Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/50

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lui est impossible d’achever. Sur le chapitre des salaires, qui était déjà fort avancé quand il a quitté Paris, il me dit : « Si jamais on publie cela, il faudra bien expliquer que ce n’est qu’un premier jet. J’aurais voulu refaire en entier ce chapitre. »

Il trouve un éclair de gaieté en me racontant les singulières conventions qu’il avait faites avec son hôtesse. Celle-ci avait par rapport à lui la double qualité de propriétaire et de domestique. Le mobilier et la batterie de cuisine étaient à elle. Lorsqu’elle brisait un ustensile quelconque dans ses fonctions de domestique, comme propriétaire elle en réclamait aussitôt le prix et se faisait payer par lui. Elle avait aussi l’art de maintenir le chiffre de la dépense quotidienne au même taux, bien que les consommations du malade allassent toujours diminuant…

… Ce second jour les impatiences furent moins marquées… « À quelle heure viendrez-vous demain ? » me demanda-t-il lorsque je le quittai.

Je suis convenu avec l’abbé de Monclar que je tiendrai compagnie à notre malade depuis onze heures du matin jusqu’à l’heure du dîner ; l’abbé lui consacre le commencement et la fin de la journée.

18 décembre.

En arrivant près de lui, je lui remets quelques exemplaires de la réimpression des Incompatibilités parlementaires, et lui explique que je viens de les retirer du ministère de l’Intérieur des États Romains.

Voici ce qui m’était arrivé pour ces brochures. Les douaniers de Civita-Vecchia les avaient extraites de mon sac de voyage et envoyées à la police. Je les croyais perdues, quand, passant ce matin devant le magasin du libraire Merle,… je vois exposés en vente plusieurs pamphlets de Bastiat. J’entre et demande à Merle s’il a les Incompatibilités parlementaires : « Pas encore, répond-il, mais je ne tarderai sans doute pas ; car cet écrit vient d’être réimprimé ! Je le sais, à telles enseignes que les douaniers de Civita-Vecchia ont été assez stupides, ces jours-ci, pour en saisir une demi-douzaine d’exemplaires à un voyageur français. » — « Comment donc êtes-vous si bien informé ? repris-je ; je suis le voyageur dont vous faites mention. » Alors Merle m’apprend