Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



II

AUX ALLEMANDS.

Cependant, l’armée allemande avançait et menaçait. Il semblait qu’il fût temps encore d’élever la voix entre les deux nations. M. Victor Hugo publia, en français et en allemand, l’appel que voici :


Allemands, celui qui vous parle est un ami.

Il y a trois ans, à l’époque de l’Exposition de 1867, du fond de l’exil, je vous souhaitais la bienvenue dans votre ville.

Quelle ville ?

Paris.

Car Paris ne nous appartient pas à nous seuls. Paris est à vous autant qu’à nous. Berlin, Vienne, Dresde, Munich, Stuttgart, sont vos capitales j Paris est votre centre. C’est à Paris que l’on sent vivre l’Europe. Paris est la ville des villes. Paris est la ville des hommes. Il y a eu Athènes, il y a eu Rome, et il y a Paris.

Paris n’est autre chose qu’une immense hospitalité.

Aujourd’hui vous y revenez.

Comment ?

En frères, comme il y a trois ans ?

Non, en ennemis.

Pourquoi ?

Quel est ce malentendu sinistre ?

Deux nations ont fait l’Europe. Ces deux nations sont la France et l’Allemagne. L’Allemagne est pour l’occident ce que l’Inde est pour l’orient, une sorte de grande aïeule. Nous la vénérons. Mais que se passe-t-il donc ? et qu’est-ce que cela veut dire ? Aujourd’hui, cette Europe, que l’Allemagne a construite par son expansion et la France par son rayonnement, l’ Allemagne veut la défaire.

Est-ce possible ?

L’Allemagne déferait l’Europe en mutilant la France.

L’Allemagne déferait l’Europe en détruisant Paris.

Réfléchissez.

Pourquoi cette invasion. ? Pourquoi cet effort sauvage contre un peuple frère ?