Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 5.djvu/127

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la théorie viendrait nous dire : Cette transaction ne se fera pas, elle est illégitime, abusive et spoliatrice ; il s’agit de deux services qui n’ont pas d’équivalence possible, et que vous n’avez ni la faculté d’évaluer, ni le droit d’échanger !

Ne voyez-vous pas, Monsieur, qu’une telle théorie tue à la fois et l’échange et la liberté ? Quelle est donc l’autorité qui viendra anéantir ainsi notre commun et libre consentement ? Sera-ce la loi ? sera-ce l’État ? Mais je croyais, moi, que nous faisions la loi, que nous payions l’État pour protéger nos droits et non pour les supprimer.

Ainsi, nous étions d’accord tout à l’heure sur ce point, que l’emprunteur doit quelque chose en sus de la simple restitution. Accordons-nous maintenant sur cet autre point, que ce quelque chose est susceptible d’être évalué, et par conséquent d’être acquitté, selon la convenance des contractants, sous une des formes quelconques que peut affecter la valeur.

La conséquence qui s’ensuit, c’est que, à l’échéance, le prêteur doit recouvrer :

1° La valeur intégrale prêtée ;

2° La valeur du service rendu par le prêt.

Je n’ai pas besoin de répéter ici comment la restitution intégrale de l’objet prêté implique nécessairement la pérennité de l’intérêt.

Examinons maintenant, en peu de mots, cette seconde question :

L’intérêt du capital est-il prélevé aux dépens du travail ?

Vous le savez aussi bien que moi, Monsieur, on se ferait une idée bien circonscrite de l’intérêt, si l’on supposait qu’il n’apparaît qu’à l’occasion du prêt. — Quiconque fait concourir un capital à la création d’un produit entend être rémunéré non-seulement pour son travail, mais pour son capital ; de telle sorte que l’intérêt entre comme élément dans le prix de tous les objets de consommation.