Page:Ésope - Fables - Émile Chambry.djvu/70

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C’est ainsi que les hommes sensés lisent dans le jeu des méchants, malgré toutes leurs affectations d’honnêteté.

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LA CHÈVRE ET LE CHEVRIER


Un chevrier rappelait ses chèvres à l’étable. L’une d’ elles s’étant attardée à quelque friande pâture, le chevrier lui lança une pierre, et visa si juste qu’il lui cassa une corne. Alors il se mit à supplier la chèvre de ne pas le dire au maître. La chèvre répondit : « Quand bien même je garderais le silence, comment pourrais-je le cacher ? Il est visible à tous les yeux que ma corne est cassée. »

Quand la faute est évidente, il est impossible de la dissimuler.

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LA CHÈVRE ET L’ÂNE


Un homme nourrissait une chèvre et un âne. Or la chèvre devint envieuse de l’âne, parce qu’il était trop bien nourri. Et elle lui dit : « Entre la meule à tourner et les fardeaux à porter, ta vie est un tourment sans fin, » et elle lui conseillait de simuler l’épilepsie, et de se laisser tomber dans un trou pour avoir du repos. Il suivit le conseil, se laissa tomber et se froissa tout le corps. Son maître ayant fait venir le vétérinaire, lui demanda un remède pour le blessé. Le vétérinaire lui prescrivit d’infuser le poumon d’une chèvre ; ce remède lui rendrait la santé. En conséquence on immola la chèvre pour guérir l’âne.

Quiconque machine des fourberies contre autrui devient le premier artisan de son malheur.

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LE CHEVRIER ET LES CHÈVRES SAUVAGES


Un chevrier, ayant mené ses chèvres au pâturage, s’aperçut