Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/228

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Roger. Et ce qu’il y a de plus drôle dans cette affaire, c’est que tu rougis toutes les fois.

Roger répondit :

— Il y a de quoi, et si ma femme se doutait en vérité de ce dont elle parle, elle se tairait, je te l’assure bien. Je vais te confier cette histoire, à toi. Tu sais que j’ai épousé une veuve dont j’étais fort amoureux. Ma femme a toujours eu la parole libre et avant d’en faire ma compagne légitime nous avions souvent de ces conversations un peu pimentées, permises d’ailleurs avec les veuves, qui ont gardé le goût du piment dans la bouche. Elle aimait beaucoup les histoires gaies, les anecdotes grivoises, en tout bien tout honneur. Les péchés de langue ne sont pas graves, en certains cas ; elle est hardie, moi je suis un peu timide, et elle s’amusait souvent, avant notre mariage, à m’embarrasser par des questions ou des plaisanteries auxquelles il ne m’était pas facile de répondre. Du reste, c’est peut-être cette hardiesse qui m’a rendu amoureux d’elle. Quant à être amoureux, je l’étais des pieds à la tête, corps et âme, et elle le savait, la gredine.

Il fut décidé que nous ne ferions aucune cérémonie, aucun voyage. Après la bénédiction à l’église nous offririons une collation à nos témoins, puis nous ferions une prome-