Page:Œuvres philosophiques de Leibniz, Alcan, 1900, tome 2.djvu/117

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soit naturelle, soit surnaturelle, exigeant les châtiments, demandant les récompenses ; tout comme il arrive effectivement dans ce monde, après que Dieu l’a choisi. La prière et la bonne action était dès lors une cause ou condition idéale, c’est-à-dire une raison inclinante qui pouvait contribuer à la grâce de Dieu, ou à la récompense, comme elle le fait à présent d’une manière actuelle. Et comme tout est lié sagement dans le monde, il est visible que Dieu prévoyant ce qui arriverait librement, a réglé là-dessus encore le reste des choses par avance, ou (ce qui est la même chose) il a choisi ce monde possible, où tout était réglé de cette sorte.

55 Cette considération fait tomber en même temps ce qui était appelé des anciens le sophisme paresseux (logos argos) qui concluait à ne rien faire : car, disait-on, si ce que je demande doit arriver, il arrivera, quand je ne ferais rien ; et s’il ne doit point arriver, il n’arrivera jamais, quelque peine que je prenne pour l’obtenir. On pourrait appeler cette nécessité, qu’on s’imagine dans les événements, détachée de leurs causes, fatum mahumetanum, comme j’ai déjà remarqué ci-dessus, parce qu’on dit qu’un argument semblable fait que les Turcs n’évitent point les lieux où la peste fait ravage. Mais la réponse est toute prête ; l’effet étant certain, la cause Qui le produira l’est aussi ; et si l’effet arrive, ce sera par une cause proportionnée. Ainsi votre paresse fera peut-être que vous n’obtiendrez rien de ce que vous souhaitez, et que vous tomberez dans les maux que vous auriez évités en agissant avec soin. L’on voit donc que la liaison des causes avec les effets, bien loin de causer une fatalité insupportable, fournit plutôt un moyen de la lever. Il y a un proverbe allemand qui dit, que la mort veut toujours avoir une cause ; et il n’y a rien de si vrai. Vous mourrez ce jour-là (supposons que cela soit, et que Dieu le prévoie), oui, sans doute ; mais ce sera parce que vous ferez ce qui vous y conduira. Il en est de même des châtiments de Dieu, qui dépendent aussi de leurs causes, et il sera à propos de rapporter à cela ce passage fameux de saint Ambroise[1] (in cap. 1, Lucte) Novil Dominiis mutare sentenliam, si tu noveris mutare delicturn, qui ne doit pas être entendu de la réprobation, mais de la commination, comme celle queJonas lit de la part de Dieu aux Mnivites. Et ce dicton vulgaire, Si non es prœdestwatus, fac ut,

  1. Saint Ambroise, l’un des Pères de l’Église iatine, né en 340, mort en 397 ; évûquu de Milan en 361. La meilleure édition complote de ses œuvres est celle des Bénédictins, 2 vol. in-fol., 168G-90