Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/216

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Il formule l’éternelle politique du monde : « Ce sabre est le plus beau jour de ma vie. Je saurai m’en servir pour défendre le Pouvoir qui me l’offre, et, au besoin, pour l’attaquer. »

Si j’avais eu l’honneur d’être présenté à la société anglaise qui m’entourait, je l’aurais assurément édifiée avec des citations choisies de notre prophète français.

Une fois le dîner fini, on passa au salon.

J’étais assis, seul, dans un coin. La tribu britannique semblait conspirer à l’autre bout de la vaste pièce.

Soudain une dame se dirigea vers le piano.

Je pensai :

— Ah ! Un peu de miousique. Tant mieux.

Elle ouvre l’instrument, s’assied, et voilà que toute la colonie l’entoure comme un bataillon, les femmes au premier rang, les hommes derrière.

Vont-ils chanter un opéra ?

Le pasteur-chef, devenu pasteur-chef de chœur, lève la main, l’abaisse, et une clameur innommable, affreuse, s’échappe de toutes ces bouches, qui entonnent un cantique !

Les femmes piaillaient, les hommes mugissaient, les vitres tremblaient. Le chien de l’hôtel se mit à hurler dans la cour. Un autre répondit dans une chambre.

Je me sauvai, effaré, furieux. Et j’allai faire