu’en pensent des troupeaux de bêtes brutes.

S. Augustin. Eh bien ?

Pétrarque. Ce qui m’indigne, c’est qu’aucun de mes contemporains, que je sache, n’ayant eu moins d’ambition que moi, pas un n’ait rencontré plus de difficultés que moi dans l’accomplissement de ses désirs. Assurément je n’ai jamais ambitionné la plus haute place, j’en atteste celle qui nous juge[34], qui voit tout, et qui a toujours lu au fond de mes pensées. Elle sait que chaque fois que, suivant l’habitude de l’esprit humain, j’ai passé en revue tous les degrés des conditions, je n’ai jamais rencontré dans le rang suprême la tranquillité et la sérénité d’âme, que je mets au-dessus de tout ; que pour cela, ayant horreur d’une vie pleine de soucis et d’inquiétudes, j’ai toujours préféré, par un jugement modéré, une situation médiocre, et que je n’ai pas approuvé des lèvres seulement mais du cœur ces paroles d’Horace : Qui aime la médiocrité d’or, vit sans inquiétude et sans ambition, loin d’un toit délabré, loin d’un palais qui excite l’envie[35]. La raison qu’il en donne ne m’a pas moins plu que sa sentence : La cime des pins est souvent battue des vents ; les hautes tours s’écroulent avec un horrible fracas et la foudre frappe le sommet des monts[36]. Hélas ! cette médiocrité je n’en ai jamais joui.

S. Augustin. Et si ce que tu prends pour la médiocrité est au-dessus de toi ? Si depuis longtemps tu as joui de la vraie médiocrité ? Si tu en as joui abondamment ? Si tu l’as laissée bien loin derrière toi, et si, pour beaucoup de gens, tu es un objet d’envie plutôt que de mépris ?

Pétrarque. En fût-il ainsi, je ne laisse pas de voir le contraire.

S. Augustin. Une fausse opinion est précisément la cause de tous les maux et principalement de celui-là. Il faut donc fuir cette Charybde, comme dit Cicéron, à force de rames et de voiles[37].

Pétrarque. De quel côté fuir ? Où diriger la proue ? Enfin, que voulez-vous que je pense, sinon ce que je vois ?

S. Augustin. Tu vois du côté où se portent tes yeux. Si tu regardes en arrière, tu verras qu’une foule innombrable te suit, et que tu es un peu plus près du premier rang que du dernier ; mais l’orgueil et l’entêtement ne te permettent pas de tourner les yeux en arrière.

Pétrarque. Je l’ai fait pourtant quelquefois, et j’ai remarqué que beaucoup de gens venaient derrière moi. Je ne rougis point de ma condition, mais je me plains de tant de soucis ; je regrette, pour me servir encore d’un mot d’Horace, de vivre au jour la journée[38]. À part cette inquiétude, ce que j’ai me suffirait abondamment, et je répéterais volontiers ce que le même poète a dit au même endroit : Que croyez-vous, amis, que je demande aux dieux ? De conserver ce que je possède et moins encore, de vivre pour moi le reste de mes jours s’ils daignent les prolonger[39]. Toujours incertain de l’avenir, toujours en suspens, les faveurs de la fortune n’ont pour moi aucun charme. En outre, comme vous voyez, je vis jusqu’à présent pour les autres, ce qui est le plus triste de tout. Plaise à Dieu que je puisse au moins jouir du restant de ma vieillesse, afin qu’après avoir vécu au milieu des flots orageux, je me repose dans le port !

S. Augustin. Ainsi donc, dans ce grand tourbillon des choses humaines, parmi tant de vicissitudes, devant les épaisses ténèbres de l’avenir, en un mot, placé sous la dépendance de la fortune, tu serais le seul de tant de milliers d’hommes qui menât une vie exempte de soucis ? Vois ce que tu désires, mortel ; vois ce que tu demandes. Quant à la plainte que tu exprimes de n’avoir point vécu pour toi, elle dénote, non l’indigence, mais la servitude. Je reconnais, comme tu le dis, que c’est une chose très fâcheuse ; cependant, si tu regardes autour de toi, tu trouveras fort peu d’hommes qui aient vécu pour eux. Ceux que l’on croit les plus heureux, et pour lesquels nombre de gens vivent, attestent par l’assiduité de leurs veilles et de leurs travaux qu’ils vivent eux-mêmes pour les autres. Pour t’en citer un exemple frappant, Jules César, dont on a rapporté ce mot vrai, quoique arrogant : Le genre humain vil pour un petit nombre[40]. Jules César, après avoir réduit le genre humain à vivre pour lui seul, vivait lui-même pour les autres. Tu me demanderas peut-être pour qui ? Pour ceux qui l’ont tué : pour D. Drutus, T. Cimber et autres perfides chefs de la conjuration, dont son inépuisable munificence ne parvint pas à rassasier la cupidité.

Pétrarque. Vous m’avez amené, je l’avoue, à ne plus m’indigner ni de ma servitude ni de mon indigence.

S. Augustin. Indigne-toi plutôt de n’être point sage, ce qui seul aurait pu te procurer et la liberté et la vraie richesse. D’ailleurs, quiconque, supportant volontiers la privation de ces biens, se plaint de ne pas ressentir leurs effets, n’a pas une idée juste de ces biens ni de leurs effets. Mais dis-moi maintenant ce qui te fait souffrir, indépendamment de ce que nous avons dit. Est-ce la fragilité du corps ou une peine secrète ?

Pétrarque. J’avoue que mon corps m’a toujours été à charge chaque fois que je me suis regardé moi-même ; mais, en jetant les yeux sur la pesanteur des autres corps, je reconnais que j’ai un esclave assez obéissant. Plût à Dieu que je pusse en dire autant de mon âme ! Mais c’est elle qui commande.

S. Augustin. Plût à Dieu qu’elle fût soumise elle-même à l’empire de la raison ! Mais je reviens au corps : de quoi te plains-tu ?

Pétrarque. De ce dont on se plaint communément. Je lui reproche d’être mortel, de m’impliquer dans ses souffrances, de me surcharger de son poids, de m’inviter au sommeil quand l’esprit veille et de m’assujettir aux autres nécessités humaines qu’il serait long et désagréable d’énumérer.

S. Augustin. Calme-toi, je te prie, et souviens-toi que tu es un homme : aussitôt ton inquiétude cessera. Si quelque autre chose te tourmente, dis-le.

Pétrarque. Ne savez-vous donc pas la cruauté de la fortune, cette marâtre qui, en un seul jour, balaya d’une main impie moi, toutes mes espérances, toutes mes ressources, ma famille et ma maison[41] ?

S. Augustin. Je vois couler tes larmes : aussi je passe outre. Tu n’as pas besoin maintenant d’être renseigné, mais averti ; ce simple avertissement suffira. Si tu songes, en effet, non seulement aux désastres des familles privées, mais aux ruines des empires depuis le commencement des siècles que tu connais très bien ; et, si tu te rappelles la lecture des tragédies, tu ne seras point scandalisé en voyant ton humble toit anéanti avec tant de royales demeures. Maintenant continue, car ce peu de mots sera pour toi un champ ouvert à de longues méditations.

Pétrarque. Qui exprimera suffisamment les ennuis de ma vie et mes dégoûts quotidiens dans la plus triste et la plus turbulente des villes, sentine étroite et reculée de la terre, où affluent les ordures du monde entier[42] ? Qui dépeindra ce spectacle nauséabond, ces rues infectes, ces porcs immondes mêlés aux chiens enragés, ce bruit des roues qui ébranlent les murailles, ces carrosses à quatre chevaux débouchant par des rues transversales, ces figures si diverses, tant de mendiants hideux, tant d’extravagances des riches, les uns accablés de tristesse, les autres ivres de joie et de gaieté, enfin tant de caractères différents, tant de métiers divers, l’immense clameur que forment ces voix confuses et les heurts que se donnent les passants ? Tout cela tue l’âme habituée à une vie meilleure, ôte le calme aux esprits généreux et trouble les études. Que Dieu me délivre de ce naufrage en sauvant ma nef, aussi vrai que souvent, en regardant autour de moi, il me semble que je descends tout vivant dans l’enfer ! Va maintenant te livrer à de nobles pensées ! Va maintenant, et médite des vers sonores[43] !

S. Augustin. Ce vers d’Horace m’a fait connaître ce qui t’afflige le plus. Tu regrettes d’avoir rencontré un endroit contraire à tes études, car, comme dit le même poète : Tout le chœur des écrivains aime les bois et fuit les villes[44]. Toi aussi, dans une épître, tu as exprimé la même pensée en d’autres termes : La forêt plaît aux Muses ; la ville est ennemie des poètes[45]. Si jamais le tumulte intérieur de ton imagination venait à s’apaiser, crois-moi, ce tapage qui se fait autour de toi, frapperait tes sens, mais n’affecterait point ton âme. Pour ne pas te répéter ce que tu sais depuis longtemps, tu as sur ce sujet une lettre de Sénèque qui n’est point inutile[46] ; tu as du même le livre sur la Tranquillité de l’âme ; tu as sur les moyens de guérir cette maladie mentale un livre excellent de Cicéron, qui est le résumé des discussions qui eurent lieu le troisième jour dans sa terre de Tusculum et qu’il a adressé à Brutus[47].

Pétrarque. Vous saurez que j’ai lu tout cela avec soin.

S. Augustin. Eh bien ! cela ne t’a donc servi à rien ?

Pétrarque. Si fait, cela m’a beaucoup servi on lisant, mais le livre une fois échappé de mes mains, toute mon approbation disparait.

S. Augustin. Cette manière de lire est devenue générale depuis que cette tourbe de lettrés, engeance exécrable, s’est répandue partout et que l’on fait dans les écoles de longs raisonnements sur l’art de vivre, que l’on met peu en pratique. Mais en faisant certaines marques aux endroits principaux tu retireras du fruit de ta lecture.

Pétrarque. Quelles marques ?

S. Augustin. Chaque fois qu’en lisant tu rencontres des maximes salutaires par lesquelles tu sens que ton âme est excitée ou retenue, ne te fie point aux ressources de ton esprit, mais grave-les au fond de ta mémoire, et sache te les rendre familières à force de les méditer, afin qu’à l’exemple des médecins expérimentés, en quelque lieu et en quelque temps que survienne une maladie urgente, tu aies les remèdes écrits, pour ainsi dire, dans ta tête. Car dans les maux de l’âme, comme dans ceux du corps, il en est pour lesquels le retard est si mortel, que différer le remède, c’est ôter tout espoir de salut. Qui ne sait, par exemple, que certains mouvements de l’âme sont tellement prompts que, si la raison ne les réprime dès qu’ils naissent, ils perdent l’âme, le corps et l’homme tout entier, et que tout remède tardif est inutile. La colère, à mon sens, vient on première ligne. Ce n’est pas en vain qu’elle a été mise au-dessous du siège de la raison par ceux qui ont divisé l’âme en trois parties, plaçant la raison dans la tête comme dans une citadelle, la colère dans le cœur, et la concupiscence au bas de la région abdominale. Ils ont voulu que la raison fût toujours prête à réprimer soudain les violents accès des passions situées au-dessous d’elle, et qu’elle pût, en quelque sorte, sonner la retraite d’un lieu élevé. Comme ce frein était plus nécessaire à la colère, elle a été mise plus à sa portée.

Pétrarque. Et avec raison. Pour vous montrer que j’ai puisé cette vérité non seulement dans les écrits des philosophes, mais encore dans ceux des poètes, par cette rage des vents que Virgile dépeint cachés dans de profondes cavernes, par ces montagnes superposées et par ce roi, assis au sommet, qui les dompte par son autorité, j’ai souvent pensé qu’il avait pu désigner la colère et les autres passions de l’âme qui bouillonnent au fond du cœur et qui, si elles n’étaient retenues par le frein de la raison, entraîneraient avec elles dans leur rapidité, comme dit le même poète, et balaieraient à travers l’espace la mer, la terre et les profondeurs des cieux[48]. En effet, par la terre, il a donné à entendre la matière terrestre du corps ; par la mer, l’eau dont il vit et par les profondeurs des cieux, l’âme qui habite dans un endroit retiré, et dont, il l’a dit lui-même ailleurs, un feu divin forme l’essence[49]. C’est comme s’il disait que ces passions précipiteront dans l’abîme le corps et l’âme, en un mot l’homme tout entier. D’autre part, ces montagnes et ce roi assis en haut, que signifient-ils, sinon le sommet de la tête et la raison qui y réside ? Voici ce que dit Virgile : C’est là, dans un antre profond, que le roi Éole dompte les vents aux prises et les tempêtes bruyantes, qu’il enchaîne et emprisonne. Ses sujets, indignés, frémissent autour de leur barrière, en faisant retentir la montagne d’un horrible fracas. Éole est assis au sommet, le sceptre en main[50]. Ainsi parle le poète. En examinant chaque mot, j’ai entendu l’indignation, j’ai entendu la lutte, j’ai entendu les tempêtes bruyantes ; j’ai entendu le frémissement et le fracas : tout cela peut se rapporter à la colère. Par contre, j’ai entendu le roi assis au sommet, le sceptre en main, domptant, enchaînant et emprisonnant : qui doute que cela puisse également se rapporter à la raison ? Néanmoins, pour qu’il fût évident que tout cela avait trait à l’âme et à la colère qui la trouble, voyez ce qu’il ajoute : Il modère leur fougue et calme leur colère[51].

S. Augustin. Je loue le sens caché de cette narration poétique, qui, je le vois, t’est très familier ; car, soit que Virgile ait eu cette intention on écrivant, soit que, très éloigné d’une pareille pensée, il ait voulu dépeindre dans ces vers une tempête sur mer, et pas autre chose, ce que tu as dit des accès de la colère et de l’empire de la raison me parait dit avec assez d’esprit et de justesse.

Mais, pour reprendre le fil de mon discours, contre la colère, contre les autres mouvements de l’âme, et surtout contre ce mal dont nous avons longuement parlé, songe toujours à quelque maxime que tu auras recueillie dans une lecture attentive. Imprime aux sentences utiles, comme je l’ai dit en commençant, certaines marques qui te serviront de crochets pour les retenir quand elles voudront s’échapper de ta mémoire. Grâce à cet appui, tu demeureras impassible devant toutes les passions, et particulièrement devant la tristesse de l’âme, qui, comme une ombre mortelle, étouffe les semences des vertus et tous les fruits du talent, et qui enfin, comme le dit très bien Cicéron, est la source et le principe de tous les maux[52].

Certes, si tu examines soigneusement les autres et toi-même (à cela près qu’il n’y a personne qui n’ait de nombreux sujets de larmes, et en outre que le souvenir de tes péchés te rend justement triste et inquiet, seul genre de tristesse qui soit salutaire, pourvu que le désespoir ne s’y glisse pas), tu reconnaîtras que le ciel t’a départi bien des dons, qui sont pour toi un sujet de consolation et de joie parmi la foule de ceux qui se plaignent et gémissent.

Quant à la plainte que tu exprimes de n’avoir pas vécu pour toi, et au dépit que te cause le tumulte des villes, tu n’éprouveras pas une médiocre consolation en songeant que pareille plainte a été faite par les plus grands hommes, et que, si tu es tombé volontairement dans ce labyrinthe, tu pourras en sortir volontairement en le voulant bien. D’ailleurs, à la longue, tes oreilles s’habitueront à entendre la rumeur de la foule avec autant de plaisir que le bruit d’une cascade. Or, comme je l’ai dit, tu obtiendras ce résultat très aisément si tu calmes d’abord les tumultes de ton imagination, car l’âme sereine et tranquille est inaccessible aux nuages extérieurs et sourde à tous les bruits du dehors. Ainsi donc, debout sur le rivage à sec, tu contempleras sans crainte le naufrage des autres, tu entendras en silence les cris lamentables des malheureux qui se noient, et autant ce triste spectacle t’inspirera de compassion, autant la sécurité de ton sort comparée aux périls d’autrui t’inspirera de joie. D’après cela, je suis sûr que tu banniras bientôt toute la tristesse de ton âme.

Pétrarque. Quoique bien des choses m’agacent et surtout l’opinion où vous êtes qu’il m’est facile et qu’il dépend de moi de quitter les villes, cependant, comme sur plusieurs points vous m’avez vaincu par la raison, je veux déposer les armes avant d’être battu encore sur ce terrain.

S. Augustin. Tu peux donc maintenant que la tristesse est bannie te réconcilier avec ta fortune.

Pétrarque. Je le puis certainement, si toutefois la fortune est quelque chose : car, à ce que je vois, le poète grec et le poète latin sont là-dessus si peu d’accord, que l’un n’a pas daigné une seule fois nommer la fortune dans ses ouvrages, comme s’il croyait qu’elle n’existe pas, tandis que l’autre l’a souvent nommée, et l’appelle même quelque part toute-puissante[53]. Cette opinion a été partagée par un célèbre historien et un grand orateur. Salluste a dit de la fortune qu’elle domine assurément en tout[54], et Cicéron n’a pas craint d’affirmer qu’elle est la maîtresse des choses humaines[55]. Pour moi, je dirai peut-être dans un autre temps et dans un autre lieu ce que je pense à cet égard[56]. Mais en ce qui concerne notre sujet, vos leçons m’ont été si utiles qu’en me comparant à la majeure partie des hommes, mon état ne me semble plus si misérable qu’auparavant.

S. Augustin. Je suis bien aise de t’avoir été utile, et je désire l’être pleinement. Mais comme l’entretien d’aujourd’hui s’est beaucoup prolongé, veux-tu que nous remettions le reste à une troisième journée, dans laquelle nous terminerons ?

Pétrarque. J’adore le nombre trois, moins parce qu’il contient les trois Grâces que parce qu’il est certain qu’il plaît beaucoup à la Divinité. Cette vérité n’est pas reconnue seulement de vous et des autres docteurs de la vraie religion, qui mettent toute leur foi dans la Trinité, mais encore des philosophes, des gentils, qui nous apprennent qu’ils employaient ce nombre dans les consécrations aux dieux. Mon cher Virgile paraît ne point l’avoir ignoré quand il a dit : Le nombre impair plaît aux dieux[57], car ce qui précède indique qu’il parle du nombre trois. J’attends donc maintenant de votre main la troisième partie de ce présent divisé en trois.

  1. Virgile, Énéide, VIII, 385-386.
  2. Des Biens et des Maux, I, 3.
  3. Tusculanes, II, 15. Cicéron n’est pas aussi explicite. Il y a dans le texte : inops interdum (quelque fois pauvre).
  4. Déclamations, I.
  5. Juvénal, X, 172-173.
  6. Suétone, Domitien, XVIII.
  7. Sénèque, Lettres, LXV.
  8. Scipion parle des âmes admises avec lui dans le ciel. Par les mots de chaînes et d’entraves, il désigne le corps. (L’Afrique, 329-330)
  9. Ce vers de Juvénal (I, 161) est cité d’une façon inexacte.
  10. Térence, l’Andrienne, 68.
  11. Horace, Odes, I, 4, 15.
  12. Épîtres, I, 18, 109-110.
  13. Odes, I, 31, 19-20.
  14. Juvénal, XIV, 135-137.
  15. Achéménide.
  16. Virgile, Énéide, III, 619-650.
  17. Géorgiques, IV, 132-133.
  18. Géorgiques, I, 186.
  19. Juvénal, VI, 361.
  20. Sénèque, Lettres, XXV.
  21. Horace, Épîtres, I, 2, 56.
  22. De la Vieillesse, 11.
  23. Épîtres, I, 2, 62-63.
  24. Pétrarque reçut à Avignon quelques leçons de grec du moine calabrais Barlaam ; celui-ci le quitta bientôt pour prendre possession de l’évêché de Gérace, dans la Calabre ultérieure, qu’il obtint par le crédit de son élève.
  25. Tusculanes, I, 21.
  26. La Sagesse, VIII, 21.
  27. Confessions, VIII, 7.
  28. Aux Corinthiens, 2, 12,0.
  29. Cette métaphore hardie a besoin d’explication. Pétrarque veut dire qu’il a salué avec enthousiasme cette vérité non seulement dans Platon où elle est en quelque soi te dans son palais, mais dans d’autres écrivains, où elle se déguise sous le voile de l’allégorie.
  30. Énéide, II, 361-369.
  31. Énéide, II, 622-623.
  32. Pétrarque ne séparait pas la poésie de l’allégorie. C’est un des travers de son temps. Il a développé ses idées à cet égard, notamment dans Lettres de Vieillesse, IV, 5, et il en a fait une application rigoureuse dans ses Églogues.
  33. Cette comédie, attribuée d’abord à Plaute, est d’un auteur inconnu qui vivait dans le quatrième siècle de l’ère chrétienne.
  34. La Vérité qui, on se le rappelle, présidait à l’entretien.
  35. Odes, II, 10, 5-8.
  36. Odes, II, 10, 9-12.
  37. Tusculanes, III, 11.
  38. Épîtres, I, 18, 110.
  39. Épîtres, I, 18, 106-108.
  40. Lucain, V, 313.
  41. On sait que la famille de Pétrarque fut bannie de Florence, sa patrie, et que lui-même naquit dans l’exil, à Arezzo.
  42. Avignon.
  43. Horace, Épîtres, II, 2, 76.
  44. Horace, Épîtres, II, 2, 77.
  45. Pétrarque, Épîtres, II, 2, 77.
  46. Lettres, LVI.
  47. Tusculanes, III.
  48. Énéide, I, 58-59.
  49. Ibid, VI, 730.
  50. Énéide, I, 52-57.
  51. Énéide, I, 57.
  52. Tusculanes, IV, 38.
  53. Énéide, VIII, 331.
  54. Catilina, VIII.
  55. Discours pour Marcellus, II.
  56. Pétrarque fait allusion au grand ouvrage de philosophie morale qu’il fit paraître dix ans plus tard sous ce titre : Remèdes de la bonne et de la mauvaise fortune.
  57. Églogues, VIII, 75.