Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/191

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La jeune n’avait peur de rien, mais la vieille tremblait toujours et répétait :

— Ça finira mal, tout ça, vous verrez que ça finira mal.

Ce soir-là, elle était encore plus inquiète que de coutume :

— Sais-tu à quelle heure rentrera le père ? dit-elle.

— Oh ! pas avant onze heures, pour sûr. Quand il dîne chez le commandant, il rentre toujours tard.

Et elle accrochait sa marmite sur le feu pour faire la soupe, quand elle cessa de remuer, écoutant un bruit vague qui lui était parvenu par le tuyau de la cheminée.

Elle murmura :

— V’la qu’on marche dans le bois, il y a ben sept, huit hommes, au moins.

La mère, effarée, arrêta son rouet en balbutiant.

— Oh ! mon Dieu ! et le père qu’est pas là !

Elle n’avait point fini de parler que des coups violents firent trembler la porte.

Comme les femmes ne répondaient point, une voix forte et gutturale cria :

— Oufrez !

Puis, après un silence, la même voix reprit :

— Oufrez ou che gasse la borte !