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Nouvelles poésies (Van Hasselt)/L’Enfant de la veuve

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Ballades
Nouvelles PoésiesBruylant et Cie (p. 173-177).



BALLADES.




L’enfant de la veuve.

ÉCRIT SUR L’ALBUM DE Mme PAULINE BRAQUAVAL.





Een moeder, die niet vragen dorst.
H. Tollens.





L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Avec tes cris, ô mon enfant,
Tu me déchires les entrailles.
Nous allons faire les semailles
Demain dès le soleil levant. —


L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Enfant, Dieu bénit nos sillons.
Comme le blé lève et prospère !
L’été viendra tantôt, j’espère,
Pour le dorer de ses rayons. —

L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Trêve à ces cris, mon beau garçon.
Vois, les bluets d’azur fleurissent.
Déjà les blonds épis mûrissent.
Nous allons faire la moisson. —

L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Encore un seul, un seul instant
Écoute, écoute, mon cher ange.
On bat les gerbes dans la grange.
Notre blé le meunier l’attend. —


L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Encore un seul, un seul moment.
N’entends-tu pas le four bruire ?
Il chauffe, et nous allons y cuire
Un petit pain de pur froment. —

L’enfant criait (angoisse amère !) :
« Oh ! j’ai si faim. Du pain, ma mère ! »

— Hélas ! trésor si doux, si cher,
Je rêvais donc ? J’étais donc folle ?
Car pas de pain, pas une obole…
Enfant, veux-tu manger ma chair ? —
 
Et le petit (angoisse amère !)
Ne criait plus. — Ô pauvre mère !



Octobre 1856.