Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XI.djvu/47

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
39
LA DOT.

viendrons tranquillement chercher notre malle pour la porter à l’hôtel.

Elle y consentit tout de suite.

— Oh oui, allons déjeuner au restaurant. Est-ce loin ?

Il reprit :

— Oui, un peu loin, mais nous allons prendre l’omnibus.

Elle s’étonna :

— Pourquoi ne prenons-nous pas un fiacre ?

Il se mit à la gronder en souriant :

— C’est comme ça que tu es économe, un fiacre pour cinq minutes de route, six sous par minute, tu ne te priverais de rien.

— C’est vrai, dit-elle, un peu confuse.

Un gros omnibus passait, au trot des trois chevaux. Lebrument cria :

— Conducteur ! eh ! conducteur !

La lourde voiture s’arrêta. Et le jeune notaire, poussant sa femme, lui dit, très vite :

— Monte dans l’intérieur, moi, je grimpe dessus pour fumer au moins une cigarette avant mon déjeuner.

Elle n’eut pas le temps de répondre ; le conducteur, qui l’avait saisie par le bras pour l’aider à escalader le marchepied, la précipita dans sa voiture, et elle tomba, effarée, sur une banquette, regardant avec stupeur, par