Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/467

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votre parole le travail des années et des siècles, les investigations de la science, les rectifications de l’expérience, en un mot, tout le mouvement intellectuel de leur école, afin que vous le manifestassiez au monde. Par cette heureuse combinaison de fortes pensées et de vives images, dont vous seul possédez le secret, par le privilége inouï, qui n’a été dévolu qu’à vous, de faire pénétrer la logique dans la poésie et la poésie dans la logique, vous eussiez fait briller la vérité dans le cabinet du savant, dans l’atelier de l’artiste, dans le salon et le boudoir, dans le palais et la chaumière ; vous lui eussiez frayé une voie vers la chaire et vers la tribune.

Et moi aussi, monsieur, parce que j’ai dans l’esprit une conviction entière, parce que je porte au cœur une foi inébranlable, combien de fois n’ai-je pas tourné mes regards vers vous ! combien de fois n’ai-je pas demandé aux paroles tombées de vos lèvres, aux écrits échappés à votre plume, s’ils ne m’apportaient pas enfin le secret de vos opinions, s’ils ne recélaient point votre vague et mystérieux symbole ! Car comprenant ou du moins croyant sincèrement comprendre le mécanisme des forces sociales, je me disais : « Cette lumière n’est rien tant qu’elle est sous le boisseau ; et elle n’en sortira qu’à la voix puissante de l’homme capable de fondre dans sa parole la dialectique du métaphysicien, l’expérience de l’homme d’État, l’éloquence du tribun, l’ardente charité du chrétien et l’accent délicieux du poëte. »

Vous vous êtes prononcé enfin. Mais, hélas ! l’attente des écoles économiques a été trompée. Vous n’en reconnaissez que deux, et vous déclarez n’appartenir ni à l’une ni à l’autre. Tel est l’écueil du génie. Il dédaigne les voies explorées et le trésor des connaissances accumulé par les siècles. Il cherche son trésor en lui-même ; il veut se frayer sa propre voie.