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Odes funambulesques/1874/Avertissement

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Odes funambulesquesAlphonse Lemerre (p. 1-4).


AVERTISSEMENT


de la deuxième édition.



— 1859 —


En écrivant à ses heures perdues les Odes funambulesques, l’auteur n’avait pas cette fois essayé de créer une manifestation de sa pensée ; il cherchait seulement une forme nouvelle. Aussi pensait-il que sa signature ne devait pas être attachée à ce petit livre. La critique en a décidé autrement, et l’auteur accepte son arrêt. Avec une merveilleuse intuition, ses juges ont tout d’abord deviné ses intentions les plus secrètes ; et, devenus maîtres de sa pensée intime, ils l’ont révélée et expliquée au public avec une conscience et une habileté rares. L’auteur leur témoigne sa soumission et sa reconnaissance en n’effaçant pas le nom qu’il leur a plu de replacer sur le titre des Odes funambulesques.

Aujourd’hui, que pourrait-il dire sur le sens de cet opuscule qui n’ait été déjà dit et cent fois mieux qu’il ne pourrait le faire ? La langue comique de Molière étant et devant rester inimitable, l’auteur a pensé, en relisant les poëtes du XVIe siècle d’abord, puis Les Plaideurs, le quatrième acte de Ruy Blas et l’admirable premier acte de L’École des Journalistes, qu’il ne serait pas impossible d’imaginer une nouvelle langue comique versifiée, appropriée à nos mœurs et à notre poésie actuelle, et qui procéderait du véritable génie de la versification française en cherchant dans la rime elle-même ses principaux moyens comiques.

De plus il s’est souvenu que les genres littéraires arrivés à leur apogée ne sauraient mieux s’affirmer que par leur propre parodie, et il lui a semblé que ces essais de raillerie, même inhabiles, serviraient peut-être à mesurer les vigoureuses et puissantes ressources de notre poésie lyrique. N’est-ce pas parce que Les Orientales sont des chefs-d’œuvre qu’elles donnent même à leurs caricatures un fugitif reflet de beauté ? Et, s’il était permis d’invoquer ici l’exemple de celui que nous devons toujours nommer à genoux, la Batrachomyomachie ne fait-elle pas voir mieux que tous les commentaires possibles le rayonnement inouï et les aveuglantes splendeurs de l’Iliade ?


Bellevue, janvier 1859.