Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/226

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encore plus en colère que toi, et il veut créer roi le loup. Hélas ! le méchant maître ! Mais viens, ne crains rien et sois doux comme un mouton. Car, j’en jure par toutes les feuilles et les sources, tu n’as aucun mal à craindre du lion. Quant à moi, je ne veux servir que toi. » En abusant ainsi le malheureux, il le décida à venir de nouveau. Quant il eut pénétré dans l’antre, le lion eut de quoi dîner, et il avala tous les os, les moelles et les entrailles. Le renard était là, qui regardait. Le cœur étant tombé, il le saisit à la dérobée, et le mangea pour se dédommager de sa peine. Mais le lion, après avoir cherché tous les morceaux, ne retrouvait pas le cœur. Alors le renard, se tenant à distance, lui dit : « Véritablement ce cerf n’avait pas de cœur ; ne le cherche plus ; car quel cœur pouvait avoir un animal qui est venu par deux fois dans le repaire et les pattes du lion ? »

Cette fable montre que l’amour des honneurs trouble la raison et ferme les yeux sur l’imminence du danger.


200
LE LION, L’OURS ET LE RENARD.

Un lion et un ours, ayant trouvé un faon de biche, se battaient à qui l’aurait. Ils se portèrent l’un à l’autre des coups terribles, tant qu’enfin, pris de vertige, ils s’abattirent à demi morts. Un renard, qui passait, les voyant énervés, et le faon gisant au milieu, l’enleva et s’en alla en passant entre eux deux. Et eux, hors d’état de se relever, murmurèrent : « Malheureux que nous sommes ! c’est pour le renard que nous avons pris tant de peine. »

La fable montre qu’on a raison de se dépiter, quand on voit les premiers venus emporter le fruit de ses propres travaux.


201
LE LION ET LA GRENOUILLE

Un lion, ayant entendu coasser une grenouille, se retourna