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Orgueil et Préjugé (Paschoud)/12

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Traduction par anonyme.
J. J. Paschoud (1p. 127-132).

CHAPITRE XII.

Du consentement de Jane, elle-même, Elisabeth écrivit à sa mère le lendemain matin pour lui demander de leur envoyer la voiture dans la journée. Mistriss Bennet avoit compté que ses filles resteroient à Netherfield jusqu’au mardi, ce qui auroit complété la semaine ; elle ne pouvoit se décider à les voir revenir avant ce moment là, aussi sa réponse ne fut-elle pas conforme aux désirs d’Elisabeth, qui étoit fort impatiente de retourner chez elle. Mistriss Bennet leur écrivit qu’il étoit impossible de leur envoyer la voiture avant mardi, et elle ajoutoit par postcriptum, que si M. Bingley et ses sœurs, les pressoient de ne pas les quitter, elles pouvoient y consentir. Malgré tout cela, Elisabeth étoit parfaitement décidée à ne pas rester plus longtemps. Elle ne pensoit pas qu’on le leur demandât ; elle craignoit plutôt qu’on ne trouvât que leur séjour eût été trop prolongé. Elle pressa donc Jane de demander à M. Bingley de leur prêter sa voiture ; et il fut décidé qu’elles manifesteroient leur intention de quitter Netherfield le matin même.

Leur résolution excita beaucoup de démonstrations de chagrin, et on leur témoigna assez vivement le désir de les conserver au moins jusqu’au jour suivant, pour que Jane consentit à rester. Ainsi leur départ fut remis au lendemain.

Miss Bingley fut alors très-fâchée d’avoir proposé ce retard, car la jalousie et l’antipathie que lui inspiroit une des sœurs étoit fort au-dessus de l’affection qu’elle ressentoit pour l’autre.

Le maître de la maison avoit appris avec un vif chagrin leur intention de partir si promptement, il essaya plusieurs fois de persuader à Miss Bennet que cela n’étoit pas prudent, qu’elle n’étoit pas encore assez bien rétablie ; mais Jane avoit de la fermeté lorsqu’elle sentoit qu’elle avoit raison.

Quant à Mr. Darcy, il fut bien aise d’apprendre ce départ. Elisabeth avoit demeuré assez longtemps à Netherfield ; il sentoit qu’elle avoit plus d’attrait pour lui qu’il ne l’auroit voulu ; d’ailleurs Miss Bingley étoit tout-à-fait impolie à son égard, et plus fatigante que jamais pour lui. Il prit la sage résolution de ne plus laisser échapper aucun signe d’admiration, qui pût faire naître à Elisabeth l’idée qu’elle avoit quelque influence sur lui : persuadé que si elle avoit pu en avoir quelques soupçons, la conduite qu’il tiendroit vis-à-vis d’elle dans ce dernier jour, le confirmeroit ou le détruiroit ; il lui dit à peine dix paroles dans toute la journée du samedi ; et comme ils se trouvèrent une fois seuls pendant plus d’une demi heure, il parut mettre encore plus d’attention à sa lecture, et l’abstint même de la regarder.

Cette séparation qui étoit agréable à presque tous les individus, eut enfin lieu le dimanche matin après le service. La politesse de Miss Bingley pour Elisabeth augmenta tout-à-coup, ainsi que son affection pour Jane. Après avoir assuré la dernière du plaisir qu’elle auroit toujours à la voir, soit à Netherfield, soit à Longbourn et l’avoir tendrement embrassée, elle tendit la main à la première. Elisabeth prit congé de tout le monde avec le plus grand plaisir.

Elles ne furent pas très-bien reçues de leur mère, qui fut très étonnée de leur retour. Elle trouvoit qu’elles avoient eu tort de revenir si promptement, et elle étoit sûre que Jane auroit encore pris froid ! Leur père, quoique très-laconique, dans sa manière d’exprimer sa satisfaction, étoit vraiment content de les revoir. Il avoit senti combien elles étoient nécessaires à l’agrément de sa vie de famille. La conversation du soir avoit perdu tout son bon sens et tout son piquant par l’absence de Jane et d’Elisabeth. Elles retrouvèrent Mary enfoncée, comme à son ordinaire, dans l’étude de la nature humaine ; elles eurent à admirer quelques nouveaux extraits, et à essuyer quelques nouvelles observations sur le sujet si rebattu de la morale. Catherine et Lydie avoient des détails d’une toute autre espèce à leur communiquer. On avoit dit et fait beaucoup de choses au régiment depuis mercredi dernier ! Plusieurs officiers avoient dîné tout récemment chez leur oncle, un soldat avoit été fouetté, et l’on croyoit que le colonel Forster alloit se marier.