Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/487

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Ce ne sont pas là les doctrines que vous devez promulguer en France. Repoussez leurs trompeuses séductions. Rattachez-vous au principe sévère, mais vrai, mais le seul vrai, de la Liberté. Embrassez dans votre vaste intelligence et ses lois, et son action, et ses phénomènes, et les causes qui la troublent, et les forces réparatrices qui sont en elle. Inscrivez sur votre bannière : « Société libre, gouvernement simple, » — idées corrélatives et pour ainsi dire consubstantielles. Cette bannière, les partis la repousseront peut-être ; mais la nation l’embrassera avec transport. Mais effacez-y jusqu’à la dernière trace de cette devise : « Société contrainte, gouvernement compliqué ». — Des mesures exceptionnelles, applicables dans des circonstances rares, dans des cas extrêmes et d’une utilité après tout fort contestable, ne sauraient longtemps contre-balancer dans votre esprit la valeur et l’autorité d’un principe. Un principe est de tous les temps, de tous les lieux, de tous les climats et de toutes les circonstances. Proclamez donc la liberté : liberté de travail, liberté d’échanges, liberté de transactions pour ce pays et pour tous les pays, pour cette époque et pour toutes les époques. À ce prix, j’ose vous promettre sinon la popularité du jour, du moins la popularité et les bénédictions des siècles. — Un grand homme s’est emparé de ce rôle en Angleterre. Il n’y a pas de jour dans l’année, il n’y a pas d’heure dans le jour où on ne le voie exposer aux yeux des masses les grandes lois de la mécanique sociale. Il a réuni autour de lui une université mouvante, un apostolat du XIXe siècle ; et la parole de vie pénétrant dans toutes les couches de la société en a fait surgir une opinion publique puissante, éclairée, pacifique, mais indomptable, qui sous peu présidera aux destinées de la Grande-Bretagne. Car savez-vous ce qui arrive ? Plus de cinquante mille Anglais se seront mis, d’ici à la fin du mois, en possession du droit électoral pour balancer l’influence des écoles arbi-