Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/283

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Il ajouta :

— Le Juif errant, monsieur.

Je le priai de me dire cette légende.

Mais c’était mieux qu’une légende ; c’était une histoire, et presque récente, car le père Joseph avait connu l’homme.

Jadis cette hutte était occupée par une grande femme, sorte de mendiante, vivant de la charité publique.

De qui tenait-elle cette cabane, le père Joseph ne se le rappelait plus. Or un soir, un vieillard à barbe blanche, un vieillard qui paraissait deux fois centenaire et qui se traînait à peine, demanda, en passant, l’aumône à cette misérable.

Elle répondit :

— Asseyez-vous, le père, tout ce qui est ici est à tout le monde, car ça vient de tout le monde.

Il s’assit sur une pierre devant la porte. Il partagea le pain de la femme, et sa couche de feuilles, et sa maison.

Il ne la quitta plus. Il avait fini ses voyages.

Le père Joseph ajoutait :

— C’est notre Dame la Vierge qui a permis ça, monsieur, vu qu’une femme avait ouvert sa porte à Judas.

Car ce vieux vagabond était le Juif errant.

On ne le sut pas tout de suite dans le pays,