Nouveaux contes berbères (Basset)/111

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Ernest Leroux, éditeur (Collection de contes et de chansons populaires, XXIIIp. 138-144).

111

L’anneau magique (206).
(Mzab).

Le père d’un jeune homme mourut, lui laissant un lévrier, un chat et un oiseau. Sa mère visitait les maisons en disant la bonne aventure. Le fils parcourait la plaine avec ses bêtes. Quand il voyait un rat de rochers, il lançait sur lui son chat ; quand il rencontrait une gazelle, il lâchait contre elle son lévrier ; quand il apercevait des oiseaux, il lançait le sien contre eux.

Un jour, il alla près d’un silo où il trouva un Juif qui lui dit : « Je te donnerai un charme. » Il le fit et l’emmena vers une mer de lumière et ajouta : « Ferme les yeux, » Puis il continua : « Quand tu seras en bas, rassemble ton courage et apporte l’argent, nous partagerons. » Le jeune homme trouva quatre tas et vit au milieu d’eux un anneau qui brillait comme une étoile. Il le mit à son doigt et le tourna. L’anneau commença à parler : « Ce que tu voudras, tu l’auras entre les mains. » Il le fit taire, puis il cria au Juif : « Fais-moi remonter. » Quand il fut en haut, son compagnon lui dit : « Où est l’argent que tu as apporté ? » Le jeune homme répondit : « Je n’ai pas conservé ma présence d’esprit (et je n’ai rien pris). » Il emmena ses bêtes et partit pour revenir à la ville.

Il s’arrêta dans la plaine, tourna l’anneau et dit : « Je veux un cheval unique et des vêtements magnifiques. — Ferme les yeux », dit l’anneau. Il se trouva sur un cheval comme il avait dit et rentra chez lui. Sa mère fut étonnée et lui demanda : « Qui es-tu ? — Je suis ton fils. » Elle se réjouit. Puis il dit à sa mère : « Demande au roi la main de sa fille. — Mon fils, répliqua-t-elle, je ne puis pas me présenter devant le roi. — Va, ce qu’il exigera se trouvera ; n’aie pas peur. »

Elle se rendit au palais ; les gardiens la battirent, elle revint en pleurant : « Mon fils, tu échoueras. — Retourne, dit-il, ne crains pas ; si on te bat, crie de façon à être entendue par le roi. » Elle partit, on la frappa, elle pleura, le prince l’entendit et dit : « Laissez-la entrer. — Prince, dit-elle, je désire que tu me donnes la main de ta fille pour mon fils. — Tu ne pourras pas remplir mes conditions. — Ordonne et cela sera. » Il lui dit : « Fais hors de la ville un château en or. » Elle s’en retourna chez elle : « Mon fils, voici ce que demande le roi. » Il sortit dans la campagne, remua son anneau et lui commanda un château. « Ferme les yeux », dit l’anneau. Quand il les ouvrit, il trouva un château comme il l’avait demandé. Il alla rejoindre sa mère et la renvoya chez le roi : « Dis-lui que ce château existe. » Le prince monta en haut de son palais et vit le château tel qu’il l’avait exigé, « Envoie, dit-il, quarante nègres avec de l’or et de l’argent, alors je te donnerai ma fille. » Elle retourna vers son fils qui envoya les nègres portant de l’or et de l’argent. Le roi dit à ses sujets : « Demain, ma fille se marie, habillez-vous et parez-vous bien, vous l’amènerez au château d’or. » Ils la conduisirent à son mari qui passa la nuit avec elle. Le lendemain, il se leva d’auprès d’elle et alla à la chasse.

Le Juif vint auprès du château avec un panier d’anneaux. La fille du roi l’aperçut par la fenêtre et lui dit : « Combien vends-tu tes anneaux ? Le juif répondit : « Je ne t’en vendrai pas, sinon pour un que ton mari possède. — Il est jeune, dit-elle, il ne me le donnera pas. » Le juif répartit : « Dis-lui qu’il te le donne ; demain, je te ferai présent d’un autre. » Le lendemain, il vint lui dire : « Apporte-le, que je voie celui qu’il t’a donné, je te ferai cadeau d’un autre. » Elle descendit et ouvrit la porte. Il ajouta : « Place-le avec les autres. » Il le changea et lui en donna un autre, puis il dit : « Ferme la porte. » Ensuite le Juif emporta l’anneau le tourna et demanda une natte sur laquelle il se plaça et monta au ciel. Il se rendit dans une ville éloignée, sur le bord de la mer, descendit, tourna la bague et entra dans son château.

Quand le fils de la sorcière revint chez lui, il trouva son palais d’or changé en briques d’argile. Il rendit la fille du roi à son père et, quelque temps après, il prit son oiseau, son chat et son lévrier et se mit en route pour une ville lointaine. Il chercha l’entrée, pénétra dans une ville pareille à Alger et questionna les habitants sur le château d’or. Il ne trouva rien. Alors il lâcha son oiseau et lui dit : « Monte en l’air : quand tu verras une étoile briller dans une terre éloignée, dis-le moi. » L’oiseau revint dans la nuit et dit : « J’ai vu quelque chose qui étincelait dans un pays lointain, sur le bord de la mer. » Le jeune homme alla acheter de la viande pour son oiseau et lui dit : « Rassasie-toi, demain tu partiras. » Le lendemain il ajouta : « J’attendrai trois jours, que tu reviennes. » L’oiseau lui dit : « Je prendrai le chat avec moi. »

Il l’emporta au haut des airs, puis ils descendirent dans une île au milieu de l’eau et y passèrent la nuit. Le lendemain, ils s’élevèrent en l’air et virent le château près d’eux. Ils descendirent à la ville des rats. Ceux-ci leur demandèrent : « Que voulez-vous ? Pourquoi êtes-vous venus ? » Le chat alla près de la porte et se coucha. Les rats fermèrent les portes et ajoutèrent : « Commande, que veux-tu ? — Vous me donnerez, leur dit-il, quatre personnes, braves et fortes. » Ils répondirent : « Nos femmes ont avorté, tant elles te craignent. » Il reprit : Vous m’apporterez une chose qui est au bordj. — Allons. » Quatre d’entre eux partirent, ils creusèrent par dessous le château, y entrèrent et trouvèrent le Juif endormi. Ils examinèrent ses doigts, mais n’aperçurent pas l’anneau. Ils s’en retournèrent dehors, et dirent au chat : « Nous n’avons rien trouvé. — Amenez vos sorciers. » L’un d’eux leur dit : « L’anneau est dans ses narines. » Ils revinrent au château, mirent leurs queues dans de l’huile bouillante où l’on avait pilé du poivre et les introduisirent dans le nez du juif. Celui-ci éternua, l’anneau tomba, un des rats s’en empara, l’emporta dehors et le donna au chat.

Le chat le mit dans sa bouche et dit à l’oiseau : « Partons, nous avons accompli notre tâche. » Il monta sur ses épaules, ils s’élevèrent en l’air et arrivèrent à une ville sur le bord de la mer où ils passèrent la nuit. L’oiseau dit au chat : « C’est moi qui t’ai fait arriver ici, donne-moi l’anneau que je le mette dans mon bec. — Je ne te le donnerai pas », répliqua le chat. Pendant la discussion, la bague tomba dans la mer et entra dans l’oreille d’un poisson.

L’oiseau et le chat sortirent de l’eau ; le second se mit à frotter sa queue sur le sable. Un poisson lui demanda : » Que fais-tu ? — Je veux faire sécher la mer sur vous pour que vous mourriez. — Finis, dis-nous ce que tu désires. — Donnez-moi mon anneau. — Je vais revenir tout à l’heure », dit le poisson. Il rentra dans la mer et répandit cette nouvelle. Beaucoup d’autres accoururent, et l’un d’eux dit : « Interrogez un tel qui est très vieux. — Hier, répondit celui-ci, il m’est tombé quelque chose dans l’oreille, regardez-y. » Les poissons furent contents et le donnèrent au chat qui le prit et se raccommoda avec l’oiseau.

Ils apportèrent la bague à leur maître ; celui-ci l’emporta dans son pays, fit revenir son château comme il était ; la fille du roi retourna auprès de lui et quand son beau-père mourut, il régna à sa place (207).