Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/152

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Cachelin, grisé d’espoirs, emporté dans les rêves, continuait : « Qui sait ? nous pourrons prendre de l’influence dans le pays. Vous serez peut-être député. Dans tous les cas, nous pourrons voir la société de l’endroit, et nous payer des douceurs. Vous aurez un petit cheval et un panier pour aller chaque jour à la gare. »

Des images de luxe, d’élégance et de bien-être s’éveillaient dans l’esprit de Lesable. La pensée qu’il conduirait lui-même une mignonne voiture, comme ces gens riches dont il avait si souvent envié le sort, détermina sa satisfaction. Il ne put s’empêcher de dire : « Ah ! ça oui, c’est charmant, par exemple. »

Cora, le voyant gagné, souriait aussi, attendrie et reconnaissante ; et Cachelin, qui ne distinguait plus d’obstacles, déclara :

« Nous allons dîner au restaurant. Sacristi ! il faut nous payer une petite noce. »

Ils étaient un peu gris en rentrant tous les trois, et Lesable, qui voyait double et dont toutes les idées dansaient, ne put regagner son cabinet noir. Il se coucha, peut-être par mégarde, peut-être par oubli, dans le lit encore vide où allait entrer sa femme. Et toute la nuit il lui sembla que sa couche oscillait comme un bateau, tanguait, roulait et chavirait. Il eut même un peu le mal de mer.