Notes concernant le pays de Gex/Édition Garnier

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Garnier (tome 29p. 349-350).
NOTES


CONCERNANT LE PAYS DE GEX[1]


(1775)




Description du pays.

Le pays de Gex ne tient à la France que par un de ses côtés, de cinq lieues de longueur, occupé par la chaîne du mont Jura, qui n’offre que deux débouchés, celui des Faucilles, et celui du Credo, où est le fort de l’Écluse.

Il confine, dans tout le reste de son pourtour, dans l’espace d’environ dix lieues de plaine, au pays étranger. Cette position met une différence essentielle entre ce pays et toutes les autres provinces du royaume. Messieurs les fermiers généraux, avec vingt hommes, garderont plus aisément les deux passages de montagnes qu’ils ne pourraient garder la plaine avec cinq cents employés.

Demandes faites par les habitants du pays.

La désunion du petit pays de Gex des cinq grosses fermes ;

D’être regardé comme province étrangère, par rapport au droit de gabelle et de traite, et délivré du séjour, des perquisitions des employés de la ferme, qui seraient renvoyés aux seuls passages des montagnes.

On demande encore qu’on rende le sel gris.
Utilité du projet pour le pays.

La suppression de la contrebande, qui dépeuple ce pays ; la mauvaise qualité du sel rouge, et la grande disproportion qui est entre le prix du sel, dans ce pays et celui de la Suisse, engagent les paysans à quitter la culture, et à s’exposer à perdre leur liberté, leurs biens et leur santé.

Outre cela, la liberté qu’ont les Genevois de tirer les marchandises par transit de l’étranger et de la France, sans payer de droits, met les habitants de ce petit pays dans l’impossibilité de tenir aucun magasin de choses les plus nécessaires à la vie. Ce pays est fort éloigné d’aucune ville marchande française ; nous sommes donc obligés de porter à Genève tout notre argent, pour y acheter nos vêtements, nos épiceries, etc.

Dédommagement pour les fermiers généraux.

Le débit sûr, et sans frais, d’une quantité de sel plus considérable, en donnant le sel forcé à raison d’un minot par sept personnes : car le débit sera à peu près de quatorze cents minots, au lieu de douze cents qui se débitent actuellement. Messieurs les fermiers généraux entretiennent soixante-dix-neuf employés dans le pays, qui leur seront inutiles dans cette supposition.

La suppression des bureaux de l’intérieur du pays, tels que ceux de Sacconnex et de Meirin, ne fera aucun tort à ces messieurs. Les marchandises destinées pour la France payeront au bureau de sortie et, afin de compenser ce que ces messieurs tirent des acquits des marchandises qu’on tire de Genève pour l’usage du pays, ils auront l’acquit des marchandises sortant du pays pour la France, qui ne doivent rien actuellement, et qui payeront lorsque la contrée sera réputée province étrangère.


FIN DES NOTES CONCERNANT LE PAYS DE GEX.

  1. Ces Notes, imprimées sur l’original de la main de Voltaire, doivent avoir été écrites peu de temps avant la rédaction du Mémoire sur le pays de Gex, 31 mars 1775. Dans tous les cas, elles ne sont pas postérieures à la fin de cette même année, puisque le pays de Gex fut détaché des fermes et gabelles par un édit du 12 décembre 1775. (Cl.) — C’est en 1827 que M. Clogenson a donné la première édition des Notes concernant le pays de Gex.