Page:Œuvres complètes de Guy de Maupassant, XVI.djvu/110

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visible ; il consentit volontiers à partager mon dîner.

Je lui fis boire un peu de vin dont il avait perdu l’habitude ; il s’anima, et se mit à parler de sa vie passée. Il avait toujours habité Paris et vécu en garçon joyeux, me semblait-il.

Je lui demandai brusquement : « Quelle drôle d’idée vous avez eue de venir vous percher sur ce sommet ? »

Il répondit aussitôt : « Ah ! c’est que j’ai reçu la plus rude secousse que puisse recevoir un homme. Mais pourquoi vous cacher ce malheur ? Il vous fera me plaindre, peut-être ! Et puis… Je ne l’ai dit jamais à personne… Jamais… et je voudrais savoir… une fois… ce qu’en pense un autre… et comment il le juge.

Né à Paris, élevé à Paris, je grandis et je vécus dans cette ville. Mes parents m’avaient laissé quelques milliers de francs de rente, et j’obtins, par protection, une place modeste et tranquille qui me faisait riche, pour un garçon.

J’avais mené, dès mon adolescence, une vie de garçon. Vous savez ce que c’est. Libre et sans famille, résolu à ne point prendre de