Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 1.djvu/520

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droit, alors même qu’on ferait retentir, devant une population alarmée, de banales déclamations contre les doctrines meurtrières des amis de la liberté, contre les fautes et les crimes du gouvernement et des Chambres, contre la cupidité des spéculaleurs et l’égoïsme du commerce. Avant de semer ainsi de dangereuses, et j’ose dire, injustes préventions populaires, il faudrait au moins ne pas venir dire : Que la loi irrite de quelques degrés la faim du peuple par l’exclusion du blé étranger, afin que nous, législateurs-propriétaires, tirions un meilleur parti de notre blé.

À Dieu ne plaise, monsieur, que je révoque en doute la pureté de vos intentions. Elle éclate dans tous vos écrits. En vous lisant, on sent que vous aimez le peuple. C’est vous, je crois, qui avez le premier employé cette expression : « la vie à bon marché, » qui pourrait être le titre de notre association du Libre-Échange ; car la vie à bon marché, c’est la vie plus facile, plus douce, moins traversée de fatigues et d’angoisses, plus digne, plus intellectuelle et plus morale. La vie à bon marché, c’est le résultat que l’échange, et surtout l’échange libre, tend à produire. Assez de monopoleurs cherchent, sur cette question, à égarer le peuple ; chose facile, car tout obstacle attirant à lui une portion de travail national, il est aisé de tourner contre le progrès, sous quelque forme qu’il se présente, — Liberté, Inventions, ou Épargnes, — le sentiment des masses. Vous, monsieur, qui savez leur parler, qu’elles écoutent et qu’elles aiment, aidez-nous à les dissuader. Mais ne soyez pas surpris que le zèle contre le monopole nous emporte, quand nous avons à craindre qu’il n’ait trouvé un champion tel que vous.

Je suis, monsieur, votre dévoué serviteur.