Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/241

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qu’il faudra élever, surveiller, protéger, tout en me cachant de lui et en le cachant au monde. J’eus l’esprit bouleversé par cette nouvelle ; et un désir confus, que je ne formulai point, mais que je sentais en mon cœur, prêt à se montrer, comme ces gens cachés derrière des portières pour attendre qu’on leur dise de paraître, un désir criminel rôda au fond de ma pensée ! — Si un accident pouvait arriver ? Il en est tant, de ces petits êtres, qui meurent avant de naître !

Oh ! Je ne désirai point la mort de ma maîtresse. La pauvre fille, je l’aimais bien ! Mais je souhaitai, peut-être, la mort de l’autre, avant de l’avoir vu ?

Il naquit. J’eus un ménage dans mon petit logis de garçon, un faux ménage avec enfant, chose horrible. Il ressemblait à tous les enfants. Je ne l’aimais guère. Les pères, voyez-vous, n’aiment que plus tard. Ils n’ont point la tendresse instinctive et emportée des mères ; il faut que leur affection s’éveille peu à peu, que leur esprit s’attache par les liens qui se nouent chaque jour entre les êtres vivant ensemble.

Un an encore s’écoula : je fuyais maintenant ma demeure trop petite, où traînaient des linges, des langes, des bas grands comme des gants, mille choses de toute espèce laissées