Pédagogie sportive/II/II

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Les Éditions G. Crès et Cie (p. 69-71).

Caractéristiques générales.

La pratique d’un sport comporte trois phases successives. Tout sport, en effet, exige premièrement une gymnastique déterminée qui adapte le corps aux mouvements nécessaires et crée l’accoutumance musculaire désirable. Puis il devient une science : le sportif expérimenté possède son sujet ; il acquiert des connaissances grandissantes. Enfin le sport peut devenir un art selon le degré de perfection auquel parvient celui qui le pratique.

1° La préparation gymnique d’un exercice sportif se ramène à une besogne primordiale essentielle : le dressage des muscles, de façon à obtenir que ceux qui ne sont pas requis d’agir se tiennent tranquilles et ne gênent pas la manœuvre de ceux qui le sont. C’est « la bonne volonté » des muscles et l’encombrement en résultant qui provoquent et alimentent la maladresse sportive ; chez le novice, ils se précipitent tous à l’appel et le désordre en résulte (ex. : le cavalier au trot, le tennisseur, le boxeur français, etc., chez lesquels ce désordre est particulièrement visible).

D’autre part, chaque homme présente une figure mécanique qui lui est spéciale et que déterminent chez lui la longueur des leviers, leurs rapports proportionnels, la façon dont ils jouent et, d’une manière générale, toutes les particularités corporelles aptes à en faciliter ou à en entraver le fonctionnement. Dès qu’intervient un engin (cheval, bateau, cycle, barre fixe, patin, perche à sauter, etc.) la figure mécanique de l’homme doit s’adapter à celle de l’engin qui prolonge en quelque sorte ses propres membres. La préparation gymnique ne peut donc être exactement la même pour tous. Par le moyen de la cinématographie et de la radiographie, il semble qu’on pourrait arriver à fixer utilement les particularités mécaniques de chacun.

2° Les connaissances sportives n’ont point d’autre source que l’expérience personnelle. L’observation la plus minutieuse portant sur autrui n’a de valeur que conduite par quelqu’un de personnellement expérimenté. En sport, l’empirisme joue et jouera toujours le rôle essentiel. La théorie déraille très vite livrée à elle-même. Le principal motif en est que le théoricien se cantonne forcément sur le terrain physiologique le seul qu’il puisse repérer convenablement chez autrui. Cela le porte à édicter des lois générales et rigides que vient contredire l’individualisme psychique de chacun. Le rôle du psychisme chez le sportif est immense mais le non-sportif ne s’en rend pas compte.

3° Le degré supérieur n’est pas, en général, à la portée de tous ceux qui voudraient y atteindre ; il est assez rare que la volonté suffise à y conduire. Le tempérament et l’hérédité interviennent ici. Au point de vue tempérament, les sportifs se divisent en deux catégories qu’on pourrait appeler « Haute école » et « va de l’avant »[1] selon qu’ils sont aptes à travailler — au besoin sur place et en le fragmentant — le mouvement qu’ils veulent perfectionner ou bien que l’aspiration passionnée vers les sensations de rapidité, de distance, de force, d’endurance domine leur personnalité. Quant à l’atavisme sportif, c’est chose encore peu connue. Il semble qu’il faille plusieurs générations successives pratiquant le même sport pour déterminer une dose appréciable de facilité atavique, facilité se traduisant plutôt chez le descendant qui en bénéficie par une moindre dépense (donc par une diminution de fatigue) que par une adresse spontanée à exécuter les mouvements nécessaires. Mais ce ne sont là que des demi-conjectures.

  1. Voir mes Essais de Psychologie sportive, p. 187.