Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sance, on ne saurait le garder : nus nous sommes venus, nus nous partirons.

344


L’AVARE


Un avare convertit en or toute sa fortune, en fit un lingot et l’enfouit en un certain endroit, où il enfouit du même coup son cœur et son esprit. Tous les jours il venait voir son trésor. Or un ouvrier l’observa, devina ce qu’il en était, et, déterrant le lingot, l’emporta. Quelque temps après, l’avare vint aussi, et, trouvant la place vide, il se mit à gémir et à s’arracher les cheveux. Un quidam l’ayant vu se lamenter ainsi, et s’étant informé du motif, lui dit : « Ne te désespère pas ainsi, l’ami ; car, tout en ayant de l’or, tu n’en avais pas. Prends donc une pierre, mets-la à la place de l’or, et figure-toi que c’est ton or ; il remplira pour toi le même office ; car à ce que je vois, même au temps où l’or était là, tu ne faisais pas usage de ton bien. »

Cette fable montre que la possession n’est rien, si la jouissance ne s’y joint.

345


LE FORGERON ET SON CHIEN


Un forgeron avait un chien. Quand il forgeait, le chien dormait ; mais quand il se mettait à manger, le chien venait se mettre à ses côtés. Le forgeron, lui ayant jeté un os, lui dit : « Malheureuse bête, toujours endormie, quand je frappe mon enclume, tu dors ; mais quand je remue les mâchoires, aussitôt tu t’éveilles. »

Les gens endormis et paresseux qui vivent du travail d’autrui se reconnaîtront en cette fable.