Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/286

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éponges ayant pompé l’eau, il ne put se relever et périt noyé.

Ainsi parfois les hommes ne se doutent pas que ce sont leurs propres ruses qui les précipitent dans le malheur.



266
L’ÂNE QUI PORTE UNE STATUE DE DIEU


Un homme, ayant mis une statue de dieu sur le dos d’un âne, le conduisait à la ville. Comme les passants se prosternaient devant la statue, l’âne, s’imaginant que c’était lui qu’on adorait, ne se tint plus d’orgueil ; il se mit à braire et il refusa d’avancer. L’ânier, devinant sa pensée, lui dit en le frappant de son gourdin : « Pauvre cervelle ! il ne manquait plus que cela, de voir un âne adoré des hommes. »

Cette fable montre que ceux qui font vanité des avantages d’autrui prêtent à rire à ceux qui les connaissent.



267
L’ÂNE REVÊTU DE LA PEAU DU LION ET LE RENARD


Un âne, ayant revêtu une peau de lion, faisait le tour du pays, effrayant les animaux. Il aperçut un renard et voulut l’effrayer aussi. Mais le renard, qui avait justement entendu sa voix auparavant, lui dit : « N’en doute pas, tu m’aurais fait peur à moi aussi, si je ne t’avais pas entendu braire. »

C’est ainsi que des gens sans éducation, qui, par leurs dehors fastueux, paraissent être quelque chose, se trahissent par leur démangeaison de parler.



268
L’ÂNE LOUANT LE SORT DU CHEVAL


L’âne trouvait le cheval heureux d’être nourri dans l’abon-