Némoville/L’hôpital de Chantal

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Beauregard (p. 77-79).

CHAPITRE XIV.


L’HÔPITAL DE CHANTAL.


Le docteur Desmarais n’était pas le seul médecin de Némoville. Le docteur de Chantal, quoiqu’il ne pratiquât pas, soulageait aussi l’humanité souffrante. Son âge et ses infirmités l’empêchaient de se rendre, comme jadis, au domicile de ses malades, mais on allait encore le consulter, car il avait gardé la confiance de ses patients.

Le docteur de Chantal s’occupait surtout de chirurgie, et il avait fait de sa résidence un hôpital. Sa fille Jeanne l’assistait dans sa tâche de charité.

Si nous n’avons fait que mentionner Jeanne de Chantal, jusqu’ici, ce n’est pas qu’elle ne méritait pas qu’on s’occupât d’elle plus longuement. Bien au contraire, le rôle effacé qu’elle se plaisait à jouer à Némoville, entre son père et ses malades, n’avait pas empêché que plusieurs fois, déjà, elle avait été recherchée en mariage par les partis les plus avantageux de Némoville. Mais Jeanne ne semblait pas pressée de quitter son père, ou, peut-être, n’avait-elle pas encore rencontré l’élu de son choix. Pour le docteur de Chantal, la conduite de sa fille n’était pas un mystère, il savait qu’elle aimait Paul, le secrétaire du gouverneur, et il approuvait pleinement son choix, qui répondait au sien, car le docteur aimait Paul comme un fils, et il savait qu’il n’aurait pu trouver un meilleur mari pour son enfant.

L’hôpital du docteur de Chantal était devenu insuffisant pour le nombre de malades. Paul lui suggéra de prendre l’ancienne chapelle et de la transformer en hôpital. Il n’y avait qu’un couloir qui séparait cette chapelle sous-marine de la demeure du médecin. L’idée parut bonne et fut immédiatement acceptée. Et quelques jours plus tard, le docteur de Chantal était l’homme le plus heureux de Némoville, quand il put accrocher une pancarte à la porte de l’ancienne chapelle, où on pouvait lire, en grosses lettres « Hôpital de Chantal. »

Avec son hôpital, son église et ses nombreuses résidences sous-marines, Némoville avait vraiment l’air d’une ville sérieuse maintenant. Roger s’en réjouissait ; il semblait qu’il eût réalisé l’irréalisable. Chaque jour apportait un événement heureux dans la ville mystérieuse, mais le plus grand de tous fut, sans contredit, le mariage de Paul avec Jeanne de Chantal, qui devait être le premier célébré dans la ville sous-marine. Roger voulut que cela fût une célébration digne de l’amitié qui l’unissait à son ami. Toute la ville monta à la surface à cette occasion, et les sous-marins furent pavoisés, comme pour annoncer au ciel le bonheur de Paul. On passa trois jours au soleil, puis la ville se replongea sous les flots.

L’hôpital de Chantal intéressait beaucoup le curé Bernard, il y passait une heure chaque jour en compagnie de Jeanne et du docteur, et ce fut pendant l’une de ces visites qu’il proposa au docteur de prendre Gaétane à son service. La proposition fut accueillie avec enthousiasme de la part du médecin aussi bien que de celle de Jeanne, qui était ravie à l’idée d’avoir une compagne de son âge auprès d’elle. Elle voulut que Gaétane s’installât chez elle, le soir même.

Il y eut donc, ce jour-là deux heureux de plus à Némoville, le curé et sa protégée.