Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/161

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Elle se déshabilla si vite qu’elle fut au lit avant que j’eusse ôté mon pardessus. Elle se mit à rire :

— Eh bien, qu’est-ce que tu as ? Es-tu changé en statue de sel ? Voyons, dépêche-toi.

Je l’imitai et je la rejoignis.

Cinq minutes plus tard j’avais une envie folle de me rhabiller et de partir. Mais cette lassitude accablante qui m’avait saisi chez moi me retenait, m’enlevait toute force pour remuer, et je restais malgré le dégoût qui me prenait dans ce lit public. Le charme sensuel que j’avais cru voir en cette créature, là-bas, sous les lustres du théâtre, avait disparu entre mes bras, et je n’avais plus contre moi, chair à chair, que la fille vulgaire, pareille à toutes, dont le baiser indifférent et complaisant avait un arrière-goût d’ail.

Je me mis à lui parler.

— Y a-t-il longtemps que tu habites ici ? lui dis-je.

— Voilà six mois passés au 15 janvier.

— Où étais-tu, avant ça ?

— J’étais rue Clauzel. Mais la concierge m’a fait des misères et j’ai donné congé.

Et elle se mit à me raconter une interminable histoire de portière qui avait fait des potins sur elle.