Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/159

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AUX RÉDACTEURS DU RAPPEL. IJI

aucune force ne doit être employée sans être précisée j la longueur du levier veut être proportionnée à la masse de l’obstacle. Eh bien, le plébiscite ne saurait soulever le droit, ni le déplacer, ni le retourner. Le droit préexiste. Il était avant, il sera après. Le droit existe avant le peuple, comme la morale existe avant les mœurs. Le droit crée le suffrage universel, le suffrage universel crée la loi. Voyez l’énorme distance qui sépare la loi du droit, et l’infériorité de ce qui est humain devant ce qui est éternel. Tous les hommes réunis ne pourraient pas créer un droit, et moi qui parle j’ai fait dans ma vie plusieurs centaines de lois. La loi employant le suffrage universel à détruire le droit, c’est la fille employant le père à tuer l’aïeul. Est-il rien de plus monstrueux ? Tel est pourtant le rêve de ceux qui s’imaginent qu’on peut mettre la République aux voix, donner au suffrage universel d’aujourd’hui la souveraineté sur le suffrage universel de demain, et faire supprimer le droit absolu de l’homme par le caprice momentané de l’individu.

À cette heure, l’antagonisme de la loi et du droit éclate. La révolte de l’inférieur contre le supérieur est flagrante.

Quel embarras pour les consciences et quoi de plus inquiétant que ceci : le droit et la loi coulant en sens contraire ! le droit allant vers l’avenir, la loi allant vers le passé ! le droit charriant les problèmes sociaux, la loi charriant les expédients politiques ! ceux-ci descendant, ceux-là remontant, et à chaque instant le choc ! les problèmes, qui sont les ténèbres, se heurtant aux expédients, qui sont la noirceur ! De solutions, point. Rien de plus redoutable.

Aux questions permanentes s’ajoutent les questions momentanées j les premières sont pressantes, les secondes sont urgentes. La dissolution de l’Assemblée 5 l’enquête sur les faits de mars, et aussi sur les faits de mai et de juin j l’amnistie. Quel labeur pour l’écrivain, et quelle responsabilité ! A côté des questions qui menacent, les questions qui supplient. Les cachots, les pontons, les mains jointes des femmes et des enfants. Ici la mère, ici les fils et les filles, là-bas le père ! Les familles coupées en deux, un tronçon dans le grenier, un tronçon dans la casemate. O mes amis, l’amnistie ! l’amnistie I Voici l’hiver. L’amnistie !

Demandons-la, implorons-la, exigeons-la. Et cela dans l’intérêt de tous. Une guérison locale est une guérison générale ; la plaie pansée au pied ôte la fièvre du cerveau.

L’amnistie tout de suite ! l’amnistie avant tout ! Lions l’artère , c’est le plus pressé. Disons-le au pouvoir, en ces matières la promptitude est habileté. On a déjà trop hésité, les clémences tardives aigrissent. Ne vous laissez pas contraindre par la pression souveraine de l’opinion 5 faites l’amnistie de gre