Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, X.djvu/81

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La mâchoire était pointue, les joues creuses, les yeux saillants, et le front démesuré, couvert de cheveux blancs rejetés en arrière.

M. Torchebœuf prononça : « Asseyez-vous, mon ami, et dites-moi ce qui vous amène. »

Pour tous les autres employés il se montrait d’une rudesse militaire, se considérant comme un capitaine à son bord, car le ministère représentait pour lui un grand navire, le vaisseau amiral de toutes les flottes françaises. Lesable, un peu ému, un peu pâle, balbutia : « Cher maître, je viens vous demander si j’ai démérité en quelque chose ?

– Mais non, mon cher, pourquoi me posez-vous cette question-là ?

– C’est que j’ai été un peu surpris de ne pas recevoir d’avancement cette année comme les années dernières. Permettez-moi de m’expliquer jusqu’au bout, cher maître, en vous demandant pardon de mon audace. Je sais que j’ai obtenu de vous des faveurs exceptionnelles et des avantages inespérés. Je sais que l’avancement ne se donne, en général, que tous les deux ou trois ans ; mais permettez-moi encore de vous faire remarquer que je fournis au bureau à peu près quatre fois la somme de travail d’un employé ordinaire et deux fois au moins la somme de temps. Si donc on mettait en balance le ré-