Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/25

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Elle murmura : « Aoh ! j’aimé… J’aimé… J’aimé … » Je vis une larme dans son œil. Elle reprit : « Je vôdré être une petite oiseau pour m’envolé dans le firmament. »

Et elle restait debout, comme je l’avais vue souvent, piquée sur la falaise, rouge aussi dans son châle de pourpre. J’eus envie de la croquer sur mon album. On eût dit la caricature de l’extase.

Je me retournai pour ne pas sourire.

Puis, je lui parlai peinture, comme j’aurais fait à un camarade, notant les tons, les valeurs, les vigueurs, avec des termes du métier. Elle m’écoutait attentivement, comprenant, cherchant à deviner le sens obscur des mots, à pénétrer ma pensée. De temps en temps elle prononçait : « Oh ! je comprené, je comprené. C’été très palpitante. »

Nous rentrâmes.

Le lendemain, en m’apercevant, elle vint vivement me tendre la main. Et nous fûmes amis tout de suite.

C’était une brave créature qui avait une sorte d’âme à ressorts, partant par bonds dans l’enthousiasme. Elle manquait d’équilibre, comme toutes les femmes restées filles à cinquante ans. Elle semblait confite dans une innocence surie ; mais elle avait gardé au cœur quelque chose de très jeune, d’enflammé.