Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/192

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Alors Berthine glissa dans la poche de sa jupe le gros revolver de la cheminée, puis, étant venue coller son oreille contre l’huis, elle demanda :

— Qui êtes-vous ?

La voix répondit :

— Che suis le tétachement de l’autre chour.

La jeune femme reprit :

— Qu’est-ce que vous voulez ?

— Che suis berdu tepuis ce matin, tans le pois, avec mon tétachement. Oufrez ou che gasse la borte.

La forestière n’avait pas le choix ; elle fit glisser vivement le gros verrou, puis tirant le lourd battant, elle aperçut dans l’ombre pâle des neiges, six hommes, six soldats prussiens, les mêmes qui étaient venus la veille. Elle prononça d’un ton résolu :

— Qu’est-ce que vous venez faire à cette heure-ci ?

Le sous-officier répéta :

— Che suis berdu, tout à fait berdu, ché regonnu la maison. Che n’ai rien manché tepuis ce matin, mon tétachement non blus.

Berthine déclara :

— C’est que je suis toute seule avec maman, ce soir.

Le soldat, qui paraissait un brave homme, répondit :