Page:Émile Faguet - L'Art de lire.djvu/88

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



CHAPITRE VI

LES ÉCRIVAINS OBSCURS



Il y a une catégorie d’auteurs qu’au point de vue de l’art de lire il faut considérer très attentivement : ce sont, comme on les a appelés, « les auteurs difficiles », c’est-à-dire ceux qu’on ne comprend pas du premier regard, ni même du second, les Lycophron, les Maurice Scève, les Mallarmé. Ces auteurs jouissent toujours d’une très grande réputation. Ils ont un ban et un arrière-ban d’admirateurs. Le ban est composé de ceux qui prétendent les entendre, l’arrière-ban de ceux qui n’osent pas dire qu’ils ne les comprennent pas et qui, sans les lire, déclarent qu’ils sont exquis. Ceux du premier ban sont tout à fait fanatiques, leur admiration étant faite de l’admiration qu’ils ont pour leur intelligence et du mépris qu’ils font de l’inintelligence d’autrui. Ce sont des initiés ; ils ont toute la morgue et toute l’intransigeance des initiés aux mystères.

Remarquez qu’ils n’ont pas absolument tort. Ils partent de ce principe que tout texte qui est compris du premier coup par n’importe qui n’est pas de la littérature. Et ce principe n’est point tout à fait faux. Peut être compris du premier coup par n’importe qui