Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/153

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Il fut bien surpris, en s’éveillant, de trouver Cora dans ses bras.

Elle ouvrit les yeux, sourit, et l’embrassa avec un élan subit, plein de gratitude et d’affection. Puis elle lui dit, de cette voix douce qu’ont les femmes dans leurs câlineries : « Si tu veux être bien gentil, tu n’iras pas aujourd’hui au ministère. Tu n’as plus besoin d’être si exact, Puisque nous allons être très riches. Et nous partirions encore à la campagne, tous les deux, tout seuls. »

Il se sentait reposé, plein de ce bien-être las qui suit les courbatures des fêtes, et engourdi dans la chaleur de la couche. Il éprouvait une envie lourde de rester là longtemps, de ne plus rien faire que de vivre tranquille dans la mollesse. Un besoin de paresse inconnu et puissant paralysait son âme, envahissait son corps. Et une pensée vague, continue, heureuse, flottait en lui : Il allait être riche, indépendant.

Mais tout à coup une peur le saisit, et il demanda tout bas, comme s’il eût craint que ses paroles fussent entendues par les murs : « Es-tu bien sûre d’être enceinte, au moins ? »

Elle le rassura tout de suite : « Oh ! oui, va. Je ne me suis pas trompée. »

Et lui, un peu inquiet encore, se mit à la tâter doucement. Il parcourait de la main son