Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/477

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que sa liberté ; il n’y a d’autre distribution des salaires que le travail lui-même se rétribuant par ses œuvres et se faisant à lui-même une justice que vos systèmes arbitraires ne lui feraient pas. Le libre arbitre du travail dans le producteur, dans le consommateur, dans le salaire, dans l’ouvrier, est aussi sacré que le libre arbitre de la conscience dans l’homme. En touchant à l’un, on tue le mouvement ; en touchant à l’autre, on tue la moralité. Les meilleurs gouvernements sont ceux qui n’y touchent pas. »

Et ailleurs : « Nous ne connaissons d’autre organisation possible du travail dans un pays libre que la liberté se rétribuant elle-même par la concurrence, par la capacité, par la moralité. »

Ce n’est pas assez de dire que ces paroles coïncident avec les idées des économistes ; elles embrassent et résument leur doctrine tout entière. Elles supposent en vous la pleine connaissance, la claire vue de cette grande loi de la concurrence qui porte en elle-même le remède général aux maux inévitables qu’elle peut produire dans des cas particuliers.

Et cependant, comment croire que votre vue embrasse l’ensemble des faits et des forces sociales qui découlent du principe de la liberté, quand on vous voit décliner le dogme de la responsabilité des agents intelligents et libres !

Car en parlant des deux grandes écoles, celle de la liberté et celle de la contrainte, vous dites : « J’emprunte à l’une la lumière de ses calculs, à l’autre la chaleur de sa charité. » Pour parler avec précision, vous deviez dire : « J’emprunte à l’une le principe de la liberté, à l’autre celui de l’irresponsabilité. »

En effet, il résulte des citations que je viens de produire que ce que vous avez pris aux économistes, ce n’est point des calculs seulement, c’est un principe, à savoir : « La liberté est la meilleure des organisations sociales. »