Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/229

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nade en tête à tête, dans un coupé, et nous reviendrions dîner chez moi, rue du Helder.

Donc, nos témoins partis, nous voilà montant en voiture et je dis au cocher de nous conduire au bois de Boulogne. C’était à la fin de juin ; il faisait un temps merveilleux.

Dès que nous fûmes seuls, elle se mit à rire.

— Mon cher Roger, dit-elle, c’est le moment d’être galant. Voyons comment vous allez vous y prendre.

Interpellé de la sorte, je me trouvai immédiatement paralysé. Je lui baisais la main, je lui répétais : Je vous aime. Je m’enhardis deux fois à lui baiser la nuque, mais les passants me gênaient. Elle répétait toujours d’un petit air provocant et drôle : Et après… et après… Cet « et après » m’énervait et me désolait. Ce n’était pas dans un coupé, au bois de Boulogne, en plein jour, qu’on pouvait… Tu comprends.

Elle voyait bien ma gêne et s’en amusait. De temps en temps elle répétait :

— Je crains bien d’être mal tombée. Vous m’inspirez beaucoup d’inquiétudes.

Et moi aussi, je commençais à en avoir, des inquiétudes sur moi-même. Quand on m’intimide, je ne suis plus capable de rien.

Au dîner elle fut charmante. Et, pour