Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/514

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susciter l’empirisme économique de la Rome impériale ; à exhumer des théories cent fois condamnées par l’expérience et qu’on croyait ensevelies pour toujours dans les profondeurs de l’oubli. — Au moment de succomber, quand il est naturel, pour me servir d’une expression vulgaire, de se prendre à toutes les branches, le monopole terrien, par l’organe des Bentinck et des Buckingham, n’a pas essayé de demander son salut ou un répit momentané à ces théories vermoulues ; et le monde s’étonnera que ce soit vous, le grand poëte du siècle, qui soyez allé les déterrer on ne sait où, pour les exposer encore une fois, revêtues d’un magnifique langage, à la risée publique.

Décidément, votre muse s’est faite économiste ; elle ne s’est pas effarouchée de cette bizarre transformation. Un moment j’ai cru que ce caprice allait lui réussir ; c’est quand vous avez dit : « Laissons les capitaux, les industries et les salaires se faire, par la liberté, une justice que nos lois arbitraires ne leur feraient pas. »

Il me semblait qu’on ne pouvait émettre une pensée si vraie, sous une forme si précise, sans avoir suivi des deux côtés, dans leur long enchaînement, les effets de l’arbitraire et de la liberté. Et je disais à mes graves collègues : Miracle ! triomphe ! le grand poëte est à nous !

Hélas ! je vois bien que vous deviez à vos puissants et généreux instincts cet éclair de vérité, et je serais tenté de vous demander :

Si quand vous avez fait ce charmant quoi qu’on die,
Vous avez bien senti toute son énergie ;


car voilà que, d’un trait de plume, vous renversez aujourd’hui vos doctrines économiques de l’an dernier.

Voyons, avec quelque détail, ce que vous y substituez cette année.