Page:Énault, Feuillet, Ferrier, Labiche - Le chien du capitaine, La fée, Le codicille, Le major Cravachon, 1897.djvu/229

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partie ! Cette fois les épouseurs sortent de dessous terre, et je ne puis faire un pas, sans me heurter contre une demande en mariage.

Pontgouin. Qui vous assure qu’elles soient, toutes, intéressées ?…

Marie. Qui m’assure ?… une épreuve, bizarre peut-être, mais concluante, à laquelle je mets régulièrement chacun de mes adorateurs.

Pontgouin. Et cette épreuve ?…

Marie. Vous n’êtes pas sur les rangs, mon ami !… je puis donc vous la dire : Ma fortune est l’œuvre de M. de Chantenay : un testament me l’a donnée ; j’ai imaginé un codicille qui me l’ôterait ; et vous voyez d’ici la comédie : “ — Vous m’aimez, monsieur, et je vous crois, et je suis certaine que vous n’aimez que moi ?… — Que vous, madame ! et quelle femme pourrait lutter contre tant de charmes… de grâces… de séductions ? — Je m’explique : ce que vous aimez en moi, c’est moi ? — Vous ! vous seule ! Les traits de votre visage, vos yeux, votre front, votre beauté ! Votre âme qui se reflète… — Merci ! je ne crains plus de vous faire une révélation qui refroidirait peut-être une tendresse moins passionnée ! — Vous avez une révélation à me faire ? — ” Ici la voix de l’adorateur tremble un peu, sans que l’adoration soit pour rien dans le tremblement. — “ Rassurez-vous, cette révélation ne touche ni à ma foi, ni à mon honneur, ni à rien de ce que vous aimez en moi. Elle n’a trait qu’à de misérables détails de fortune… — Vous me rassurez, madame, et ces misérables… détails ? ” La physionomie de l’adorateur se rembrunit… — “ M. de Chantenay m’a légué toute sa fortune par un testament en bonne forme. — En bonne forme ! ” — La sérénité renaît sur le front de l’adorateur… — “ Mais un codicille était joint au testament. — Un codicille ?.. Qui disait ?… ” Nouveau rembrunissement. — “ Dans