Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/167

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Dès qu’il m’aperçut, il se mit à pleurer, et ouvrant les bras vers sa mère :

— Ça n’est pas ma faute, maman, ça n’est pas ma faute. Je m’étais endormi et j’ai tombé. Faut pas me gronder, ça n’est pas ma faute.

Je me retournai vers la femme. Et je prononçai :

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Elle semblait confuse et désolée. Elle articula, d’une voix entrecoupée :

— Qu’est-ce que tu veux ? Je ne gagne pas assez pour le mettre en pension, moi ! Il faut bien que je le garde, et je n’ai pas de quoi me payer une chambre de plus, pardi. Il couche avec moi quand j’ai personne. Quand on vient pour une heure ou deux, il peut bien rester dans l’armoire, il se tient tranquille ; il connaît ça. Mais quand on reste toute la nuit, comme toi, ça lui fatigue les reins de dormir sur une chaise, à cet enfant… Ça n’est pas sa faute non plus… Je voudrais bien t’y voir, toi… dormir toute la nuit sur une chaise… Tu m’en dirais des nouvelles…

Elle se fâchait, s’animait, criait.

L’enfant pleurait toujours. Un pauvre enfant chétif et timide, oui, c’était bien l’enfant de l’armoire, de l’armoire froide et sombre, l’enfant qui revenait de temps en temps re-