Page:Énault, Feuillet, Ferrier, Labiche - Le chien du capitaine, La fée, Le codicille, Le major Cravachon, 1897.djvu/230

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le cas où madame de Chantenay contracterait un second mariage, mon testament deviendrait nul et sans effet, et l’universalité de mes biens retournerait à mes neveux, mes seuls héritiers naturels. ” La physionomie de l’adorateur n’offre plus que les symptômes les plus accentués d’un parfait hébêtement. — “ Mais vous n’aimez que moi ! moi seule ! Ce que vous aimez en moi, c’est moi !… Les traits de mon visage ! mes yeux, mon front !… ” Oh ! comme ils sont drôles, tous ! protestant, balbutiant, et finalement battant en retraite, pour ne plus revenir jamais !… Oh ! la joyeuse comédie !… les bonnes têtes !… et les vilaines gens !… Vous ne riez pas ?

Pontgouin. Je pense à un cas qui pourrait se présenter.

Marie. Lequel !

Pontgouin. S’il se rencontrait un homme… un paladin… qui sortît de l’épreuve, triomphalement !…

Marie. Il ne se rencontrera pas.

Pontgouin. Mais encore !… admettez l’hypothèse !…

Marie. Il ne serait pas de son siècle ! et comme ce siècle a soixante dix-neuf ans, déjà, cette circonstance gâterait bien un peu le parti !

Pontgouin. Il aurait trente ans, environ !

Marie. Ce serait un berger d’Arcadie !

Pontgouin. Vous l’épouseriez ?…

Marie. Vous tenez tant que cela à me marier !

Pontgouin. J’y tiens beaucoup !

Marie. Qu’est-ce que je vous ai donc fait !

Pitou, entrant. Monsieur le sous-préfet demande madame.

Pontgouin. Un de vos courtisans !

Marie. Oui ! depuis huit jours il tourne autour de la déclaration. Parieriez-vous pour lui ?