Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 7.djvu/208

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Ils présentent la crise qui tourmente l’Angleterre comme un résultat de la liberté commerciale.

Quoi ! l’Angleterre souffre parce qu’elle paye moins de droits sur le café, le sucre, le blé et le coton ? C’est là un bien étrange paradoxe.

Mais l’Angleterre est un pays de publicité ; rien n’est plus aisé que de savoir ce qu’elle pense, et nous n’y voyons personne, sauf quelques lords désappointés, donner à la crise une si étrange explication.

Certes, les ouvriers qui manquent de travail et de pain, seraient bien excusables, dans le paroxysme des souffrances, de les attribuer à la réforme récente des tarifs. Cependant, nulle part on ne les voit réclamer le rétablissement des droits élevés.

Pourquoi ? parce qu’ils savent bien qu’en Angleterre, comme en France, la libre introduction du blé a été votée sous l’empire de la nécessité la plus absolue, et que si elle a été un remède insuffisant au mal, elle n’en a pas au moins été la cause.

Ils savent bien qu’une nation ne peut être aussi florissante quand la récolte a été emportée par un fléau que lorsqu’elle a réussi ; quand une partie considérable de substances alimentaires se détériore que lorsqu’elle se conserve.

Ils savent bien qu’ils ne peuvent pas filer et tisser autant de coton quand le coton manque que lorsqu’il ne manque pas.

Ils savent bien que lorsqu’on engage imprudemment plusieurs milliards dans des entreprises qu’on ne peut pas achever, ces milliards font défaut au travail et à l’industrie.

Ils savent bien, ou du moins ils commencent à apprendre que lorsqu’un peuple veut faire des conquêtes et exercer partout une injuste suprématie, lorsqu’il s’accable lui-même d’impôts et de dettes pour payer ses marins, ses soldats, ses diplomates, toute l’activité déployée pour satisfaire sa glo-