Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 2.djvu/473

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de la potion. On peut très-charitablement donner un remède qui tue.

Un pauvre ouvrier était malade ; le docteur arrive, lui tâte le pouls, lui fait tirer la langue et lui dit : Brave homme, vous n’êtes pas assez nourri. — Je le crois, dit le moribond ; j’avais pourtant un vieux médecin fort habile. Il me donnait les trois quarts d’un pain tous les soirs. Il est vrai qu’il m’avait pris le pain tout entier le matin, et en avait gardé le quart pour ses honoraires. Je l’ai chassé, voyant que ce régime ne me guérissait pas. — L’ami, mon confrère était un ignorant intéressé. Il ne voyait pas que votre sang est appauvri. Il faut réorganiser cela. Je vais vous introduire du sang nouveau dans le bras gauche ; pour cela il faudra que je vous le tire du bras droit. Mais pourvu que vous ne teniez aucun compte ni du sang qui sortira du bras droit ni de celui qui se perdra dans l’opération, vous trouverez ma recette admirable.

Voilà où nous en sommes. L’État dit au peuple : « Tu n’as pas assez de pain, je vais t’en donner. Mais comme je n’en fais pas, je commencerai par te le prendre, et, après avoir satisfait mon appétit, qui n’est pas petit, je te ferai gagner le reste. »

Ou bien : « Tu n’as pas assez de salaires ; paye-moi plus d’impôts. J’en distribuerai une partie à mes agents, et avec le surplus, je te ferai travailler. »

Et si le peuple, n’ayant des yeux que pour le pain qu’on lui donne, perd de vue celui qu’on lui prend ; si, voyant le petit salaire que la taxe lui procure, il ne voit pas le gros salaire qu’elle lui ôte, on peut prédire que sa maladie s’aggravera.