Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/466

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UN ÉCONOMISTE À M. DE LAMARTINE.


À L’OCCASION DE SON RÉCIT INTITULÉ :


DU DROIT AU TRAVAIL.


Monsieur[1],

Le talent prodigieux dont vous a doué la nature, talent que rehausse une réputation sans tache, après avoir fait de vous le point de mire des partis, vous a signalé comme l’attente des doctrines. Vos opinions, à demi voilées, laissaient à chaque école l’espoir de vous rallier. Le catholicisme, le néo-christianisme, la liberté, et même ces modernes excentricités qu’on nomme saint-simonisme, fouriérisme, communisme, comptaient sur vous, espéraient en vous. Le système qui se résume par le mot concentration forcée, celui qui se formule par le mot libre concurrence, la théorie qui veut imposer au travail, aux facultés, aux capitaux une organisation artificielle, celle qui ne voit pas de meilleure organisation des forces sociales que leur naturelle gravitation, toutes les écoles, en un mot, vous désiraient pour auxiliaire et vous eussent accepté pour chef.

Car il n’en est pas dont vous n’eussiez été le plus puissant interprète. Que faut-il à une idée qui porte en elle-même l’élément du triomphe, la vérité ? Être connue, être comprise, être vulgarisée ; et, pour cela, il lui faut des expressions saisissantes, des formules lumineuses qui, par leur clarté soudaine, aillent réveiller dans tous les cœurs cette sympathie innée pour le vrai et le juste que la libéralité de la Providence y a déposée. Voilà pourquoi les hommes de labeur, de veille et d’étude auraient confié à

  1. Extrait du Journal des Économistes, n° de février 1845.