Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/215

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reprennent une conversation interrompue avant le dîner sur les textes des prophètes.

Tout le monde écoute avec recueillement.

Alors on me nourrit, malgré moi toujours, de citations incroyables.

« Je répandrai de l’eau pour celui qui est altéré », a dit Isaïe.

Je l’ignorais. J’ignorais aussi toutes les vérités émises par Jérémie, Malachie, Ézéchiel, Élie et Gagachie.

Elles m’entraient dans les oreilles, comme des mouches, ces vérités simples et me bourdonnaient dans la tête.

— Que celui qui a faim demande à manger.

— L’air appartient aux oiseaux comme la mer appartient aux poissons.

— Le figuier produit des figues et le palmier des dattes.

— L’homme qui n’écoute pas ne retiendra pas la science.

Combien plus vaste et plus profond, notre grand Henry Monnier, qui a fait sortir de la bouche d’un seul homme, de l’immortel Prudhomme, plus de vérités éclatantes que n’en ont répandu tous les prophètes réunis.

Il s’écrie en face de la mer : « C’est beau, l’Océan, mais que de terrain perdu ! »